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DOSSIER : Migrants : Contre les démagogues de tous bords, opposer la solidarité des travailleurs

La menace imaginaire

Mis en ligne le 5 octobre 2016 Convergences Politique

En France comme ailleurs, les politiciens de tous bords prétendent que, lorsqu’ils s’en prennent aux migrants, c’est pour défendre les travailleurs et les pauvres « nationaux ». Le seul fait que ces mêmes politiciens attaquent en permanence les droits de ces derniers et s’ingénient à leur faire payer les crises du capitalisme devrait suffire à convaincre tout le monde de leur duplicité.

Pour ne prendre que cet exemple, loger correctement non seulement les 141 500 sans-abris, mais aussi les 900 000 personnes privées d’habitation personnelle [1] est à la portée de n’importe quel gouvernement : il suffit d’appliquer enfin la loi de réquisition des logements vides. Quand un politicien affirme que fournir un abri à quelques dizaines de milliers de migrants est impossible, il ment. Plus encore, il signifie à tous les mal-logés de France – au total 3,8 millions de personnes en 2016 selon la Fondation Abbé Pierre – qu’il n’a aucune intention de les protéger… des marchands de sommeil.

Une vague ? À peine une vaguelette !

L’extrême-droite, et pas seulement elle, parle souvent d’« invasion » à propos des migrants. L’an dernier, 73 500 demandeurs d’asile ont été enregistrés en France. Ils seront sans doute 100 000 cette année. Mais seul un gros tiers d’entre eux recevra le statut de réfugié, quand la moyenne européenne se situe autour de 50 %. Même si tous les déboutés du droit d’asile restaient en France sans autorisation, ça ne ferait que 0,1 à 0,15 % d’habitants en plus par an.

Parler d’« invasion » est d’autant plus scandaleux que ces migrants viennent en cherchant aide et protection, pas en conquérants, contrairement à ce qu’ont fait les Européens en Syrie (protectorat français de 1920 à 1945), à Haïti (dont les esclaves ont fait deux révolutions pour se libérer et chasser les troupes françaises), au Congo (colonie belge jusqu’en 1959), au Soudan ou au Bangladesh (colonies britanniques).

Des terroristes pourraient profiter de l’aubaine pour se glisser parmi les migrants ? C’est oublier un peu vite que, depuis deux ans, la plupart des auteurs d’attentat ayant eu lieu dans les pays européens sont nés en Europe.

Des concurrents ? Non, des camarades

Les migrants prennent-ils le travail des autres ? Pas vraiment, ils travaillent dans les secteurs en pénurie de main d’œuvre : les plus pénibles, mal payés, déconsidérés. S’ils y concurrencent d’autres salariés, ce sont les migrants arrivés avant eux, rarement voire jamais les natifs. Et encore la concurrence ne se manifeste-t-elle pas par un chômage plus grand mais par une tendance à une légère baisse des salaires. « L’immigration répond à des besoins non pourvus », résume un économiste de l’OCDE.

Un article du Monde prend l’exemple de la Turquie, pays fortement touché par l’afflux des migrants. Sur 4 millions de réfugiés qui y sont passés, 2,7 millions y sont encore ­– plus de deux millions étant d’ailleurs livrés à eux-mêmes en dehors des camps de réfugiés, et donc insérés de fait dans l’économie turque. L’impact sur l’emploi s’est avéré faible : légèrement négatif dans le secteur dit « informel » (celui des petits boulots non déclarés), il a même été légèrement positif dans le secteur dit « formel » (où l’embauche se fait avec un contrat en bonne et due forme). [2] Alors que dire d’un pays comme la France qui, en tout et pour tout, n’a accueilli que quelques dizaines de milliers de réfugiés ! Sans effet sur l’emploi, leur seul impact est d’alimenter les discours démagogiques des politiciens de tout bord.

Les patrons mettent en concurrence tous les travailleurs : les chômeurs contre les salariés, les CDD et les précaires contre les CDI, etc. Pour eux, l’arrivée des migrants sur le marché du travail est un moyen d’exacerber cette concurrence. Les travailleurs ont intérêt au contraire à la combattre en garantissant les meilleures protections à tous. Le sort des salariés ne s’améliore pas quand les chômeurs voient leurs allocations réduites et conditionnées à l’acceptation de n’importe quel travail. À l’inverse, la fin du CDI ne donnerait pas plus de travail aux chômeurs ou de droits aux précaires. Il en va de même pour les rapports entre travailleurs français et immigrés : c’est en se considérant comme une seule et même classe ouvrière que nous pouvons nous défendre le plus efficacement.

M.P.


[1« Six chiffres-clés sur le mal-logement en France », Les décodeurs, blog associé au site www.lemonde.fr, avec l’aide du rapport de la Fondation Abbé Pierre, 28 janvier 2016.

[2Étude citée par dans « L’afflux des réfugiés pourrait à terme profiter à l’Europe », www.lemonde.fr, 2 juin 2016. Et « La Turquie confrontée à une nouvelle vague de migrants syriens », www.lemonde.fr, 2 août 2016.

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Numéro 107, septembre-octobre 2016

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