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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 65, septembre-octobre 2009

Gabon : Les entreprises du CAC 40 remportent l’élection présidentielle

Mis en ligne le 4 octobre 2009 Convergences Monde

C’est sans surprise Ali Bongo, ministre de la défense en exercice au moment du scrutin et fils du défunt dictateur Omar Bongo (décédé le 8 juin dernier après 42 ans d’un pouvoir sans partage), qui a remporté le 30 août dernier l’élection présidentielle au Gabon.

Que cette élection n’ait été rien moins que transparente semblait évident à la majorité des observateurs, à l’exception toutefois de Bernard Kouchner, qui s’est félicité du « bon déroulement du scrutin », et de Nicolas Sarkozy qui a envoyé « ses félicitations » et ses « voeux de succès » à Ali Bongo... avant même que les résultats définitifs ne soient confirmés par la Cour constitutionnelle gabonaise.

Une magouille à grande échelle

Face à des adversaires divisés, dont certains étaient mouillés jusqu’au cou dans le système Bongo [1], Ali n’avait pas fait dans la dentelle pour se faire élire en dépensant des sommes folles et en tentant de réduire ses adversaires au silence. Il avait monopolisé tous les panneaux d’affichage, était le seul à avoir les moyens de parcourir en hélicoptère un pays qui manque cruellement d’infrastructures routières, fait interdire d’antenne ses adversaires sur les ondes de la radio et de la télévision publiques, utilisé sa propre station de télévision privée Télé Africa mais fermé une autre station privée, Télé +, propriété de Mba Obame, un de ses concurrents, fait mitrailler la chaîne satellitaire GO AFRICA par ses hommes de main, bloquer toutes les communications par SMS, etc. De plus l’administration s’était arrangée pour que le corps électoral fasse un bond en avant spectaculaire pour s’établir à plus de 800 000 électeurs (sur une population de 1,3 million d’habitants), dont environ 120 000, selon les estimations les plus modestes du ministre de l’Intérieur lui-même, étaient inscrits au moins deux fois sur les listes électorales.

Et, comme cela risquait de ne pas suffire, il s’était assuré une confortable majorité au sein de la « Commission électorale nationale autonome et permanente » (CENAP), chargée d’examiner les litiges électoraux. En cas de désaccord ses opposants pouvaient toujours faire appel devant la Cour Suprême, sauf que cette dernière était présidée par un membre éminent du clan Bongo, Marie-Madeleine Mborantsuo, ancienne compagne de son père dont elle a eu deux enfants.

Pendant la campagne électorale Ali Bongo et ses partisans avaient fait distribuer allègrement aux électeurs cadeaux et billets et de banque, versé des pots de vin aux futurs présidents des bureaux de vote, voire fait remplir des procès verbaux de dépouillement avant même que les opérations de vote n’aient commencé. De même alors que la participation au scrutin s’établissait à 44 % sur l’ensemble du territoire, elle frôlait les 90 % dans le Haut Ogooué, le fief d’Ali Bongo.

Malgré tout cela le ressentiment à l’égard de la famille Bongo était tel que, selon les procès verbaux collectés par l’opposition, Bongo était arrivé loin derrière ses deux principaux concurrents dans les trois principales villes du pays (Libreville, Port Gentil et Oyem) qui ensemble regroupent plus de la moitié du corps électoral. Tout indique donc qu’il avait largement perdu. C’est pourquoi la CENAP l’a proclamé vainqueur en refusant de publier des résultats détaillés des votes. D’où la colère de milliers de personnes qui dans plusieurs villes, notamment dans la cité pétrolière de Port Gentil, ont violemment manifesté dans les rues et s’en sont pris aux intérêts français, notamment aux installations de Total, et ont mis le feu au Consulat général de France.

Une chasse gardée de l’impérialisme français

Analysant ce sentiment « anti-français », Noël Kodia, critique littéraire et essayiste gabonais, écrit dans « Afrik.com » :

« Pour les Gabonais, dont 70 % de la population vivent avec moins d’un dollar par jour dans un pays paradoxalement riche, la France apparaît ainsi comme complice de la politique antisociale et anti-économique pérennisée par le père Bongo et que voudrait poursuivre le fils en autorisant les quelques multinationales françaises à travailler dans l’opacité et le monopole (…) En se félicitant, quelques jours après le 30 août 2009, du bon déroulement du scrutin au Gabon et en déclarant faire confiance aux institutions gabonaises pour que le processus se poursuive dans le calme, la France n’avait-elle pas dirigé son regard vers Ali Bongo ? Ce dernier n’avait-il d’ailleurs pas été reçu à l’Élysée par le Président Sarkozy en décembre dernier ? »

Bref il était évident pour la majorité des Gabonais que la victoire d’Ali Bongo était d’abord et avant tout celle de l’impérialisme français, des sociétés du CAC 40, des groupes industriels et financiers qui, depuis des décennies, ont mis le Gabon en coupe réglée en pillant ses richesses sans vergogne et en arrosant au passage le clan présidentiel.

Parmi les 12 000 expatriés français travaillant au Gabon (et qui souvent vivent dans des quartiers résidentiels soigneusement séparés des bidonvilles où s’entassent les Gabonais les plus pauvres), nombreux sont ceux qui sont employés par les 150 filiales des grands noms de l’industrie, de la finance et de la banque et qui ont largement la mainmise sur les principales richesses du pays à savoir le pétrole (Total dans l’exploitation et Schlumberger dans les services), le manganèse (Eramet qui possède 66 % de la société étatique gabonaise Comilog), l’exploitation des bois tropicaux (Rougier-Leroy, filiale d’Isoroy, et la Compagnie équatoriale du bois-Tharry), l’uranium (AREVA), les travaux publics (Sogea et Bouygues, ce dernier ayant obtenu le marché de la construction du nouvel aéroport de Libreville), les services et les transports (Bolloré, candidat favori pour la gestion du nouveau terminal portuaire de Port Gentil, vient de créer une société de services et de transports pour aider les entreprises privées à venir exploiter les ressources du pays, société présidée par Pascaline Bongo, soeur d’Ali et également vice-présidente de Total-Gabon) [2], les banques (BNP-Paribas, LCL, Société Générale), les assurances (AXA, La Préservatrice), etc.

Et cette exploitation en règle du pays se fait par le biais d’un régime dictatorial et policier qui, en cas de crise, peut toujours compter sur l’appui d’un millier de soldats français du 6e Bataillon d’infanterie de marine (BIMa), stationnés sur place en vertu de l’accord de défense franco-gabonais de 1960 qui est toujours en vigueur et a comme particularité de permettre aux forces françaises d’intervenir en cas de perturbation de l’exploitation pétrolière. Ce qui avait d’ailleurs été le cas en mai 1990, sur instruction de François Mitterrand, lors d’un premier soulèvement à Port Gentil.

Aujourd’hui les troubles semblent avoir cessé et l’ordre règne tant à Libreville qu’à Port Gentil. Un ordre qui se veut le garant d’un régime qui, à l’occasion de ces élections truquées, a montré encore une fois qu’il était pourri et corrompu jusqu’à la moelle. Mais un tel régime n’est pas à l’abri de nouvelles explosions de colère des pauvres et des classes laborieuses du Gabon.

15 septembre 2009

Léo STERN


Mélenchon au secours de l’impérialisme français

Participant le dimanche 6 septembre sur France Inter à une table ronde  [3] Jean-Luc Mélenchon a déclaré au cours des débats sur la situation au Gabon : « … spontanément, il est toujours de bon ton de hurler contre ce qui est en place. Moi, je vois pas les choses comme vous, je ne suis pas d’accord sur le lien automatique que l’on fait entre la France et un certain nombre d’intérêts. Il y a des intérêts qui se défendent, sur place, ils n’ont pas besoin, ni de vous, ni de moi, pour se défendre, je le signale juste par parenthèse, ni même besoin des institutions de notre République. Premier exemple. Oui, oui, car il s’agit de mon pays et je ne suis pas d’accord pour qu’à tout propos, on traîne la France dans la boue, dans des histoires pour lesquels les Français ne sont pas forcément impliqués. Je ne suis pas d’accord, j’ai le droit, c’est ma manière d’être un patriote. (‘C’est très bien, acquiesce un intervenant’) ».

Le « patriote » Mélenchon ne voit ni le pillage du Gabon par les grands trusts, ni l’intervention des Sarko boys (en premier lieu desquels l’avocat vétéran de la Françafrique Robert Bourgi) dans la dernière élection présidentielle gabonaise. Il ne faut donc pas compter sur lui pour « hurler contre ce qui est en place » , c’est-à-dire contre le pillage du Gabon par l’impérialisme français.

Mais qui donc a eu l’idée saugrenue d’affirmer que Mélenchon se situait à « gauche de la gauche » ?


[1À l’origine parmi les 23 candidats qui s’opposaient à Ali Bongo on comptait deux anciens premiers ministres et trois anciens ministres d’Omar Bongo. Des deux principaux qui sont restés en lice Mba Obame était, jusqu’en juillet dernier, ministre de l’intérieur, et Pierre Mamboundou, le candidat soutenu par les Églises pentecôtistes, s’était rapproché d’Omar Bongo peu avant sa mort.

[2Interview dans « lemonde.fr » d’Odile Biyidi, présidente de l’association « Survie » qui mène des campagnes d’information pour une réforme de la politique de la France en Afrique.

[3Emission C’est demain la veille, de Pierre Weill, du dimanche 6 septembre à 18h10.

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