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DOSSIER : Migrants : Contre les démagogues de tous bords, opposer la solidarité des travailleurs

L’Europe en guerre contre les migrants

Mis en ligne le 5 octobre 2016 Convergences Monde

Le 18 mars dernier, l’Union Européenne s’entendait avec le gouvernement turc pour lui renvoyer les migrants parvenus en Grèce, principale voie d’entrée en Europe depuis la Turquie. En effet, des centaines d’îles grecques de toutes tailles sont situées à quelques encablures des rives turques. De quoi pousser les migrants à tenter la traversée dans les pires conditions… et les passeurs à employer des embarcations de fortune.

Le marchandage avec la Turquie

Puisqu’il n’est pas possible de boucler la frontière grecque physiquement, l’UE s’est décidée à carrément refouler tout nouvel arrivant vers la Turquie. L’accord est entré en vigueur depuis début avril… du moins en théorie. Jusqu’à présent, on compte moins de 600 expulsions. En revanche, depuis mars dernier, environ 60 000 migrants sont retenus en Grèce, dont 10 000 dans les îles proches de la Turquie. Le gouvernement de Tsípras leur interdit de poursuivre leur route plus avant en Europe : ils peuvent seulement demander l’asile sur place, ce que les Grecs ne se pressent pas de leur octroyer, prétextant manquer de moyens pour examiner les dossiers. Il faut dire que l’UE, qui a saigné la fonction publique grecque au nom du remboursement de la dette, n’a pas envoyé 10 % des 2 300 agents promis en renfort. C’est dire si les dirigeants européens se soucient du sort des Syriens, Afghans ou Irakiens coincés en Grèce.

En tout cas, la Grèce n’accueille désormais qu’une centaine de migrants supplémentaires par jour, contre 2 170 en janvier dernier : les passeurs se montrent circonspects et testent d’autres voies.

À la merci des bandes armées en Libye

Du coup, puisque la voie grecque se tarit, c’est l’Italie qui devient la porte d’entrée de l’Europe pour 93 % des migrants, surtout d’Afrique noire, comme les Érythréens.

La nouvelle base de départ d’Afrique est la Libye. Depuis la chute de Kadhafi, différentes bandes armées se disputent la bande côtière habitable et les terminaux pétroliers. Elles se financent entre autres grâce à un véritable trafic de migrants. Les dirigeants occidentaux voudraient bien sous-traiter la mise en quarantaine des migrants sur place à un interlocuteur suffisamment fort pour s’imposer – certains maudissent Sarkozy d’avoir fait éliminer Kadhafi dont les foucades ne les empêchaient pas de s’entendre avec lui à ce sujet.

Entre-temps, à Tripoli, Istanbul ou Lesbos...

La fin des naufrages de migrants aux abords de Lampedusa n’est pas pour demain. La fin des exactions qu’ils subissent non plus. Une partie d’entre eux croupit dans des prisons libyennes où les coups, voire la torture sont quotidiens, où la nourriture menace de faire défaut puisque l’État ne la paye plus. L’autre partie est à la merci de mafias qui prostituent ou rackettent les migrants passant à leur portée. Les viols sont presque systématiques. La menace s’étend à toute personne à la peau un peu trop noire, telle cette employée de maison camerounaise amenée en prison par sa patronne parce qu’elle n’en voulait plus chez elle [1]

Ailleurs en Méditerranée, la situation n’est pas bien meilleure. Ceux qui, au Maroc, échouent à entrer dans les enclaves espagnoles de Ceuta ou Melilla sont régulièrement tabassés par la police marocaine. Au Liban, les réfugiés syriens ne peuvent obtenir de papiers d’identité pour leurs enfants ni même de tombes pour leurs morts [2] ! En Turquie, seuls les Syriens bénéficient d’une certaine solidarité et obtiennent l’asile… pour l’instant. Le gouvernement turc veut en effet réinstaller des réfugiés dans le nord de la Syrie, là où ses troupes opèrent depuis un mois à la fois contre l’État Islamique et les Kurdes. Human Rights Watch souligne à juste titre que de telles « zones de sécurité » se sont révélées des « pièges mortels » par le passé, comme à Srebrenica dans les années 1990 [3].

En Iran, des Afghans sont enrôlés de force par le régime dans les milices expédiées au combat en Syrie [4]. Leur calvaire ne s’arrête pas une fois qu’ils sont arrivés en Europe. C’est ainsi que des centaines de mineurs se prostituent dans les parcs d’Athènes. L’Organisation Internationale des Migrations se félicite d’avoir convaincu plusieurs centaines d’Afghans parqués en Grèce de rentrer au pays, alors même qu’une partie du pays est en guerre et que les talibans exercent des représailles partout où ils le peuvent [5]. En réalité, le petit nombre des retours montre surtout que l’immense majorité refuse de rebrousser chemin. Les réfugiés se méfient des centres d’accueil et leur préfèrent parfois des camps bien moins équipés, mais où ils se sentent, à tort ou à raison, plus à l’abri de l’expulsion.

Passer, coûte que coûte

La plupart des migrants interviewés le disent : ils préfèrent prendre encore plus de risques pour tenter d’arriver en Europe, plutôt que celui de rentrer chez eux – si tant est que ce mot ait encore un sens. L’UE a beau multiplier les obstacles, elle ne parviendra pas à les en dissuader, parce que la misère ou la guerre civile sont de bien plus puissants aiguillons.

Cette politique se traduira en revanche par plus de violences, plus de morts, plus de traumatismes. Loin d’affaiblir les passeurs et les mafias en tous genres comme elle le prétend, l’UE met davantage les migrants à leur merci.

Mathieu PARANT


[1« Dans l’enfer des prisons pour migrants africains », Cathy Macherel, www.24heures.ch, 16 avril 2015.

[2« Liban : même dans les cimetières, les réfugiés syriens ne trouvent pas leur place », www.lexpress.fr, 19 mai 2016.

[3« La Turquie un pays « sûr » pour les réfugiés ? Pas vraiment », Sarah Diffalah, tempsreel.nouvelobs.com, 9 mars 2016.

[4« Ces Afghans recrutés par l’Iran pour se battre en Syrie », Olivier Tallès, www.la-croix.com, 29 janvier 2016.

[5L’OIM prétend : « On ne renvoie pas les gens n’importe où en Afghanistan », titre du débat animé par une journaliste du site Euronews.com.

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Numéro 107, septembre-octobre 2016

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