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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 107, septembre-octobre 2016

Les éleveurs laitiers contre l’agro-industrie

Ce n’est que partie remise !

Mis en ligne le 5 octobre 2016 Convergences Société

En août, les producteurs de lait des départements de l’ouest ont manifesté et 400 d’entre eux ont organisé le blocage du siège du groupe Lactalis [1] à Laval. Pour garantir un revenu minimum aux éleveurs, il faut 0,35 € par litre, alors que Lactalis achète le litre de lait à 0,256 € mais le revend près d’un euro en supermarché. Suite aux mobilisations de l’été 2015, les gros collecteurs (Lactalis, Sodiaal, Danone ou Nestlé) s’étaient engagés à garantir 0,34 € le litre, accord que le gouvernement, déjà médiateur, ne les a jamais obligés à respecter.

Poings liés par les dirigeants de la FNSEA

La FNSEA, qui a encadré ce mouvement, s’est empressée de signer un accord au rabais : 280 € la tonne aujourd’hui et 300 € en décembre, soit un prix moyen sur l’année de 0,27 € le litre. Stoppant ainsi le blocage et les actions annoncées, en particulier dans les grandes surfaces, pour dénoncer les sur-profits des industriels, opérations qui auraient permis aussi de créer des liens avec la population.

Après avoir été poussés à l’investissement pour accroître la production et donc à l’endettement auprès des banques, les éleveurs en lutte pour leur survie s’en sont bien pris à leur prédateur en ciblant une firme de l’agro-industrie. Mais ils se retrouvent pieds et poings liés par les dirigeants de la FNSEA qui accompagnent ce système, comme Xavier Beulin, lui-même à la tête de sociétés agro-alimentaires [2]. Les responsables de cette orientation ne parlent d’ailleurs que d’éliminer des producteurs pour sortir de la crise. Crise fabriquée au profit des industriels en organisant la fin des quotas laitiers, donc la dérégulation du secteur. Et les 500 millions d’euros débloqués par l’Europe pour faire diminuer la production risquent finalement de financer des cessions d’activités en série.

En résumé, un plan massif de licenciements des éleveurs laitiers

Entre 2003 et 2012, les effectifs des producteurs de lait de vache ont dégringolé de 108 000 à 70 000 [3] !

Banques, coopératives ou industriels de l’agroalimentaire, par la voix de Stéphane Le Foll ou de Xavier Beulin, vont encore accentuer la restructuration capitaliste (fermes usines [4]) de la production agricole qui empoisonne déjà les terres, les animaux et les humains. Ils veulent faire disparaître les petits paysans qui ont encore à cœur de produire une alimentation de qualité pour tous… Éleveurs et travailleurs ont le même intérêt à arracher l’agriculture des mains des industriels et des financiers. 

20 septembre 2016, Élise MOUTIER


« Cracking » du lait : pétrole blanc et pétrole-hahn !

Un litre de lait, c’est en moyenne, 87 % d’eau et 13 % de grandes valeurs nutritives : lactose, lipides, protéines (caséine) et minéraux. Depuis les années 1970, les industriels du lait ont fait comme pour le pétrole, ils « crackent » le lait, c’est-à-dire le fractionnent pour en extraire protéines et molécules pour l’industrie agro-alimentaire (nutrition, agents de texture ou saveur, colorants, conservateurs…) pour l’industrie pharmaceutique, celle du cosmétique et même des molécules pour le renforcement de l’acier ! Les molécules ainsi récupérées du lait sont de 100 à 1 000 fois plus rentables que les sous-produits du lait comme le beurre.

Alors n’hésitez plus : craquez pour le « lait allégé », c’est bon pour la santé puisque c’est marqué sur l’étiquette. Et vous pourrez toujours en récupérer les protéines les plus nourrissantes en vous badigeonnant le visage ou les cheveux de vos cosmétiques préférés. Ou les retrouver dans votre crème solaire pour dorer malin… à prix d’or. 

Pour en savoir plus sur les dérives de l’industrie laitière :

  • « La vache qui pleure ! retour au lait naturel, une question de santé  » : enquête de Véronique Richez-Lerouge – mars 2016 – Nouveau Monde éditions.
  • «  L’alimentation en otage   » de José Bové et Gilles Luneau – éditions Autrement.
  • Numéro de juillet/août 2016 de Campagnes Solidaires – mensuel de la Confédération paysanne.


[1Lactalis : groupe de l’agroalimentaire leader mondial du lait (marques Président, Lactel, Bridel). Il achète à lui seul le quart de la collecte en France. Il appartient à la famille Besnier, classée 151e fortune mondiale par le magazine Forbes. À coup de rachats d’entreprises dans le monde entier… et en tirant le maximum de profits des producteurs de lait, des salariés de ses usines et des consommateurs, cette ex-petite entreprise de l’Ouest est devenue en quelques années un géant.

[2Comme le groupe agro-industriel Avril (Sofiprotéol) qui produit des carburants d’origine agricole.

[4L’usine belge Milcobel qui va chercher le lait de la ferme-usine des 1000 vaches de Drucat (Somme). En Belgique les petits producteurs galèrent avec un prix d’achat entre 20 et 23 centimes le litre.

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Numéro 107, septembre-octobre 2016

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