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Alstom, SFR, Latécoère, Arkema... tous ensemble contre les licencieurs

Alstom et l’État : une longue histoire

Mis en ligne le 5 octobre 2016 Convergences Entreprises

1969 : Dans le giron de la CGE

En 1969, Alsthom (avec h, à l’époque), au passé déjà long, puisque le nom date de 1928, devenait une filiale de la Compagnie générale d’électricité (CGE). La CGE était le partenaire de l’État dans de nombreux domaines : électricité, télécommunications, transports. Elle avait un quasi monopole des marchés publics dans ces domaines, ses dirigeants entretenaient des liens privilégiés avec les responsables politiques comme le président Georges Pompidou. Le pouvoir mettait ses moyens au service du développement de ce grand groupe capitaliste.

La CGE, et Alsthom en particulier, était déjà un groupe international, rachetant d’autres constructeurs et vendant son matériel dans le monde entier. Alsthom vendait déjà des locomotives à la Chine en 1958.

La CGE fut nationalisée en 1982 par Mitterrand comme d’autres groupes bancaires et industriels, puis privatisée en 1987. Avec la nationalisation, la CGE a bénéficié des capitaux fournis par l’État, qui lui ont permis encore de se développer. Quant aux actionnaires, ils avaient été grassement indemnisés. Suite au nouvel élan et aux nouvelles positions de la firme sur le marché mondial, la privatisation de 1987 fut faite en étroite concertation avec les anciens actionnaires et dirigeants, qui retrouvèrent toute leur place. La CGE devint Alcatel-Alsthom, qui se divisera plus tard en Alcatel d’une part, Alstom de l’autre. Nationalisations/privatisations : le balancier miracle du capitalisme français qui permet de socialiser les pertes et de privatiser les profits.

2004 : quand Sarkozy sauvait Alstom

En 2004, Alstom est présent non seulement dans le secteur ferroviaire mais aussi sur le marché de l’énergie, notamment pour du matériel pour centrales électriques. Alors qu’Alstom connaît des difficultés, l’État vient à nouveau à sa rescousse. Le ministre de l’Économie de l’époque, Nicolas Sarkozy, monte au créneau et annonce l’entrée au capital d’Alstom de l’État à hauteur de 27 %, ce qui représente une injection de 720 millions d’euros d’argent public. Sarkozy surjoue une sorte de bras de fer avec la Commission européenne pour se faire le héros du sauvetage du groupe français. Au-delà du récit épique de Sarkozy, reste que c’est l’État français, une nouvelle fois, qui a aligné des centaines de millions pour soutenir Alstom.

2014 : quand Montebourg « entrait » dans le capital

En 2014, nouvelle affaire Alstom, avec cette fois Arnaud Montebourg dans le rôle du ministre de l’Économie. En jeu, les négociations sur la revente de la partie énergie d’Alstom à General Electric, les dirigeants d’Alstom voulant se recentrer sur le secteur des transports. Un plan jugé dans un premier temps dangereux par la classe politique, tous dénonçaient le bradage d’un champion national aux Américains. Le protectionnisme économique est dans toutes les bouches, à gauche et à droite. Finalement, la vente de la branche énergie à GE se fera avec l’accord du gouvernement dans des termes très proches de ceux qui avaient initialement fait scandale.

Pour sauver la face, et ne pas en faire moins que Sarkozy, le gouvernement avait annoncé qu’il allait renforcer le nouvel Alstom, au périmètre plus réduit, par l’entrée de l’État au capital. Mais, après des longues négociations avec Bouygues, le principal actionnaire d’Alstom, un compromis a été conclu (voir encart). Pour résumer, l’État n’a pas racheté d’actions, mais en a emprunté à Bouygues depuis début 2016 (avec une possibilité de les acheter si le cours de l’action atteint un certain niveau).

Ce qui fait que l’État dispose aujourd’hui de deux administrateurs au Conseil d’administration du groupe à hauteur des 20 % d’actions prêtées par Bouygues Mais pour en faire quoi ? Lors de l’accord qu’il avait signé avec Bouygues, Montebourg s’était vanté : « Ce qui est intéressant, c’est que Bouygues nous a prêté ses actions pour que nous entrions immédiatement dans le capital d’Alstom, exercions le pouvoir à hauteur de 20 % avec nos amis administrateurs qui remplaceront les siens. » Aujourd’hui le gouvernement prétend qu’il n’était même pas au courant du projet du groupe dont il serait, par la vertu d’un prêt, le premier actionnaire… Et Hollande et Sapin de seulement promettre de chercher quelques nouvelles commandes pour nourrir les appétits du groupe, au moins jusqu’à l’élection présidentielle. Et voilà que Mélenchon ou le PCF nous disent qu’il faudrait maintenant « monter en puissance » ce cinéma de la participation d’État dans le capital !

De toute cette affaire de revente du département énergie d’Alstom à General Electric, on retiendra surtout que ce sont les salariés qui vont en faire les frais : General Electric a annoncé, en janvier 2016, 6 500 suppressions d’emplois en Europe, soit 20 % des effectifs de l’ancienne Alstom énergie, dont 765 en France, notamment sur le site de Massy et le siège à Levallois.

Promesses, promesses….

Les salariés de Florange ou de PSA Aulnay ont bien vu que les promesses des gouvernants de « défendre l’emploi » de « sauver l’entreprise », ou de soutenir les « fleurons de l’industrie », ne valaient rien.

Faire croire que l’État, que certains voudraient « stratège », pourrait venir au secours des salariés, avec une bonne politique industrielle, est une escroquerie. La seule stratégie des États impérialistes comme la France, c’est la défense de leurs grands groupes. Ils font tout pour aider à leur développement international, pour les aider à conquérir des nouveaux marchés. Ils les épaulent financièrement à coups de subventions massives. Les seuls sauvetages que fait l’État, c’est pour sauver les profits, venir à la rescousse des actionnaires.

Même les politiques publiques qui relèveraient de l’intérêt public se font en fonction des intérêts des multinationales. La politique des transports publics est d’abord conditionnée par les intérêts des groupes capitalistes, pas par les besoins réels de la population. Des groupes pourtant entièrement détenus par l’État, comme la SNCF ou La Poste, affichent ouvertement que leur objectif est bien de faire des bénéfices et de construire une multinationale, et que le service public passera après. Les services publics utiles à la population (santé, éducation, transports…) passent au second plan. Ils passent après le financement massif d’une armée qui sert d’abord de vitrine aux trusts de l’armement comme Dassault dont Hollande est si fier de faire le VRP. Ils passent après le versement des intérêts de la dette publique, qui maintient la finance privée sous perfusion permanente de l’État.

M.C.

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Numéro 107, septembre-octobre 2016