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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 65, septembre-octobre 2009 > La lutte contre les licenciements

La lutte contre les licenciements

New-Fabris : « c’est tous ensemble que nous vaincrons ! »

Mis en ligne le 4 octobre 2009 Convergences Entreprises

Molex, JLG, Nortel… Cet été, les luttes contre les licenciements n’ont pas pris de congé et l’une d’elles a particulièrement fait la Une : New-Fabris.

Jusqu’alors personne, en dehors de Châtellerault dans la Vienne où elle se situe, n’avait entendu parler de cette entreprise de mécanique de précision. Elle avait pourtant déjà connu de nombreuses mobilisations. Vendu par les frères Fabris au groupe Euralcom en 2001, cet équipementier automobile a Renault et PSA pour principaux clients. Les salariés, 680 à l’époque, y usinaient des pompes et des collecteurs. Placée une première fois en liquidation judiciaire en août 2007 et rachetée par le groupe italien Zen, l’usine de Châtellerault est une des premières victimes de la crise de 2008 et des restructurations du secteur automobile. En novembre 2008, New-Fabris était de nouveau mise en redressement judiciaire. Commençait alors la course au repreneur ponctuée par des mouvements de grève pour défendre les emplois.

Le 16 juin 2009, l’annonce de Renault et de PSA de ne plus travailler définitivement avec New-Fabris entraîne sa liquidation judiciaire. L’usine est aussitôt occupée par les salariés qui installent des bouteilles de gaz et fixent un premier ultimatum. Maintenir les 366 emplois est peut-être une cause perdue mais ils ne se feront pas jeter comme des malpropres. Si au 15 juillet, les salariés n’obtiennent pas de Renault et de PSA une prime de 30 000 euros, ils menacent de faire sauter l’usine et de détruire stocks et machines !

Au bout de plusieurs semaines sans réponse, les salariés décident de se rendre à Poissy le 7 juillet devant les bureaux de PSA. Deux jours plus tard, ils repoussent leur ultimatum au 31 juillet pour permettre d’organiser une autre manifestation, cette fois ci devant le siège de Renault à Boulogne-Billancourt.

Le 12 juillet, coup de théâtre. La presse et la télévision nationales s’intéressent tout d’un coup à New-Fabris. Les grévistes sont contactés en plein dimanche par TF1. Ils passeront le soir même au au journal de 20 heures où les bonbonnes de gaz font sensation. Des bouteilles de gaz apparaissent immédiatement à JLG à Tonneins et à Nortel dans les Yvelines, deux entreprises également sous le coup de licenciements. En fait, c’est bien l’indifférence générale, aussi bien celle de PSA, de Renault comme du gouvernement, qui a poussé les salariés de New-Fabris à radicaliser leur mouvement. Mais c’est aussi leur isolement. Comme de nombreux salariés, ceux de New-Fabris se battent seuls, n’ayant que peu de soutien de la part des directions syndicales nationales. Et cette radicalisation porte ses fruits en quelque sorte, puisqu’enfin les médias nationaux commencent à parler de New-Fabris.

Les Fabris iront donc manifester le 16 juillet à Billancourt, entourés de caméras et de journalistes qui désormais ne les quitteront plus. Mais là aussi, la déception est grande quand la délégation sort de sa rencontre avec des dirigeants de Renault et annonce aux manifestants que Renault et PSA se sont entendus pour leur racheter les stocks de pièce en échange d’une prime de 6 600 € par salarié. Colère. Dépit. Les Fabris rentreront à Châtellerault la rage au cœur, bien décidés à poursuivre leur mouvement.

Et puisque Renault et PSA ne veulent plus négocier, c’est le gouvernement qui fera l’entremetteur. Mais le ministre de l’industrie, Estrosi, exige l’enlèvement des bouteilles de gaz. Les salariés s’y plieront. La semaine suivante, le 22 juillet, le rendez-vous avec Estrosi au ministère de Bercy tourne court. 11 000 € bruts, c’est le dernier mot du ministre qui lève la séance au bout de deux heures. Comme marchands de tapis, il n’y a pas plus pingres que les riches.

Les salariés de Fabris sont face au mur. Que faire ? Lors de leur assemblée générale du lendemain 23 juillet, ils décident alors d’élargir leur mouvement : « Nous appelons l’ensemble des salariés des entreprises qui, comme nous, sont sous la menace d’une fermeture de leur entreprise ou de licenciements, du bassin châtelleraudais et de toute la France, à nous contacter de façon à coordonner nos luttes et à former un collectif contre les patrons voyous et licencieurs » . Tel sera leur communiqué lancé le soir même, lequel se termine par un appel à « l’ensemble des salariés en lutte pour l’emploi à une manifestation à Châtellerault jeudi 30 juillet. »

Un collectif contre les licenciements et une manifestation nationale ! À Châtellerault, en pleins congés d’été et avec une semaine pour préparer tout cela ? Le pari est risqué, d’autant plus que les Fabris ne doivent compter que sur leurs propres forces. En effet, leur appel ne sera pas relayé par les confédérations à commencer par la CGT, même si le syndicat CGT de New-Fabris mène pourtant le combat.

Mais les New-Fabris, et leur leader Guy Eyermann, dirigeant du syndicat CGT de New-Fabris, ont acquis une certaine notoriété qui leur permet de s’adresser directement aux autres entreprises. Et la manifestation du 30 juillet est un succès, avec plus de 2 000 manifestants. Si aucun leader national politique ou syndical ne fait le déplacement, des dizaines de délégations d’entreprises arrivent de toute la France. Une dizaine d’ouvriers de Continental sont venus de Compiègne avec leur leader, Xavier Mathieu. Une délégation de Molex et de Freescale débarque de Toulouse. Des salariés de Ford Blanquefort, de plusieurs sites Renault et PSA de la région parisienne, de Valeo, TDF, Sonas… font le déplacement. Venues de plus près et avec leurs publicités détournées, les filles d’Aubade font fureur. Le secteur public est aussi représenté : Poste, Hôpitaux, Caisse des Dépôts, CNAV, cheminots, etc. Au-delà du soutien aux Fabris, tous les salariés et militants syndicaux présents ressentent la nécessité de ne pas rester isolés et de coordonner les luttes contre les licenciements.

Lors du meeting qui clôt la manifestation et avant de donner la parole aux autres délégations et aux représentants des partis politiques, Guy Eyermann lance une nouvelle fois son appel : « Cette manifestation doit être le commencement de quelque chose. C’est la création d’un collectif pour toutes les entreprises qui luttent contre ces patrons voyous et ces actionnaires qui ferment nos usines et qui licencient des milliers de personnes. Aujourd’hui chaque entreprise lutte, se bat, et parfois meurt toute seule, dans son coin. Demain, c’est tous ensemble qu’il faudra lutter. Nous ne pourrons gagner qu’en réunissant toutes les entreprises, toutes les organisations syndicales, main dans la main. C’est tous ensemble que nous vaincrons. Aujourd’hui, c’est une pierre que nous venons de poser. Demain, dans les prochaines semaines, cette pierre va en appeler d’autres, pour construire une maison qui un jour nous fera entendre partout dans le pays. »

Applaudissements fournis. Émotion. Fierté… Mais la manifestation n’est pas suffisamment massive pour que les salariés de Fabris reviennent sur leur ultimatum et trouvent le courage et l’envie de continuer à occuper l’usine condamnée au mois d’août. Le lendemain, 31 juillet, la grosse majorité des salariés vote donc l’arrêt du mouvement, à contrecœur et la mort dans l’âme. Et ce n’est pas le montant de la prime, passée le matin même à 12 000 euros nets, qui les fait flancher. Mais l’alternative présentée lors du vote, accepter la prime ou faire sauter l’usine, ne leur laisse que peu de choix.

Reste que les salariés de Fabris peuvent être fiers de leur lutte. Celle-ci restera comme l’exemple d’un combat déterminé et audacieux. Une lutte qui n’est pas terminée puisque les ex-Fabris sont présents dans les manifestations de la rentrée, comme celle des salariés de l’automobile le 17 septembre à Paris ou du 26 à Clairoix, et qu’ils viennent de former un comité des privés d’emploi de Fabris. Sans compter que leur appel à coordonner les luttes et à former un collectif contre les patrons voyous continue de trouver un certain écho parmi des salariés et des militants d’entreprises menacées de licenciements et de suppressions d’emplois.

Gilles Seguin

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Numéro 65, septembre-octobre 2009