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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 65, septembre-octobre 2009 > DOSSIER : Le syndicalisme face à la crise

DOSSIER : Le syndicalisme face à la crise

Du syndicalisme de « proposition » à la bonbonne de gaz, un mouvement pas toujours contrôlable par ses dirigeants

Mis en ligne le 4 octobre 2009 Convergences Politique

Les licenciements massifs qui se sont accélérés depuis la crise financière, le chômage, la précarité, la baisse des salaires et du niveau de vie des travailleurs et des plus pauvres, les attaques contre tous les services publics et en particulier contre le système de santé, tout cela aurait mérité – et mérite toujours – une toute autre réponse que deux journées d’actions espacées de deux mois, entrecoupées de palabres avec le gouvernement et le patronat. D’autant que les journées des 29 janvier et 19 mars derniers, par leur succès de participation, laissaient espérer en une mobilisation d’ensemble pour une grève générale illimitée – comme en Guadeloupe ou en Martinique – montrant qu’elle était non seulement possible mais aussi souhaitée par un grand nombre de travailleurs. Mais les direction syndicales n’ont pas voulu d’un crescendo, et ni le 26 mai ni le 13 juin qui ont suivi n’ont été organisés pour être des succès – bien au contraire, même si Bernard Thibault et d’autres ont le culot aujourd’hui de rejeter la responsabilité de leur échec sur la combativité insuffisante des travailleurs. En fait ces directions ont peur de tout ce qui pourrait conduire à terme à un mouvement d’ensemble de l’ampleur de Juin 36 ou Mai 68, perspective redoutée par le gouvernement et le patronat. Un danger qu’elles se sont efforcées d’écarter, au grand soulagement des hommes du pouvoir qui n’ont pas manqué de louer « l’esprit de responsabilité » des dirigeants des confédérations.

Quels buts poursuivent les directions syndicales ?

L’objectif des directions syndicales, celui qu’elles affichent – en particulier pour la plus influente d’entre elles, la CGT, pour ne pas parler de celui de la CFDT ou des autres – n’est pas d’aller vers une vraie grève générale, action que leurs représentants les plus en vue désignent sous l’expression méprisante de « Grand soir ». Il n’est même pas de rendre plus efficace le combat de ces milliers ou dizaines de milliers de travailleurs, qui le dos au mur partout dans le pays, sont entrés en lutte les uns indépendamment des autres contre des licenciements, des « restructurations » et des fermetures d’usine, dont la vague n’a pas cessé de s’amplifier depuis près d’un an. Rien au niveau des instances dirigeantes n’a été tenté pour coordonner ces luttes, additionner et donc multiplier leurs forces. Bernard Thibault dans ses récentes interventions fait la leçon aux travailleurs qui, pour aborder la période de chômage angoissante qui s’ouvre devant eux, réclament des indemnités de licenciement, leur opposant que la lutte pour le maintien de l’emploi est l’objectif. Certes ! Les travailleurs qui se battent isolément sont les premiers à savoir que leurs problèmes ne seront pas résolus par l’indemnité qu’ils réussiront à arracher, quel qu’en soit le montant. Thibault ou Chérèque ne leur apprennent rien… mais surtout ne leur ouvrent aucune autre perspective.

C’est une réalité que face à la crise du système, face au chômage, la vraie et unique solution serait d’arracher le pouvoir économique et politique à la classe capitaliste qui dirige la société et l’entraîne à sa perte, pour l’empêcher définitivement de nuire. Une mobilisation d’ensemble pourrait être un pas vers la prise en mains par les travailleurs de la société et de leur propre destin. Et elle permettrait au moins dans un premier temps de faire payer à un tout autre niveau les frais de la crise au patronat. Ce qui serait un formidable encouragement pour la classe ouvrière. Mais ce n’est pas ce que visent les directions syndicales. Elles se comportent comme les garantes du maintien d’une certaine paix sociale, celles sur qui les pouvoirs actuels peuvent compter pour empêcher la confrontation entre travailleurs et patrons, en faisant croire aux premiers que les problèmes peuvent se régler dans le cadre du système. Engagées sur cette voie, elles se refusent même à donner comme objectif la simple «  interdiction des licenciements  », préférant lui substituer, comme le proposent Thibault et la direction cégétiste, entre autres, «  la défense de l’emploi et de l’outil industriel  ».

Avec de telles « ambitions », une journée d’action de temps en temps suffit effectivement. Cela permet de se rencontrer dans les salons avec le gouvernement ou avec le Medef. Et même d’obtenir par exemple la promesse «  d’états généraux de l’industrie  », ce que Sarkozy a livré en « cadeau » à Thibault lors de son dernier entretien à l’Élysée. La belle affaire ! C’était le jour même où à Compiègne se déroulait une manifestation – en absence bien entendu du leader de la CGT – en protestation aux peines de prison requises contre des travailleurs de « Continental », accusés de « saccage », pour avoir refusé avec tous leurs camarades d’être jetés à la rue…

La rentrée qu’ils nous préparent

La dernière manifestation des travailleurs et sous-traitants de l’automobile, particulièrement touchés par la vague de licenciements, le 17 septembre à la Bourse à Paris, appelée par les fédérations CGT de la métallurgie et de la chimie, n’aurait sans doute pas eu lieu si celles-ci ne s’étaient pas senties pressées de faire mine de répondre à la demande d’un certains nombre de militants ou syndicats locaux du secteur automobile. Elle n’aurait surtout pas eu sa tonalité combative si des sections syndicales, des militants et travailleurs contestataires ne s’en étaient pas emparés. Avec notamment les banderoles CGT de Renault-Cléon, Citroën-Aulnay, Continental, Goodyear, New Fabris, Ford Blanquefort (près de Bordeaux), Freescale-Toulouse et bien d’autres, et si des militants de ces entreprises n’avaient commencé à se contacter directement dans le but de coordonner leurs efforts. Car la consigne de l’appareil syndical, pour cette journée de l’automobile, était de n’appeler à aucune grève, juste d’envoyer quelques délégués sur heures de détachement syndical.

Certes, six confédérations se sont entendues à la rentrée pour, dans le cadre d’une « journée mondiale », appeler à nouveau le 7 octobre à une action interprofessionnelle. Sans en préciser les modalités, avec comme objectif un «  travail décent  ». Le 22 septembre a eu lieu une journée à la Poste contre la privatisation. Autre journée de la CGT aussi, avec manifestation centrale à Paris le 22 octobre, «  pour défendre l’emploi et l’outil industriel  ». Une façon de paraître répondre à un certain mécontentement qui monte de la base, sans toutefois s’engager davantage sur une suite. Et à coup sûr, plutôt que de préparer la nécessaire riposte d’ensemble, dans le but de récupérer du terrain face à la pression exercée par des militants de base prêts à organiser la lutte en dehors des directions syndicales

24 septembre 2009

Louis GUILBERT

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Numéro 65, septembre-octobre 2009