Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 65, septembre-octobre 2009

Disneyland (Marne-la-Vallée) : Mickey met son masque

Mis en ligne le 4 octobre 2009 Convergences Entreprises

Sous le signe de la grippe, Eurodisney a annoncé son « Plan de Continuité » [1], car même avec une Bonne Fée comme marraine, Cendrillon n’est pas à l’abri de la maladie. Plusieurs cas ont été constatés sur le site, en particulier dans les hôtels et dans le personnel. Pas très étonnant quand on sait que DisneyLand Paris est la plus grosse plaque tournante de touristes d’Europe et que ces derniers n’ont pas tous le réflexe d’éternuer dans leur manche !

Seulement voilà, après un printemps où la fréquentation et le chiffre d’affaires des Parcs ont permis à la direction de pavoiser dans les médias « Nous la crise ? On connaît pas ! » , l’été a été comme une douche froide ! Malgré la distribution de Passeports Annuels quasi gratuits, et les réductions des billets d’entrée à 15 euros sur internet, pas plus de 38 000 visiteurs par jour en juillet et 47 000 en août, quand l’année dernière certaines journées flirtaient avec les 90 000 et que l’on fermait les portes pour raison de « parc saturé ». C’est donc dans ce contexte où « La crise, en fait on connaît un peu quand même... » que Disney a décidé de dévoiler toutes ces choses merveilleuses qu’elle a mises au point pour, dit-elle, sauvegarder la santé et l’emploi de ses salariés en cas de pandémie. La santé, on verra, quant à l’emploi, c’est à examiner de plus près.

Entre le virus et l’asphyxie

Tout d’abord le port des masques. Dans les coulisses du parc ça sera le masque chirurgical standard, mais devant le public, c’est le masque intégral, prenant tout le visage, qui sera obligatoire. L’histoire ne dit pas s’il devra ou non être porté sous les costumes des personnages ni si les princesses seront encore autorisées à embrasser les enfants au travers d’un film plastique (en imaginant que ces derniers osent encore approcher une Blanche Neige sous blister grandeur nature).

Branle-bas de combat

Mais le plan de continuité, c’est surtout ce qui se passera en cas de fermeture.

Fermeture des transports en commun d’abord : un questionnaire a été distribué pour recenser ceux des salariés susceptibles de venir en voiture, à pied ou à vélo. Quant aux malchanceux qui viennent en RER ou autres bus, et dans le cas où la préfecture interdirait à Disney d’affréter ses propres navettes, la direction appliquera ce qu’elle préconise en cas de grève des transports, à savoir que chaque Castmember aura le droit de récupérer ses heures d’absences... à hauteur de 2 heures par jour ! Et le reste ? Promis, il ne sera pas sanctionné pour son absence ! Il ne sera simplement pas payé.

La fermeture des écoles ensuite pose un cas de conscience : si un salarié est contraint de rester à la maison car l’école de son enfant est fermée, il pourrait être tenté d’utiliser ses journées « enfant malade ». Erreur ! À moins que son enfant soit celui par qui l’école a fermé, la direction a été claire, la seule chose qu’elle peut lui proposer « pour l’arranger », c’est de lui octroyer des congés sans solde ! Eh oui, les journées « enfant malade », c’est pour les enfants malades...

Mise en condition et stratégie du choc ?

Enfin, la fermeture « administrative » des parcs et hôtels. Le discours de la direction est simple et un rien cynique : si l’État décide de fermer les entreprises, il ne gardera ouvertes que les plus utiles à la société, comme par exemple Dassault ! (ça ne s’invente pas !) et donc Eurodisney fermera ses portes 4 à 8 semaines (à croire que Disney est dans le secret des dieux, ou s’apprête à téléphoner à certaines autorités… une fermeture administrative bien opportune en ces temps où les visiteurs se font plus rares ! Les pouvoirs de Mickey sont insoupçonnés : n’a-t-il pas déjà obtenu une ligne RER pour lui tout seul ?). Dans ce cas la direction commencera par solder les compteurs de congés payés et de récupérations ; ensuite, elle hésite encore entre chômage technique, chômage partiel, chômage « économique » et… plan de licenciements tout bonnement ! Que l’on se rassure, les salariés concernés (pour faire simple les non-cadres) seront prévenus quelques jours avant la fin de leur période de congés payés ! Disney se demande bien pourquoi elle payerait ses employés alors qu’on « l’oblige » à fermer. D’autant qu’avec des journées à 17 000 visiteurs, la direction ne se cache même pas de calculer qu’elle gagnerait plus avec l’argent des assurances si elle était contrainte de fermer, qu’elle n’en gagne en ouvrant les parcs !

Alors principe de précaution ? Certainement ! De précaution des dividendes des actionnaires. Quant aux chômeurs annoncés, qu’ils se mouchent dans leur manche !

Harry Blosch


[1Avant l’été, le gouvernement a demandé aux entreprises de préparer un « Plan de continuité d’activité » : il s’agit de la procédure et du document qui décrit comment une entreprise va fonctionner en situation de crise majeure (gros accidents, catastrophes naturelles, crises sociales… et en l’occurrence la grippe !). Bref, qui va continuer à bosser, qui on va mettre au chômage, dans quel cas… Le document décrit également que l’entreprise met en place pour « faire face » (masques, solutions hydro-alcooliques dans les toilettes, information et prévention, salles de quarantaine pour les visiteurs et pour les salariés suspectés d’être malades…).

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 65, septembre-octobre 2009