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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 65, septembre-octobre 2009 > Discussion

Discussion

« Tout est à nous »… même des « débouchés » réformistes ?

Mis en ligne le 4 octobre 2009 Convergences Politique

Selon le communiqué publié sur le site du NPA à l’issue de la réunion du Conseil politique national des 19 et 20 septembre, « il est urgent de redonner confiance à toutes celles et ceux qui payent la crise, de faire converger les mobilisations et d’offrir des perspectives sur le terrain politique » . Donc double terrain d’intervention : les luttes ET la politique, lesdites « perspectives politiques » étant quelque peu privilégiées. C’était déjà le cas dans le tract diffusé par le NPA à la fête de l’Humanité  : « S’il est indispensable de soutenir dès aujourd’hui l’ensemble des luttes en cours et de créer les conditions d’une mobilisation générale, cela ne suffit pas. Il faut aussi jeter les bases d’une alternative politique anticapitaliste. »

Vraiment, les luttes et les conditions d’une mobilisation générale « ne suffisent pas » ? Et de quelles perspectives politiques s’agit-il ?

« Offrir des perspectives sur le terrain politique »… mais lesquelles ?

Déjà annoncée au congrès de fondation du NPA, l’orientation en faveur d’une « alliance durable » pour une « vraie gauche » en rupture avec les renoncements du Parti socialiste, se peaufine et s’affirme. Le PS glissant de plus en plus vers la droite et envisageant désormais des alliances avec le Modem de Bayrou, il faudrait donc vraiment une « vraie gauche » ou « gauche radicale » que les travailleurs appelleraient de leurs vœux.

Mais le bât blesse.

D’abord du côté des partenaires possibles, qui sont essentiellement le PC, le Parti de gauche de Mélenchon, et Lutte ouvrière. Présenter Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon comme candidats « de rupture » avec le PS relève de la prestidigitation. PC et PdG existent certes indépendamment du PS, rivalisent avec lui, ont choisi de s’allier pour en être les concurrents dans un « Front de gauche » aux dernières européennes (qu’ils viennent en cette fin septembre de réactiver dans un communiqué), mais n’ont pas d’autre choix que de rester liés à lui, selon des modalités et à des degrés divers, pour garder ou gagner des élus dans les conseils régionaux et à terme des strapontins ministériels, si le PS gagnait les présidentielles de 2012. Ni le PC ni le PdG ne font mystère d’avoir « vocation gouvernementale ». À ce jour, dans les exécutifs des conseils régionaux, ces partis gouvernent avec le PS et y font des choix qui privilégient les riches et les exploiteurs, au détriment des classes populaires. Quelle « rupture » ?

À cette gauche bien peu « de rupture », le NPA envisage à ce jour, certes en tant que « motion d’étape » qui « ne fige pas les pistes », un « accord unitaire » dans un cadre bien peu contraignant. On ne peut plus ouvert puisqu’il s’adresse à une gauche « radicale » mais aussi « anticapitaliste et antilibérale »… c’est-à-dire pas radicale du tout, puisque ouverte aux « antilibéraux » partisans d’un capitalisme tempéré ! Et on ne peut plus flou puisqu’il est même expurgé par exemple de la revendication d’« interdiction des licenciements » ! Certes, pour montrer quelque muscle, le CPN du NPA affirme dans son communiqué de clôture qu’ « une large majorité de membres du CPN a considéré qu’il convenait de mener bataille sur le terrain unitaire en mettant en avant l’incompatibilité programmatique entre ceux qui veulent rompre avec le système et ceux qui veulent l’aménager. De cette incompatibilité découle le refus de participation aux majorités de gestion et aux exécutifs avec le PS ou les Verts. » Mais la « motion d’étape sur les élections régionales » adoptée par le CPN reste énigmatique sur la question [1] : qui seraient « nos élus » tenus par ce refus de participer aux gouvernements régionaux : ceux du NPA ou ceux des listes communes ? Porte ouverte, ou fermée ? Et qu’est-ce qui protégerait vraiment le NPA, et son image radicale et intègre, de revirements de ses alliés PC et PdG, pas des jeunots en la matière ?

On comprend que les dirigeants du NPA aient le souci que leur nouveau parti gagne du crédit, mais lui viendra-t-il de quelques élus obtenus au prix d’alliances cherchées sur le terrain de réformistes de gauche ? Lui viendra-t-il d’un programme électoral mi-chair mi-poisson de premier tour, accommodé d’une sauce de « fusions techniques » rebaptisées « fusions démocratiques » de deuxième tour avec le PS, déjà sur le feu ? Ce serait oublier, et gâcher, le crédit que l’extrême gauche a gagné auprès des travailleurs. Depuis 15 ans quelque 5 % (voire 10 % selon les scrutins) de l’électorat populaire donne sa voix à Lutte ouvrière et/ou au NPA (pour ceux qui veulent bien totaliser). Ce que ces travailleurs ont exprimé ainsi jusque-là - colère face à un système d’exploitation et adhésion à un programme de mesures radicales qui devrait être l’objectif de leur riposte d’ensemble –, ils doivent pouvoir continuer à le faire, plus nombreux encore du fait qu’ils sont frappés de plein fouet par la crise. Ce doit être une préoccupation des révolutionnaires, à commencer par le NPA et Lutte ouvrière, de le leur permettre dans ces élections. Ce devrait être aussi leur préoccupation d’ « explorer les possibilités d’un accord unitaire », comme l’affirme le NPA, et pourquoi pas avec le PC et le Parti de gauche, mais pour une campagne commune non seulement de dénonciation des effets dévastateurs de la crise mais d’affirmation que les travailleurs doivent y riposter tous ensemble, sur leur terrain de classe et pour un programme précis de mesures vitales.

Alliance circonstancielle ou front politique durable ?

Car les révolutionnaires ne désertent pas le terrain électoral, rare occasion de s’adresser à des millions de travailleurs. Les révolutionnaires ne sont pas étrangers non plus aux soucis unitaires face aux urgences qui s’imposent aux travailleurs. Mais précisément sur un programme de mobilisation et de mesures radicales : programme de sauvegarde immédiat des travailleurs dont l’interdiction des licenciements, la préparation de la lutte d’ensemble, le contrôle ouvrier sur les patrons voyous et licencieurs.

Une telle alliance mobilisatrice serait une « alliance circonstancielle », certainement pas cette « alliance durable » dont la direction du NPA se réaffirme partisane, dans la ligne de son congrès de fondation. Car que peut signifier une « alliance durable », sinon la constitution d’un « front politique », un « front de gauche » comme disent si bien Buffet et Mélenchon, c’est-à-dire un nouveau parti réformiste, « die Linke » à la française qu’ils s’emploient à faire naître ? Belle petite machine de guerre, soit dit au passage, contre les révolutionnaires, et tout particulièrement le NPA naissant !

« Créer les conditions d’une mobilisation générale, cela ne suffit pas »… Vraiment ?

Si les révolutionnaires doivent saisir les opportunités électorales, ne serait-ce que pour y faire entendre la voix discordante de la lutte de classe, ils n’ont pas à dissocier les luttes de la politique, pas à parler de « débouché politique » au sens électoral, à la façon de générations de réformistes. Ce sont ces derniers, les champions de la dichotomie : d’un côté les travailleurs et leurs syndicats auxquels revient le soin des luttes, de l’autre les notables de gauche auxquels revient le privilège d’en tirer bénéfice pour leur déroulement de carrière (le couronnement étant les strapontins ministériels, pour gouverner contre les travailleurs !).

Mais se préparer à une mobilisation d’ensemble, ça ne suffirait pas ?

Car la grève peut être sacrément politique, si elle se généralise et devient une épreuve de force nationale. S’il y a une perspective politique pour les travailleurs, aujourd’hui, en pleine vague de licenciements, c’est bien la grève générale comme l’histoire du mouvement ouvrier en a connues, en Russie ou Pologne en 1905, en Italie en 1920, en France en 1936 et dans d’autres pays dans ces années 1930 de crise économique et sociale. Et qui ouvre des possibilités aux révolutionnaires, c’est-à-dire un rapport de forces qui permet aux travailleurs mobilisés de faire une intrusion politique dans les affaires de la bourgeoisie. Partis, militants et programme révolutionnaires devraient précisément les y aider.

La seule perspective politique pour l’extrême gauche, vitale et prioritaire, c’est d’encourager à ce que les luttes, des travailleurs des villes comme des campagnes, ne restent pas isolées, à ce qu’elles se coordonnent, confluent dans une grève générale (ô combien politique !) qui imposerait un rapport de forces tel que « tout serait possible » – entendez un vrai début de pouvoir des travailleurs.

28 septembre 2009

Michelle VERDIER


[1« 3/ C’est dans cette perspective que nous entendons poursuivre publiquement les discussions avec les forces antilibérales et anticapitalistes en vue d’un accord unitairedans le cadre suivant :

Un accord national sur une plateforme de soutien aux luttes des salariés et des opprimés et des exigences sociales et écologiques favorisant des formes de lutte unitaire, autogérées et démocratiques, impliquant dans l’activité et les prises de décision, l’ensemble des acteurs et actrices de ces luttes. C’est ce dont nos élus seront les relais et porte paroles autour d’un programme de mesures d’urgence contre l’offensive patronale, en opposition déterminée à la politique gouvernementale et à l’extrême droite, dans l’indépendance vis-à-vis du PS et du parti des Verts. Impliquant le refus de toute majorité de gestion et par conséquent de participation à tout exécutif de région avec eux. »

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Numéro 65, septembre-octobre 2009

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