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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 117, janvier-février 2018 > Livres

Livres

La Ravine

de Sergueï Essenine

Mis en ligne le 8 février 2018 Convergences Culture

La Ravine

Sergueï Essenine

Éd. Héros-Limite, 2017, 184 p.


Tout commence par une nuit glaciale, au cœur de la forêt sibérienne : loups et chasseurs se guettent dans l’obscurité glacée, jusqu’à la mort des premiers. Dès les premières pages, la lutte pour la survie, la mort et la fraternisation des hommes sont présentes. L’essence même de la vie.

À la fois conte naturaliste et analyse sociologique des campagnes russes sous l’autocratie tsariste, ce livre de Sergueï Essenine décrit la vie d’hommes et de femmes dans une nature à la fois hostile et à la poésie enivrante.

Si le poète – âgé alors de seulement dix-huit ans – décrit le reflet des brèmes lippues dans les lacs cristallins et le hululement des chouettes dans la blancheur des nuits polaires, c’est bien aux hommes qui peuplent ces territoires qu’il s’intéresse. Ces hommes, abrutis de vodka et de travail, ces femmes abruties de religion, vivent presque dans un état de nature. Une partie de chasse heureuse, un amour naissant ou le dévouement d’un meunier pour éduquer ses pairs sont toujours contrebalancés par la rudesse, la peine et la mort.

Si les acteurs de ce tableau sont tous héroïques par leur détermination à vivre dans cette ravine, l’auteur fait émerger une personnalité : Karev, un homme qui a quitté sa famille au risque de faire le malheur de tous. C’est à la ravine qu’il échoue. Il y vit comme l’on vivait dans cette société rurale et analphabète au temps du tsar Nicolas II. Les hommes s’entêtent pourtant : l’un veut construire une église, l’autre une école, tous veulent s’opposer aux arpenteurs aux ordres des propriétaires terriens qui volent la terre de ceux qui la cultivent. La colère s’exprime elle aussi de manière primitive : on assassine, on use du poing jusqu’au trépas. Sergueï Essénine sort à peine de l’adolescence quand il écrit la Ravine, en 1913. Mais son acuité pour décrire la violence des conflits de classe est sans nulle autre pareille. Il s’agit pour lui de décrire cette ravine, condensée de la Russie impériale, telle qu’elle est : les popes et les propriétaires terriens y font la loi ; les paysans y survivent dans l’inculture et la misère.

L’auteur, qui à partir de 1917 a consacré le restant de sa courte existence à la révolution prolétarienne, décrivait dans ce petit conte d’hiver le prélude des grandes transformations sociales à venir : une génération d’hommes et femmes qui succède à tant d’autres soumises aux lois de la nature, des patrons et des propriétaires, et qui, du fait des humiliations, des peines, des privations et des deuils accumulés, refusent un jour de continuer à vivre comme ils le faisaient depuis des siècles, suivent leurs frères de misère des grandes villes et, en cela, enchantent les lendemains.

Elias BARAGAN

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Numéro 117, janvier-février 2018

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