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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 115, novembre 2017 > Le souffle d’Octobre 17

Le souffle d’Octobre 17

Les bolcheviks prennent le pouvoir : la révolution de 1917 à Petrograd

Alexander Rabinowitch

Mis en ligne le 7 novembre 2017 Convergences Culture

Les bolcheviks prennent le pouvoir : la révolution de 1917 à Petrograd

Alexander Rabinowitch

Ed. La Fabrique, 2016, 28 €


Dans Les bolcheviks prennent le pouvoir, Rabinowitch déroule de manière vivante les événements de Pétrograd qui, des journées de juillet à l’insurrection d’octobre, mènent à la prise du pouvoir par les soviets, derrière le parti bolchevique. Le parti bolchevique est au centre du récit, l’auteur ayant pour objectif de réfuter la thèse du « coup d’État » bolchevique derrière l’autorité de Lénine. D’une part, il témoigne de l’implication des ouvriers et soldats dans ce grand bouleversement, mais aussi de l’adéquation entre les perspectives proposées par les bolcheviks et les aspirations des masses. D’autre part, il met en lumière les divergences, parfois cruciales, au sein même du parti bolchevique. Ce parti était vivant, capable d’initiatives à la base, de débats, mais il restait soudé par la perspective commune de la révolution ouvrière.

Au début du récit, les journées de juillet et leur répression brutale entraînent une traversée du désert pour les dirigeants bolcheviques, en prison ou en fuite. La réaction défile dans la rue. Les bolcheviks s’interrogent alors sur l’attitude à adopter vis-à-vis de ce soviet de Pétrograd, dont ils revendiquaient qu’il prenne le pouvoir, mais qui reste, sous la direction menchevique et SR, totalement paralysé face à la contre-révolution montante. C’est le rôle du parti et son articulation avec le soviet qui est en débat. Pour Lénine, la première période de la révolution, au cours de laquelle le pouvoir pouvait basculer pacifiquement vers les soviets, est révolue. Le gouvernement et la contre-révolution se sont réarmés, rendant une insurrection indispensable à la prise du pouvoir. Le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux soviets » est caduque, l’insurrection devant être menée par le parti, en s’appuyant sur l’avant-garde prolétarienne et non sur les soviets sclérosés. Lénine est en minorité, la plupart des dirigeants du parti ne voulant pas rompre avec les soviets, c’est-à-dire avec les mencheviks et les SR. Mais les événements précipitent la révolution et remettent en cause toutes les conclusions précédentes.

Le putsch manqué du général Kornilov et la poursuite de la guerre font basculer les masses du côté des bolcheviks. Ils gagnent la majorité au soviet de Pétrograd et, un peu partout, les résolutions bolcheviques en faveur du pouvoir des soviets sont adoptées. S’impose alors la question de l’insurrection. Lénine veut que le parti la prépare immédiatement. Trotski tergiverse et préfère passer par le soviet de Pétrograd, dont il est le nouveau président. Il constitue un comité militaire révolutionnaire sous la direction de ce soviet. Kamenev veut attendre le congrès pan-russe des soviets pour préserver les liens avec les mencheviks et les SR. Le débat est intense, mais les Bolcheviks vont de l’avant et les militants révolutionnaires trouvent leur voie parmi les nombreuses provocations du gouvernement.

En mettant en avant les nombreux débats entre bolcheviks, Rabinowitch montre un parti en prise avec les masses, qui élabore pas à pas sa tactique pour pousser en avant la révolution. On est loin de l’image d’un parti monolithique et dogmatique, vision bureaucratique du centralisme « démocratique » et thèse de tous ceux dans la bourgeoisie qui présentent Lénine comme un genre de monomaniaque de la prise du pouvoir par la force, dès mars 1917. Comme s’il avait annoncé le totalitarisme stalinien !

Paru pour la première fois en anglais en 1968, Les bolcheviks prennent le pouvoir n’a été traduit en français que l’an dernier. Il est l’un des meilleurs récits historiques de la révolution russe disponible en français, s’appuyant sur de nombreuses archives consultées en URSS. Il est le deuxième tome d’une trilogie, dont le premier porte sur les débuts de la révolution jusqu’aux journées de juillet et le troisième sur les bolcheviks au pouvoir. Les deux autres tomes n’ont pas encore été traduits. On les attend !

Maurice SPIRZ

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Numéro 115, novembre 2017