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DOSSIER : Dix ans apès la catastrophe d’AZF, la sécurité en question dans l’industrie chimique

Il y a dix ans, la catastrophe d’AZF : La réglementation n’a pas suffi

Mis en ligne le 24 novembre 2011 Convergences Entreprises

L’usine Grande Paroisse (AZF) de Toulouse était classée usine SEVESO seuil haut. Malgré cela et la réglementation existante, la catastrophe a eu lieu.

L’enquête a mis en évidence la faille qui existait dans les conditions de collecte des déchets. Le bâtiment 335 mis à disposition de l’entreprise sous-traitante chargée de collecter les déchets industriels banals ne faisait l’objet d’aucune procédure ou consigne d’exploitation. Et alors que l’entreprise sous-traitante devait contractuellement limiter sa prestation à cette collecte des déchets industriels banals, son ouvrier affecté au bâtiment 335 était dans les faits amené à y manipuler également des déchets chimiques, en particulier des fonds de sacs : c’est ainsi qu’au lieu de se limiter à ce qui était prévu – les sacs provenant des ateliers nitrate d’ammonium et urée –, cette collecte avait été étendue de manière informelle à l’ensemble de l’usine et, notamment, aux sacs provenant de l’atelier ACD (production de produits chlorés).

« Un risque perdu de vue… »

Bref, la présence dans le bâtiment 335 de sacs en provenance de tous les secteurs de l’usine contenant des produits incompatibles, en quantités plus ou moins importantes, était devenue banale. L’inspectrice du travail a pu écrire après son enquête que le risque d’explosion avait été « perdu de vue » sur le site AZF. Quant aux juges, ils ont estimé que, dans ce contexte, l’ouvrier qui a transféré la benne issue du bâtiment 335 au bâtiment 221, lieu de l’explosion, avait été « à son insu, le bras armé d’un enchaînement causal complexe (qui fait penser à une machine infernale… involontaire) qu’il n’appartient pas à l’agent de la société extérieure de maîtriser ».

L’explosion du 21 septembre 2001 a posé de façon dramatique le problème de la gestion patronale de la production. On ne peut pas laisser aux patrons le pouvoir de décision en matière de sécurité. Pour les patrons, la sécurité reste un coût qui grève les profits.

Il ne s’agit donc pas seulement de réglementer de façon plus contraignante. Quelle que soit la réglementation, rien ne garantit qu’elle sera respectée. La seule réponse qui offre quelques garanties se trouve dans le contrôle fait sur les conditions de production et, surtout, par ceux qui sont les mieux placés pour effectuer ce contrôle : les ouvriers, associés aux habitants des quartiers environnants, doivent pouvoir contrôler toutes les conditions de la production sans se voir opposer un quelconque secret de fabrication. Ce contrôle doit pouvoir aller jusqu’au veto dans les décisions pouvant avoir des conséquences dans le domaine de la sécurité des travailleurs et des habitants des quartiers riverains.

Des expertises réalisées après coup

Il y a des risques qui ne sont décelables que par des experts. Le drame, c’est que les expertises réalisées après la catastrophe ne se soient pas faites avant. Des experts auraient pu étudier sérieusement le danger existant y compris dans l’hypothèse d’un attentat (hypothèse écartée par les juges dans le cas de l’explosion d’AZF). Les travailleurs et la population doivent avoir le droit et les moyens d’ordonner des expertises à tout moment, de pouvoir se faire assister par des experts de leur choix.

Dans les mois qui avaient suivi l’explosion, la profonde émotion partagée par tous les sinistrés, ouvriers de la Chimie et habitants des quartiers proches s’était cristallisée sur un faux débat : redémarrer ou pas l’usine. Ce débat avait été d’autant plus faussé que Total n’avait nullement l’intention de poursuivre une activité chimique sur le site.

Dans la catastrophe d’AZF, toutes les victimes de l’explosion auraient eu tout à gagner à se retrouver dans une même lutte visant à obtenir de Total la réparation de tous les dégâts occasionnés et le maintien des salaires et emplois sur Toulouse pour les salariés touchés. Mais cette lutte aurait également pu avoir un autre objectif concernant, au-delà de Toulouse, tous les travailleurs et toute la population : imposer que les véritables décideurs dans le domaine de la sécurité industrielle soient les travailleurs des usines et des quartiers.

Vincent TIVOLI

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Numéro 78, novembre-décembre 2011