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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 65, septembre-octobre 2009 > DOSSIER : Le syndicalisme face à la crise

DOSSIER : Le syndicalisme face à la crise

Les révolutionnaires doivent-ils (encore) militer dans les syndicats ?

Mis en ligne le 4 octobre 2009 Convergences Politique

Avec des confédérations pratiquant au quotidien la collaboration de classe et ayant pour premier souci de limiter et disperser les luttes, quand elles ne les trahissent pas, les syndicats ne sont guère attirants pour les travailleurs. En France cela se traduit d’ailleurs par la lente mais constante diminution de leurs effectifs depuis des décennies et par d’innombrables épisodes de cartes déchirées après une grève, quand les plus combatifs ont l’impression d’avoir été menés dans le mur par le syndicat à qui ils faisaient confiance. Et il est vrai que si la motivation pour militer syndicalement reposait sur l’adéquation entre la politique de leurs directions et les intérêts des travailleurs, les plus conscients d’entre eux ne trouveraient guère de raison de s’y investir.

Il est vrai aussi qu’il s’est trouvé depuis très longtemps des courants pour tirer du caractère toujours limité de leur action comme de leur intégration toujours croissante, la conclusion que les travailleurs combatifs, et donc a fortiori les militants ouvriers révolutionnaires, auraient mieux à faire que de se fourrer dans la galère syndicale…

Mieux à faire mais quoi ? Personne n’a vraiment démontré qu’il était préférable d’être hors des syndicats pour prendre la direction des luttes et leur donner une orientation juste. En revanche si les grèves conduites réellement jusqu’au bout de leurs possibilités ont été bien rares, certaines le furent par des militants révolutionnaires qui étaient aussi des militants syndicaux. Preuve donc que militer dans les syndicats n’entraîne nullement le rejet par les travailleurs ni ne compromet irrémédiablement la possibilité de mener une politique conforme aux intérêts de ceux-ci. C’est d’ailleurs particulièrement vrai ces derniers mois : les combats qui ont marqué, Toyota, Continental et quelques autres, et d’une façon encore plus éclatante en Guadeloupe avec le LKP, ont été menés par des militants d’extrême gauche ou proches de l’extrême gauche qui étaient souvent plus connus des travailleurs comme syndicalistes que comme politiques. D’une certaine façon même, on peut dire qu’ils n’ont pu prendre la direction des luttes que parce qu’ils étaient des militants syndicaux, et même qu’ils occupaient des positions syndicales.

Un cadre d’organisation

C’est que les organisations syndicales ne sont pas que les relais des politiques de collaboration de classes de leurs directions. Elles restent bien souvent encore, malgré tout, en particulier au niveau des entreprises, des organisations de classe, défendant au quotidien les intérêts des travailleurs face à l’exploitation, et regroupant ces travailleurs par-delà la diversité des opinions ou des préjugés philosophiques, politiques ou religieux. C’est fondamentalement pour cela que les militants communistes et révolutionnaires peuvent et doivent y trouver leur place, peuvent et doivent y militer. Bien entendu à leur manière et non à celle que voudraient trop souvent imposer les appareils bureaucratiques. Une manière qui commence dans la pratique quotidienne : en cherchant au maximum à se servir du cadre syndical pour réunir les travailleurs pour leur permettre de discuter et décider de tout ce qui les concerne, de devenir leurs propres organisateurs, c’est-à-dire leurs propres maîtres ; en utilisant les facilités militantes qu’offre la législation (mandats et heures de délégation par exemple) ou encore les positions dans la hiérarchie syndicale non seulement pour défendre face au patron systématiquement les intérêts individuels ou collectifs de leurs camarades mais aussi pour rendre des comptes et soumettre à tous leur activité et leur action. Bref, en essayant d’animer une vie syndicale réellement démocratique qui puisse être une « école de la classe ouvrière » au travers de laquelle celle-ci apprend à défendre elle-même ses intérêts, à prendre réellement ses affaires en main.

Les possibilités pour mener un tel travail sont certainement extrêmement variables selon les entreprises et les secteurs, mais c’est cela qui doit rester fondamentalement l’objectif du militantisme dans les syndicats. D’autant plus que faire vivre une telle activité d’organisation à la base est finalement le seul moyen d’éviter les pièges que réserve le syndicalisme et de résister aux pressions qu’il exerce sur les militants. Car entre les politiques patronales qui cherchent à s’associer les syndicats et une situation où trop souvent les travailleurs eux-mêmes ne se posent guère le problème de contrôler les organisations syndicales et leurs élus, le risque est grand pour un militant de se retrouver, sans l’avoir voulu, coupé des travailleurs et du coup dépendant des appareils bureaucratiques et de la politique de collaboration de classe de ceux-ci.

L’indépendance... de qui et de quoi ?

Mais c’est évidemment surtout dans les luttes que la nécessité de l’indépendance vis-à-vis des appareils syndicaux pratiquant la collaboration de classe se fait le plus sentir. C’est à ce moment-là qu’il est plus nécessaire que jamais de garder l’objectif, de toute façon permanent pour les communistes révolutionnaires, de développer au maximum l’organisation des travailleurs (celui qu’exprime la conviction fondamentale que « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »). Un objectif qui demande alors l’instauration de la démocratie ouvrière la plus large à travers les assemblées générales souveraines, les comités de grèves et les coordinations élus et contrôlés par les grévistes, toutes choses qui dépassent évidemment le cadre syndical habituel. C’est en général de cette démocratie-là que les bureaucraties, dont la première préoccupation est de garder le monopole de représentativité des travailleurs, ne veulent pas entendre parler. Et c’est là qu’elles mènent la guerre la plus dure aux militants, même s’ils sont à la tête de la lutte et reconnus comme ses dirigeants par ces AG et comités au contrôle de qui il se soumet. De cela, bien des luttes de ces derniers mois témoignent.

Des priorités correspondant à des situations

Le choix de militer dans les syndicats et comment le faire n’est pas atemporel. Des situations de luttes intenses des travailleurs feront certainement émerger des formes d’organisations plus représentatives, démocratiques et finalement bien plus efficaces. Mais il correspond à la situation d’aujourd’hui où, bien que leur bureaucratisation soit intense, les syndicats sont encore en général le premier lieu où se retrouvent les travailleurs conscients de la nécessité de s’organiser, ceux qui cherchent à combattre, même à l’échelle limitée d’une entreprise, les injustices sociales et les mauvais coups du patron. Les révolutionnaires doivent donc à la fois militer dans les syndicats et défendre, au-dedans comme au-dehors de ceux-ci, la politique qui correspond aux intérêts à court comme à long terme des travailleurs. Cela passe d’abord par militer en priorité dans le syndicat pour en faire un cadre d’organisation démocratique, en prenant la précaution de ne devoir d’éventuel mandat qu’à un crédit réel auprès de la base et non à la mansuétude d’un appareil. Cela passe aussi par l’indépendance de l’organisation politique par rapport aux syndicats (et non « l’indépendance du syndicat par rapport aux partis politiques » , formule qui aujourd’hui, ne serait-ce qu’à cause de leur faible poids, n’a aucun sens eu égard aux organisations d’extrême gauche). D’abord, au niveau des entreprises par la formation de groupes politiques qui se donnent les moyens d’expression et d’intervention propres sans considérer que les syndicats, y compris ceux auxquels les membres de ces groupes politiques appartiennent, aient un monopole en ce domaine.

Ces deux volets d’une même politique révolutionnaire sont d’autant plus nécessaires dans la situation actuelle où, face à la crise, les confédérations font la démonstration des limites ou des errements de leur politique et qu’un certain courant de mécontentement se développe parmi les syndicalistes de base. Ce n’est pas le moment ni de tourner le dos à cette minorité ni de mettre de l’eau dans le vin de nos critiques et de notre politique.

Yves LEFORT

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Numéro 65, septembre-octobre 2009