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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 115, novembre 2017 > DOSSIER : Catalogne

DOSSIER : Catalogne

Après la mort de Franco, les années Pujol

Mis en ligne le 7 novembre 2017 Convergences Monde

Une nouvelle autonomie pour calmer les aspirations populaires pendant la Transition

À la mort de Franco en 1975, s’amorça ce qu’on a appelé la « transition ». La bourgeoisie espagnole savait bien qu’il fallait amorcer un tournant vers une démocratie bourgeoise à l’européenne. Il fallait que ce tournant se fasse en concédant le moins possible aux classes populaires. Que la colère accumulée par des décennies de répression n’explose pas et ne mette pas en danger la domination des classes possédantes. Et des problèmes politiques, il y en avait plusieurs. Une classe ouvrière qui avait reconstitué sous la clandestinité des partis et des syndicats et qui avait ses revendications sociales qu’elle ne manquait pas de faire entendre par la grève. Des peuples qui réclamaient les libertés élémentaires que la dictature avait niées. Du côté du régime, les institutions de la dictature étaient prêtes à négocier le tournant vers la démocratie mais avec des lignes rouges à ne pas franchir. L’une d’entre elles était le refus de la république. Le chef de l’État devait rester celui que Franco avait désigné pour lui succéder, le roi Juan Carlos Ier. La gauche réformiste (le PSOE comme le PCE, le Parti communiste d’Espagne), sommée de mettre au placard la revendication de république, obtempéra.

Une autre ligne rouge fixée était l’unité de l’Espagne. Le régime était disposé à mettre en place des institutions autonomes pour les Basques et les Catalans, à redonner des droits aux langues pourchassées, mais pas à accepter la sécession. Hors de question d’envisager le droit à l’auto-détermination des peuples. Le régime voulait faire plier l’organisation basque ETA qui le défiait et bénéficiait d’un réel soutien populaire.

En Catalogne, le régime craignait d’abord le mouvement ouvrier. Dans cette région industrielle, le mouvement ouvrier avait eu toute une histoire, avec des traditions combatives. Le PCE était parvenu à s’implanter sous la dictature (aux premières élections libres de juin 1977, c’est dans la province de Barcelone que le PCE avait ses meilleurs résultats, avec 20 % des voix). En Catalogne, le mouvement nationaliste apparaissait bien moins menaçant qu’au Pays basque, mais il fallait désamorcer toute évolution qui puisse être dangereuse. Les participants à la manifestation du 11 septembre 1977 pour l’autonomie avait été extrêmement nombreux. Les chanteurs catalanistes contestataires comme Lluís Llach (aujourd’hui député au Parlement catalan et fidèle soutien de Puigdemont) faisaient salle comble (plutôt que des concerts, c’étaient des meetings, expliquait-il plus tard).

Le pouvoir était prêt à céder sur la question de l’autonomie de la Catalogne (bien plus vite que pour le Pays basque), à accepter une reconnaissance officielle pour le catalan, et même le retour du président de la Généralité en exil (en octobre 1977), de façon à rallier les nationalistes bourgeois catalans. Une Catalogne dirigée par des politiciens locaux, mieux acceptés par la population, disposés, en échange d’une autonomie conséquente, à ne pas contester réellement le pouvoir central, cela pouvait être un élément de stabilité dans cette Transition.

La réussite de la Transition valait bien que Juan Carlos prononce quelques phrases en catalan (c’était inouï pour qui avait vécu 35 ans de bannissement du catalan… et si peu de chose en réalité). La senyera, le drapeau catalan, pourchassé sous Franco, devint drapeau officiel de la Généralité. Un statut d’autonomie de la Catalogne fut adopté en 1979.

L’ERC, qui dominait dans les années 1930, avait fait preuve d’une certaine fermeté : le vieux parti ne voulait pas abandonner son étiquette républicaine et il avait refusé d’approuver la Constitution de 1978. Il se retrouva marginalisé de la vie politique, pour plus de 30 ans.

C’est la coalition bourgeoise CiU (regroupant deux partis de droite, CDC et UDC) qui remporta les premières élections au Parlement catalan : Jordi Pujol resta à la tête de la Généralité pendant 23 ans, de 1980 à 2003.

« Catalaniser » la société

Au pouvoir, Jordi Pujol mena une politique que l’on pourrait qualifier de « catalanisation » de la société. Cela correspondait certainement aux envies d’une partie de la société catalane, à la sortie du franquisme, qui voulait avoir la possibilité de vivre dans sa culture et de pratiquer sa langue. Mais c’était une politique décidée d’en haut et qui s’imposait aussi à une autre partie de la population. L’émigration intérieure avait été très importante entre les années 1950 et 1970 : une grande partie de la population, essentiellement ouvrière, venait d’autres régions d’Espagne, tout particulièrement d’Andalousie, et n’avait pas la même relation à l’identité catalane.

Jordi Pujol développa l’usage de la langue catalane dans l’administration publique, dans les écoles et les universités. La Généralité investit aussi des moyens de communication publics (la télévision TV3, des radios) diffusant presque exclusivement en catalan (y compris les spots publicitaires ou les épisodes de Julie Lescaut).

La Généralité se dota aussi d’une force de police, les Mossos d’Esquadra. Dans l’esprit des dirigeants de la Généralité, il fallait prouver que les policiers catalans étaient compétents dans le maintien de l’ordre auprès de Madrid, pour garder cette prérogative. Y compris avec des unités anti-émeutes connues pour cogner aussi fort que les Gardes civils dans les manifestations.

Le parti de Pujol, c’était aussi tout un système de corruption qui a éclaté au grand jour ces dernières années. Avec un fils en prison, deux autres mis en examen (alors qu’il comptait bien que l’un de ses fils lui succède !), lui-même mis en cause pour une histoire de comptes cachés en Andorre, Jordi Pujol s’est retiré non comme le grand homme de la vie politique catalane qu’il aurait aimé être mais complètement discrédité.

Le parti de Jordi Pujol était un parti de droite. Il était assez logique qu’il conclut un pacte avec le PP, le pacte du Majestic en 1996. Le PP était arrivé en tête aux élections générales espagnoles, mais manquait de sièges pour la majorité absolue : il trouva comme alliés les députés catalans de CiU (ainsi que les nationalistes basques du PNV). En échange, le PP soutint Pujol au parlement catalan quand Pujol en eut besoin en 1999.

En 2003, le successeur désigné par Jordi Pujol, Artur Mas, ne parvint pas à remporter une majorité absolue au Parlement catalan, même avec l’aide du PP. Le dauphin dut attendre 2011 pour reprendre la présidence de la Généralité à la gauche. Mais, pour Artur Mas, les temps furent difficiles avec la crise économique commencée en 2008…

S.B.

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Numéro 115, novembre 2017

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