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Hôpitaux

Hôpitaux

Du ras-le-bol à la contestation générale ?

Mis en ligne le 8 février 2018 Convergences Entreprises

Emmanuel Macron, 19 janvier : « Les Françaises et Français ont conscience de ce qu’ils vous doivent, des sacrifices que cela exige et je veux ici en ce début d’année vous exprimer en leur nom ce qu’ils ressentent à votre égard : reconnaissance et fierté ». Magnifique. Et pour remercier des efforts et du dévouement de son auditoire, il a promis une augmentation de budget de 1,8 milliard d’euros.

Mais halte-là ! Ce n’était pas aux infirmières, aides-soignantes, agents des services hospitaliers, qu’il adressait ses vœux, mais… à l’armée, en rade de Toulon.

Autre langage pour les pelés et galeux du service public. Dans ce même discours aux gradés, Macron ne s’en est pas caché : les cadeaux aux armées se traduiront « par une réduction des ressources accordées à d’autres politiques publiques ». Pour les hôpitaux ? Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris) s’est mis au garde-à-vous : dans ses vœux pour 2018 adressés au personnel, cap sur le « réalisme » et la « performance économique ».

Résultat : 4,2 milliards d’euros en moins pour l’assurance maladie. Et plus précisément pour les hôpitaux, une augmentation des dépenses limitée à 2 %. Pourtant, rien que la progression « naturelle » de l’activité exigerait un taux d’au moins 4,5 %. C’est dire le manque à gagner. Austérité nécessaire car l’État n’a pas de quoi payer ? Tandis que le gouvernement multiplie les exonérations de cotisations sociales et les « niches fiscales » pour les entreprises, à hauteur de plus de 90 milliards d’après la Cour des comptes [1], créant ainsi le fameux déficit de la Sécu qu’il prétend combattre, il préfère faire porter le financement de l’hôpital sur les patients en augmentant le forfait hospitalier journalier (reste à charge) de 2 euros.

Plans de licenciements

Le gouvernement veut donc imposer une saignée budgétaire à l’hôpital d’au moins 1,6 milliard d’euros pour 2018. De quoi faire réagir la FHF [2], loin d’être le fer de lance de la contestation d’ordinaire, qui réclame un « plan d’urgence pour l’hôpital »... Un appel à la ministre de la Santé a également été lancé, émanant de 1 000 médecins, dont tous ne sont pas connus pour leur activité revendicative à l’hôpital.

C’est pourtant un appel non à la ministre, mais bien à la révolte de l’ensemble des personnels de santé, qu’il serait bon de propager, car pour faire des cures d’austérité à l’hôpital, tous les moyens sont bons : chasse aux bedblockers (ces malades encombrants qui « bloqueraient » les lits des hôpitaux en y restant trop longtemps...), réduction voire suppression des primes, travail gratuit... et jusqu’à la limitation du nombre de « consommables » ! Faire en sorte d’utiliser une plutôt que deux compresses, ou des housses d’oreiller en guise de serviettes de bain parce qu’il n’y en a plus, c’est ça être « économique » !

Mais le moyen le plus efficace reste quand même de se débarrasser du petit personnel. 2018 sera ainsi l’année des « plans sociaux » à l’hôpital. Les annonces sont tombées pendant les fêtes : de 180 à 240 ETP (équivalents temps plein) à supprimer à Paris, entre 800 et 1 000 suppressions de postes à Marseille, au moins 160 postes à Lyon. Le tout dans des services déjà exsangues.

#balancetonhosto

Du coup, partout la colère gronde, preuve en est les témoignages qui affluent sous le hashtag #balancetonhosto. Mais comme le dit un des internautes « Un jour il faudra qu’on fasse vraiment grève, mais genre vraiment, qu’on fasse un service minimum en hôpital, et qu’on aille dans la rue ! C’est bien de se plaindre, mais on change pas le monde en faisant des threads sur Twitter ». Et des mobilisations locales, sur le terrain, il y en a : à Rennes pour plus de moyens, à Créteil contre la fermeture d’un centre de transplantation hépatique, à Bordeaux contre les changements d’emploi du temps… En fait, cela fait des mois voire plusieurs années, que la colère s’exprime ici ou là, souvent à l’échelle d’un service.

Dans ces luttes, les hospitaliers reprennent confiance en leur force, apprennent à s’organiser, et gagnent parfois, comme dans ce service de pédopsychiatrie au CHU de Toulouse, où suite à une grève totale de 16 jours en décembre, les grévistes ont obtenu tout ce qu’ils demandaient (5 créations de postes sur le service, des remplacements 1 pour 1 et l’assurance qu’il n’y ait jamais moins de 21 agents à temps plein dans le service). À cette occasion, ils ont dû redoubler d’ingéniosité pour échapper aux huissiers envoyés par la direction pour les assigner. Un jeu du chat et de la souris qu’ils ont remporté haut la main !

Des mouvements de colère qui ne touchent pas que les hôpitaux, comme le montre la journée nationale de mobilisation des personnels des EHPAD le 30 janvier, appelée suite à des grèves emblématiques dans ces maisons de retraite aux airs de mouroirs tellement les moyens pour les pensionnaires et le personnel sont insuffisants. Celle des Opalines, dans le Jura, a permis d’obtenir des postes, une prime de 450 euros et des congés payés supplémentaires. L’aumône de 50 millions d’euros lâchée aux EPHAD par le ministère dans l’espoir de saper la mobilisation du 30, n’aura fait que renforcer la détermination des salariés.

25 janvier 2018, Zoé LIAZO


[1« Entreprises et « niches » fiscales et sociales » (2010), Rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, organe de la Cour des comptes.

[2Fédération Hospitalière de France.

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