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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 115, novembre 2017 > Internationalisme contre protectionnisme

Internationalisme contre protectionnisme

Interview d’un ingénieur de General Electric Hydro Grenoble

Mis en ligne le 7 novembre 2017 Convergences Entreprises

  • En quoi votre site est un de ces fameux fleurons industriels ?

Fabrice [1] : Nous produisons des turbines hydrauliques pour les centrales hydroélectriques. Nos clients sont les exploitants de ces centrales (EDF en France, et ses équivalents à l’étranger). C’est le seul atelier de ce type en France.

  • Peux-tu nous en dire plus sur la composition de la boite ?

F : le site se compose d’une centaine d’ouvriers (principalement soudeurs et usineurs), de 250 salariés non cadres (techniciens et fonction support – services de vente et administratifs…) et 450 cadres dont 250 ingénieurs sans fonction hiérarchique. Le plan attaque tous les métiers : il resterait moins de 50 ouvriers, mais en proportion, ce sont les techniciens et les services généraux qui seraient les plus impactés.

  • Comment s’est déclenché et organisé votre mouvement ?

F : Cela s’est joué sur 3 jours tout début octobre. Montebourg est venu nous donner quelques détails sur la négociation du rachat du site par GE : notamment que l’État pouvait racheter des parts pour peser dans les décisions, mais que l’option d’achat se terminait le 17. Brillante négociation à l’époque qui nous a surtout démontré la complicité de l’État dans l’attaque que nous subissons, car nous savons bien que ce rachat n’aura pas lieu.

Le lendemain, visite des directeurs de la fabrication à Grenoble : plus de 100 salariés se regroupent dans l’atelier pour poser des questions directement à la direction. Puis cette séance de questions se poursuit toute la journée, les salariés venant interpeller la direction en envahissant la réunion de CE qui a lieu ce jour-là. Ça dure de 11 h à 17 h, sans pause ! Le 4 octobre, nous décidons de bloquer le site. Nous tiendrons jusqu’au 12 avec vote quotidien sur la reconduction de l’occupation.

  • Quels ont été vos mots d’ordre et comment la direction a-t-elle réagi ?

Depuis l’annonce du PSE, les syndicats fonctionnent en intersyndicale sans trop de problèmes, ce qui surprend pas mal. Le mot d’ordre depuis le début est de faire tomber ce PSE : il est basé sur de mauvais résultats selon la direction, mais l’intersyndicale conteste ces chiffres. Les discussions portent donc essentiellement sur les raisons de ce plan plutôt que sur son ampleur ou les conditions de départ, ce qui a garanti l’unité syndicale jusqu’ici car la direction s’attendait sans doute à briser le front syndical en négociant le nombre de salariés peut-être et surtout les conditions de départ. Mais comme ces sujets ont été à peine abordés, le mot d’ordre reste la contestation des raisons mêmes de ce PSE. Les cadres sont très mobilisés, mais dans les faits on a très peu vu la CFE-CGC sur le piquet et c’est plutôt la CGT qui agit.

Depuis l’annonce du plan, la seule « avancée » qui a été proposée par la direction, c’est une amélioration du plan de reclassement (augmentation des indemnités et du temps d’indemnisation). Ces propositions ont été faites au 3e jour du blocage de l’usine.

  • Comment s’est organisée cette occupation ?

F : Très vite, la vie s’organise sur le piquet de grève, d’abord à l’initiative de la CGT, puis en auto-gestion par les salariés. D’abord les besoins primaires : barbecue, couscous, gratin dauphinois (un autre fleuron local) ; nettoyage des sanitaires ; corvée de bois pour alimenter le brasero qui réchauffe ceux qui veillent la nuit (toujours une cinquantaine de personnes).

Puis mise en place d’ateliers : écriture de lettres à la direction pour expliquer les raisons de notre colère ; atelier banderoles/affiches pour refaire la « décoration » du site ; atelier de réflexion sur les moyens d’action pour dynamiser le mouvement ; projection le soir de films de lutte (Comme des lions, films de la grève Neyrpic –ancien nom de la boite en 1996).

  • Où en êtes-vous aujourd’hui ?

F : nous avons repris le 13 octobre. La reprise du boulot après le blocage a été encore mouvementée avec des alarmes déclenchées presque tous les jours, un envahissement de réunion de CE, toujours une bonne mobilisation chaque matin pour faire une « haie d’honneur » aux directeurs qui vont en réunion de négociation avec les syndicats et lors desquelles les insultes pleuvent... Nous maintenons la pression sous cette forme tout en ressentant une grande fierté d’avoir pu pour un temps donner une forme plus radicale à la contestation de ce PSE. C’est sans doute dans cette direction qu’il faudra aller, jusqu’à la date butoir de négociation du plan, le 19 novembre.


Repères chronologiques des événements

Mai 2014  : fuites dans la presse au sujet de tractations secrètes entre Patrick Kron, PDG d’Alstom, et Jeffrey Immelt, PDG de GE, pour le rachat de la branche Énergie d’Alstom (2/3 du groupe environ).

Novembre 2015  : la vente à General Electric des activités Énergie d’Alstom est conclue, par Montebourg puis Macron à Bercy. Alstom Hydro Grenoble fait partie de cette opération.

Début juillet 2017  : annonce d’un PSE chez GE Hydro à Grenoble (345 postes supprimés sur 800) et sur les autres sites de Birr (Suisse) et Bilbao (Espagne).

Septembre 2017  : participation des salariés à toutes les manifs contre la loi travail en tête de cortège.

11 octobre  : délégation de 50 salariés devant l’Assemblée nationale et le Sénat, le jour où le PDG d’Alstom est entendu par la Commission des Affaires économiques pour le rachat de ce qui reste d’Alstom par Siemens. Le même jour, visite de Mélenchon à Grenoble sur le piquet de grève.


[1Le prénom a été changé

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Numéro 115, novembre 2017

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