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DOSSIER : Migrants : Contre les démagogues de tous bords, opposer la solidarité des travailleurs

Des frontières hérissées de barbelés

« Quand le bâtiment va, tout va... »

Mis en ligne le 5 octobre 2016 Convergences Monde

À Calais, pour empêcher les migrants de tenter de passer en Grande-Bretagne, Cazeneuve fait bâtir, sur fonds fournis par la Grande-Bretagne, un mur... « écolo » : végétalisé côté autoroute, comme pour mieux voiler la misère du camp de réfugiés situé de l’autre côté ! Une innovation qui risque de faire des émules. Un rapide coup d’œil sur la planète suffit à s’en convaincre : le mur est « tendance »...

La liberté de circulation démodée ?

Il y a bientôt 27 ans, la chute du Mur de Berlin sonnait la levée du rideau de fer divisant l’Europe en deux mondes clos. Les mêmes qui hérissent les frontières de barbelés aujourd’hui n’avaient que le mot « liberté » à la bouche. Ils lui ont donné leur contenu : liberté de circuler pour les capitaux, les marchandises et, dans une moindre mesure, les informations. Mais pas pour les êtres humains ! Ancienne opposante au régime est-allemand, la chancelière Merkel exerce depuis deux ans de fortes pressions sur la Bulgarie pour qu’elle construise un mur sur la moitié de ses 259 kilomètres de frontière avec la Turquie. En octobre dernier, comme pendant la Guerre froide, des gardes-frontières ont abattu un Afghan qui tentait de la franchir [1].

En 2009, le géographe Stéphane Rosière estimait à 39 692 kilomètres le linéaire de frontières fermées ou en passe de l’être, soit pas moins 16 % du total [2] : les murs gagnent du terrain partout depuis vingt ans...

Pourquoi ?

La fonction douanière des barrières frontalières est en net déclin depuis au moins une soixantaine d’années : jamais les États n’ont si peu taxé les marchandises entrant sur leur territoire.

Bon nombre de murs ont une fonction militaire, tel celui séparant Chypre ou la Corée en deux entités toujours hostiles. Ils peuvent aussi servir un projet d’occupation ou de colonisation comme celui avec lequel Israël encercle peu à peu des Palestiniens, ou celui avec lequel le Maroc verrouille « son » Sahara occidental.

Mais cela ne concerne qu’un petit quart des murs frontaliers. La plupart des autres font obstacle aux flux migratoires. Le terrorisme leur sert souvent d’alibi, en particulier depuis les attentats du 11 septembre 2001. Ils séparent le plus souvent les zones riches des zones pauvres. Ceuta et Melilla ont un PIB par habitant 16 fois plus élevé que celui du Maroc à l’intérieur duquel elles forment deux minuscules enclaves, pour ne rien dire du reste du continent. Rien d’étonnant à ce que des millions d’Africains rêvent d’en passer les frontières [3].

Mais ces frontières entre pays riches et pays pauvres sont aussi une source de profits pour la bourgeoisie des pays riches. Depuis 1994 et la fin des barrières douanières entre les États-Unis et le Mexique, 2,5 millions d’ouvriers mexicains travaillent dans les maquiladoras, des centaines d’usines à capitaux américains mais disséminées côté Mexique le long de la frontière : Trump peut bien claironner qu’il va finir de boucler celle-ci, et faire payer la note aux Mexicains, il est fort probable que les trusts américains veilleront à la maintenir ouverte, pour leurs marchandises tout du moins.

Très chers murs

On n’en est plus à employer la pierre comme l’avait fait l’empereur romain Hadrien face aux Écossais. Les murs actuels sont en général des clôtures électrifiées, garnies de barbelés tranchant comme des rasoirs et de caméras détectant les mouvements, pouvant s’élever jusqu’à huit mètres.

Chaque kilomètre de mur coûte entre 1 et 6 millions de dollars [4]. Pour clôturer sa frontière avec le Bangladesh, longue d’environ 4 000 kilomètres, l’Inde a ainsi dépensé 4 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter les frais liés aux 220 000 gardes-frontières. L’entretien des infrastructures est également un vrai gouffre : les États-Unis prévoient d’affecter 6,5 milliards de dollars dans les vingt prochaines années pour le mur qui les sépare du Mexique. Ce qui fait dire à la chercheuse québécoise Élisabeth Vallet : « Il y a une mondialisation du marché de la frontière fortifiée : beau paradoxe, non ? » [5].

M. P.


[1« Migrants : un Afghan abattu en tentant d’entrer en Bulgarie », www.leparisien.fr, 16 octobre 2015. Voir aussi « Bulgarie : un nouveau « rideau de fer » contre les migrants », Raja Apostolova, Bilten, 20 mars 2015, disponible en français sur le site www.france-terre-asile.org.

[2« Les murs en l’an 2009, 20 ans après l’ouverture du mur de Berlin », Stéphane Rosière, www.diploweb.com, 9 novembre 2009.

[3À noter qu’à l’échelle des villes, le même phénomène pousse les riches à s’emmurer dans des quartiers dotés d’une police privée. Voir à ce sujet le film La Zona, de Rodrigo Plà, 2008.

[4« Qui sont ces pays qui érigent des murs ? La réponse en carte », Marie Lépine-Loiselle, ici.radio-canada.ca, 25 septembre 2015.

[5Entretien disponible sur www.courrierinternational.com, 7 novembre 2014.

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