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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 65, septembre-octobre 2009

La crise, un an après : ceux qui empochent et ceux qui payent…

Mis en ligne le 4 octobre 2009 Convergences Politique

Un milliard d’euros, c’est le montant des bonus versés par la BNP à ses traders. C’est surtout, face aux milliers de licenciements, le symbole de l’arrogance patronale. La banque explique que si elle ne rémunère pas suffisamment ses traders, ils iront voir ailleurs. La belle affaire ! Comme disaient les travailleurs argentins lors de l’effondrement de leur économie en 2001 : «  ¡Que se vayan todos !  » (« Qu’ils s’en aillent tous ! »)

La bourse est repartie à la hausse : l’indice CAC 40 est remonté de 50 % par rapport au 9 mars, jour le plus bas. La croissance semble pointer son nez : + 0,3 % au deuxième trimestre 2009 pour la France. Est-ce le début de la fin de la crise ? En tout cas, pas pour tout le monde.

Le patronat respire : les pertes sont moins lourdes que prévues au premier semestre 2009. Ce ne sont pas vraiment des pertes d’ailleurs. Les quarante plus grands groupes français, ceux du CAC 40, ont encaissé 22 milliards de bénéfices. Et certains, comme Total, d’annoncer des avances sur dividendes.

Seules dix entreprises du CAC 40 affichent des pertes, mais attention, c’est que, tel Renault et PSA, elles ont déduit les frais de restructuration qui grèvent les profits d’aujourd’hui pour préparer ceux de demain... sur le dos des travailleurs.

Si le patronat souffle, grâce au respirateur artificiel appelé « caisses de l’État », les travailleurs, eux, n’ont pas fini de payer. Le gouvernement continue de dérouler son tapis d’attaques : travail du dimanche, hausse du forfait hospitalier, privatisation de La Poste, amputation de la retraite des femmes, fiscalisation des indemnités d’accident du travail et une nouvelle « réforme » de la retraite envisagée pour 2010.

Mais c’est d’abord par leur emploi que les travailleurs payent la crise : 400 000 emplois disparus en un an, principalement dans l’industrie. Et les plans de licenciements n’ont pas ralenti, à l’image des 814 suppressions de postes annoncées mi-septembre par Alcatel-Lucent. Les jeunes qui débarquent à la recherche d’un travail sont autant de nouveaux chômeurs. Depuis un an, Pôle Emploi compte en moyenne 50 000 chômeurs supplémentaires chaque mois. Mais c’est sans compter ceux qui, découragés, ne se sont pas inscrits... ou réinscrits après une radiation. Les chiffres ne comptent pas non plus ceux qui entrent dans des dispositifs de reclassement sans pour autant retrouver de travail.

Les travailleurs payent l’impôt, les capitalistes encaissent

Pour renflouer les banques et « relancer » l’économie, l’État s’est fortement endetté. En 2009, il a emprunté 700 millions d’euros par jour sur les marchés financiers. Le déficit public devrait atteindre 130 milliards d’euros en 2009 et le gouvernement prévoit autant pour son budget 2010. La dette passerait ainsi de 68 à 80 % du PIB.

Le gouvernement ne prévoit évidemment pas de faire payer les patrons à qui il a versé ces milliards. Bien au contraire, il élimine la taxe professionnelle, au moment où il charge les travailleurs avec la taxe carbone. Mais la facture vient aussi avec le démantèlement des services publics et des systèmes sociaux : hôpitaux, éducation, retraites, etc. Tout y passe, plus que jamais.

Alors qu’ainsi la dette coûte aux travailleurs, elle est pain béni pour les capitalistes, qui trouvent un investissement sûr. Le service de la dette représentait 6 % des recettes de l’État en 2008 et devrait monter à 10 % en 2012. Et Sarkozy veut lancer son « grand emprunt », avec des taux d’intérêts encore plus élevés ! Seuls les plus riches, qui ont de l’argent à épargner, pourront en faire une source de revenu… prélevé directement dans la poche des travailleurs.

Partout dans le monde, patronat et gouvernement font payer les travailleurs

Aux États-Unis, ce sont les expulsions de leur logement des travailleurs ne pouvant plus payer leurs dettes qui ont marqué le début de la crise. Ces expulsions sont toujours plus nombreuses de mois en mois. 360 000 familles ont été mises à la rue en juillet, alors que les logements vides s’accumulent. En deux ans et demi, les banques ont ainsi saisi 5,5 millions de logements. Ces dernières années, avec les « subprimes » et les cartes de crédit faciles, les travailleurs américains avaient tenté de pallier leurs bas salaires par un fort endettement. Aujourd’hui les banques leur font payer. Et avec la disparition de nombre de petits boulots et la fermeture des usines, le chômage aggrave leurs conditions. L’OCDE prévoit que le chômage officiel passe de 5,8 % en 2008 à 10,1 % en 2010.

En Allemagne, 1,4 million de travailleurs ont un salaire amputé par le chômage partiel. Le chômage complet devrait atteindre 11,6 % en 2010. C’est là-bas que la récession est la plus forte, avec une baisse de 6 % du PIB prévue pour 2009. Les exportations ont chuté, alors qu’elles représentaient 47 % du PIB allemand.

C’est dans les pays pauvres que la note est la plus salée. Déjà, début 2008, ils avaient été les premiers à payer la crise avec la hausse des prix des matières premières, qui avait provoqué des émeutes de la faim. L’organisme de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, a estimé que 1,02 milliard d’individus souffrent de malnutrition en 2009. Triste record !

Les pays pauvres subissent la baisse des exportations, mais aussi le reflux des financements extérieurs. Selon la Banque mondiale, les investissements vers les pays pauvres ont diminué de 37 % en 2008 et cela s’accélère. Loin d’investir, les multinationales rapatrient une plus grande part de leurs profits (70 % contre 50 % auparavant). La conséquence directe est l’expansion du chômage et de la misère. Une misère que ceux qui ont émigré vers les pays riches pour envoyer une aide à leur famille ont de plus en plus de mal à adoucir. Dans les pays riches, les travailleurs immigrés sont les plus exposés aux licenciements, à cause des contrats précaires, voire l’absence de contrat de travail, de leur présence importante dans les secteurs les plus en crise (BTP, hôtellerie-restauration), mais aussi du fait du racisme de certains patrons qui les licencient en priorité. Résultat, la Banque mondiale prévoit une baisse de 5 à 8 % des fonds envoyés par les migrants.

Quel avenir pour l’économie capitaliste ?

Qui a dit : «  Nous avons passé le pire et avec une unité soutenue dans l’effort, nous nous remettrons rapidement  » ? Pas Obama, mais un autre président américain, Hoover, en mars 1930. Quelques mois après le krach boursier de 1929, les politiciens et économistes voyaient déjà la fin de la crise et tentaient de se rassurer. Pourtant, la « grande dépression », marquée par le chômage de masse et les salaires de misère, ne s’est arrêtée que dix ans et une guerre mondiale plus tard.

Autant dire que mieux vaut pour les travailleurs ne pas se fier aux invocations rassurantes des dirigeants de ce monde.

Maurice SPIRZ


Vers une reprise rapide de l’économie capitaliste ?

La croissance mondiale des quinze années qui ont précédé la crise a été relativement forte. Cette croissance était tirée par la forte consommation américaine, qui reposait pour beaucoup sur le crédit, jusqu’aux fameux « subprimes » destinés à faire consommer même les plus pauvres. Lorsque les bas salaires américains n’ont pas suffi à payer les intérêts toujours croissants, la crise a éclaté et s’est propagée dans le monde entier. [1]

Aujourd’hui, l’économie capitaliste a besoin de nouveaux débouchés pour remplacer la consommation américaine défaillante et absorber le capital disponible. Sans cela, une grande part des capacités de production restera inutilisée. La crise ne pourra alors se terminer que lorsque la surcapacité aura été détruite, c’est-à-dire après la fermeture de nombreuses entreprises et des licenciements massifs.

Les capacités de production sont sous-utilisées

Car la crise actuelle est bien une crise de surproduction, la capacité de production ayant dépassé les limites recevables par la demande solvable.

Dans l’industrie automobile, l’un des plus gros secteurs de l’économie mondiale, le taux d’utilisation des capacités de production était de 80 % en 2007, d’après le cabinet-conseil AlixPartners. Cette surcapacité avait déjà entrainé des milliers de suppressions d’emploi, notamment à PSA ou Renault. Mais en 2009, le taux d’utilisation est tombé à 65 %, ce qui ne présage rien de bon pour les travailleurs.

Avec les suppressions d’emplois, les salaires bloqués et les crédits rendus plus difficiles, la consommation de biens manufacturés a baissé depuis fin 2007. Et cela s’accélère, sous l’effet du chômage, avec, pour la France, une baisse de 1,2 % en juillet et 1,0 % en août, ce qui ne peut qu’accélérer la crise.

Si l’utilisation du chômage partiel a permis de réduire la production tout en temporisant très partiellement sur le chômage, le patronat ne s’en contentera pas éternellement. Les patrons préfèreront laisser des milliers de travailleurs au chômage, tout en exploitant quelques-uns d’entre eux au maximum de leurs capacités physiques. La répartition du travail entre tous, sans baisse de salaires, ne fait pas partie du programme patronal !

Un début de reprise en trompe l’œil

Pourtant, certains pays, comme la France, ont affiché une croissance positive au deuxième trimestre 2009. Au niveau européen, l’automobile a effectivement vu ses ventes s’améliorer grâce à la prime à la casse. Mais il s’agit surtout d’achats précipités de peur que la prime ne s’arrête trop tôt et cela ne garantit pas un retour de l’activité sur le long terme. Quand à la reprise de la production, elle s’explique par le déstockage opéré par l’industrie, qui a ralenti fortement sa production pour écouler les stocks. Maintenant, la production repart mécaniquement pour s’adapter à la demande solvable (qui reste restreinte), voire reconstituer des stocks.

Signe du manque de perspectives pour les capitalistes : les investissements continuent de chuter. Les entreprises remboursent même plus d’argent aux banques qu’elles ne leur empruntent. Certes, les banques rechignent à prêter, mais la demande de crédits s’est fortement réduite.

Pour éviter le chômage et les bas salaires, les travailleurs ne doivent donc pas compter sur une hypothétique relance du capitalisme. Le seul espoir ne peut venir que des luttes !

M.S.


[1Sur l’origine de la crise, lire «  La crise jusqu’où ?  », Convergences Révolutionnaires n°58, juillet-août 2008.

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Numéro 65, septembre-octobre 2009