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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 115, novembre 2017 > DOSSIER : Catalogne

DOSSIER : Catalogne

Les origines du mouvement nationaliste catalan

Mis en ligne le 7 novembre 2017 Convergences Monde

Une aspiration venue d’en-haut

C’est à la fin du XIXe siècle que s’est constitué le mouvement nationaliste catalan moderne. Alors que l’Espagne sortait à peine de l’Ancien régime, avec une monarchie pourrissante et des classes dirigeantes d’un autre temps, la Catalogne était une région industrielle, une des plus développées d’Europe. La bourgeoisie catalane voulait un État moderne, à son service, capable d’aider au développement industriel. La petite bourgeoisie intellectuelle de Catalogne voulait plus de liberté, faire revivre la langue et la culture catalanes. Un important mouvement culturel de réappropriation de la langue catalane, un temps reléguée comme langue du petit peuple, avait été initié au milieu du XIXe siècle.

En 1898, l’Espagne perd sa dernière colonie américaine, Cuba, après trois ans de guerre coloniale. Cette défaite militaire, véritable catastrophe nationale en Espagne, donna un élan au mouvement nationaliste catalan. Dans l’armée et chez les nationalistes espagnols, l’amertume de la défaite rendit encore plus détestables les envies d’autonomie des régions périphériques. Perdre Cuba, c’était la déroute, mais perdre la Catalogne, ce serait la fin de l’Espagne multiséculaire.

En 1905, un groupe de soldats, furieux d’une caricature antimilitariste, saccagea la rédaction d’un journal satirique catalaniste, le ¡Cu-Cut !  : l’incident provoqua une crise gouvernementale… en faveur de l’armée qui gagna une loi sanctionnant sévèrement les « atteintes à la patrie ». Mais, en 1907, les élections législatives furent le premier grand succès électoral des nationalistes catalans (la coalition « Solidarité catalane » obtenait 41 des 44 sièges des provinces catalanes).

Les autorités de Madrid oscillaient alors entre la répression du mouvement catalaniste et l’acceptation, partielle, de ses demandes d’autonomie. Il y eut un début d’autonomie catalane mis en place en 1914 et même l’entrée dans le gouvernement espagnol, en 1917, de Francesc Cambó, dirigeant de la Ligue régionaliste, le parti de la bourgeoisie catalane conservatrice d’alors : les catalanistes faisaient bloc avec la bourgeoisie espagnole devant l’agitation ouvrière croissante, en particulier en Catalogne.

Avec la dictature du général Primo de Rivera (1923-1930), les militaires reprenaient la main à Madrid. Leur premier ennemi était certainement le mouvement ouvrier, mais la dictature s’en prit aussi aux nationalistes (alors même que certains de la Ligue régionaliste avaient vu d’un bon œil l’arrivée du général). Il supprima l’ébauche de l’autonomie catalane. La dictature s’abattit sur les journaux en catalan, sur l’enseignement en catalan, etc. Plusieurs partis catalanistes furent interdits.

La république offre un premier statut d’autonomie

En 1931, la monarchie d’Alphonse XIII s’effondrait, la république était proclamée. À Barcelone, le nationaliste Francesc Macià proclama « l’État catalan dans le cadre de la République fédérale espagnole ». Son parti, l’ERC, tout nouvellement créé, était un parti républicain, démocrate, catalaniste, de la petite bourgeoisie, un parti d’avocats et d’instituteurs. Dans la vie politique catalane, dans une atmosphère révolutionnaire, l’ERC avait pris le dessus sur la très conservatrice Ligue régionaliste.

Après des négociations, un Statut d’autonomie de la Catalogne fut obtenu en 1932, avec des institutions autonomes qui reprirent le nom de Généralité de Catalogne.

En octobre 1934, l’entrée de ministres de droite au gouvernement central provoqua une puissante réaction ouvrière dans tout le pays (qui prit un caractère insurrectionnel aux Asturies). En Catalogne, la Généralité se rebella aussi et proclama « l’État catalan ». La rébellion fut vite réprimée, sans que les partis nationalistes s’y opposent vraiment (c’est qu’ils ne voulaient pas vraiment s’appuyer sur le mouvement ouvrier). Les responsables de la Généralité furent condamnés et emprisonnés, puis amnistiés en 1936. La Généralité repris alors ses fonctions quelques mois avant le début de la guerre civile. Elle fut supprimée avec la victoire des franquistes en 1939. Le président de la Généralité, Lluís Companys, réfugié en France et livré à Franco par Hitler, fut fusillé en 1940.

Si l’ERC de Macià et Companys était un parti républicain, ce n’en était pas moins un parti bourgeois, qui s’est positionné contre la classe ouvrière pendant la révolution espagnole, notamment en mai 1937. Le mouvement ouvrier de Catalogne était surtout représenté par la CNT anarcho-syndicaliste, qui se distinguait très nettement des perspectives des nationalistes catalans.

Quant à la Ligue régionaliste… ce qu’il en restait se rallia à Franco car, pour eux, une fois encore, la défense de l’ordre social passait bien avant le nationalisme catalan.

La répression franquiste

Avec la victoire de Franco s’ouvrit une période de répression féroce dans toute l’Espagne, tout particulièrement en Catalogne, une des dernières régions à tomber entre ses mains. Une répression large et meurtrière s’abattit contre toute la gauche : anarchistes, syndicalistes, révolutionnaires, réformistes, staliniens, républicains catalanistes de l’ERC – le régime ne faisait pas dans la nuance. Le régime de Franco professait un nationalisme espagnol catholique où les ennemis principaux de la patrie étaient les rouges et les séparatistes. Toute expression d’un particularisme national, même la plus minime, était pourchassée. L’usage de la langue catalane strictement interdit, y compris dans les télégrammes et les pierres tombales. Les affichettes « Si tu es espagnol, parle espagnol » ou « Ici, on parle la langue de l’Empire » rappelaient partout la règle.

Après une phase de répression féroce, le régime desserra un peu l’étau. Cela permis quelques parutions de livres en catalan, la tenue de messes en catalan, le retour des danses traditionnelles dans les fêtes et des chanteurs se produisant en catalan (dans les limites strictes fixées par la censure). Et la constitution dans la clandestinité de nouvelles forces d’opposition.

M.C.

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