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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 115, novembre 2017 > Le souffle d’Octobre 17

Le souffle d’Octobre 17

Dissident dans la révolution, Victor Serge, une biographie politique

Susan Weissman

Mis en ligne le 7 novembre 2017 Convergences Culture

Dissident dans la révolution, Victor Serge, une biographie politique

Susan Weissman

Éditions Syllepse, 2006, 481 pages, 25 euros.


Suzy Weissman est une universitaire américaine qui, par grande proximité avec les idées et les combats révolutionnaires trotskistes, est devenue une des principales biographes de Victor Serge. L’ouvrage publié aux États-Unis en 2001, et traduit en français en 2006, est le fruit d’une thèse mais n’en a pas la pesanteur. Il est à la fois vivant, chaleureux et particulièrement fouillé quant au parcours politique de l’écrivain-militant Victor Serge : de l’anarchisme au bolchevisme, puis à cette « opposition de gauche » trotskiste née en 1923, qui en était la continuation révolutionnaire contre la montée du stalinisme.

L’ouvrage restitue la vie d’un homme où le personnel et le politique se superposaient. Et la biographie est enrichie du contact, dans les années 1990, avec des proches encore en vie de Victor Serge, dont ses enfants et tout particulièrement son fils Vlado. Il avait partagé en URSS comme ensuite en exil au Mexique une grande partie des épreuves de son père.

Victor Serge était Viktor Kibaltchitch pour l’état civil. Né à Bruxelles en 1890, de parents russes anti-tsaristes exilés, et mort en 1947 dans son dernier refuge du Mexique. D’abord jeune anarchiste qui a fait presque 10 ans de prison en France pour prétendue complicité avec la Bande à Bonnot. Il rejoint ensuite le Petrograd révolutionnaire en janvier 1919, en pleine guerre civile. Rallie les bolcheviks. Participe à la Tcheka et à la défense de la ville. Collabore aux travaux des rencontres et congrès de la IIIe Internationale. Opte ultérieurement pour la nationalité soviétique symbolisant pour lui les idéaux internationalistes des travailleurs du monde, jusqu’à ce que Staline lui retire cette « nationalité » après l’avoir persécuté, lui, sa femme et la famille russe de celle-ci, et envoyé en relégation puis expulsé d’URSS en avril 1936.

L’errance s’est poursuivie dans d’autres pays d’Europe, dont la France particulièrement inhospitalière au révolutionnaire. La menace ne venait pas des seules polices des États bourgeois, elle venait des appareils des PC staliniens, qui n’hésitaient pas à régler le sort de trotskistes par l’assassinat. Une période très difficile, humainement mais aussi politiquement, parce qu’elle était celle de la victoire du nazisme en Allemagne ; de révolutions trahies et vaincues en Espagne comme en France ; de l’approche inéluctable d’une seconde guerre mondiale et ensuite de ses ravages. Dans ce contexte de défaites et de suspicions, les relations étaient extrêmement tendues dans le microcosme trotskiste... D’où un froid entre Serge et Trotski, certes à propos d’appréciations politiques sur le POUM espagnol ; un froid entre Serge et d’autres militants de ce courant ; une fin de vie difficile et oubliée (Serge qui n’avait pas un sou a été livré à la fosse commune), dont Susan Weissman restitue avec beaucoup de justesse les enjeux et le climat.

Elle relate comment cet homme, acculé par sa situation de proscrit politique à militer surtout par la plume, s’est acharné à témoigner sur ce basculement de la Russie révolutionnaire (qui avait attiré le jeune anarchiste comme un aimant) vers un État totalitaire ou ce Minuit dans le siècle dont il a fait le titre d’un de ses romans. Il avait déjà écrit avant d’arriver en Russie à presque 30 ans. En Russie, il a continué et écrit une énorme quantité de récits et témoignages, analyses, articles, mémoires, poèmes et romans, traductions, dont la révolution est toujours restée l’héroïne – une révolution victorieuse qui avait ébranlé le monde, pour reprendre la formule de l’Américain John Reed qui était un ami – mais une révolution malmenée, étranglée, trahie...

Susan Weissman termine ainsi son ouvrage :

« À cause de ses convictions, Serge a été pauvre tout au long de sa vie ; son rejet de l’État soviétique et de l’Ouest capitaliste a fait de lui un marginal. Il a chèrement payé ses choix : il a été ignoré ou peu compris, ses livres ont disparu, ont été confisqués ou n’ont jamais été publiés. Il n’en reste pas moins que c’est un homme de notre temps dont les idées sont sans cesse plus pertinentes dans le monde où nous vivons. »

Un homme de notre temps, certainement, où de nouveaux ouragans s’annoncent. L’auteure américaine ne se cache pas d’avoir puisé aux Mémoires que Victor Serge a écrits à la fin de sa vie, en hommage à une génération de révolutionnaires. Un ouvrage à ne pas manquer, non plus.

M.V.

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Numéro 115, novembre 2017