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DOSSIER : Dix ans apès la catastrophe d’AZF, la sécurité en question dans l’industrie chimique

Les belles carrières des produits dangereux

Mis en ligne le 24 novembre 2011 Convergences Entreprises

L’industrie chimique met en œuvre une grande diversité de réactifs. Certains ont une dangerosité immédiate – feu, brûlures chimiques –, d’autres aux effets moins facilement identifiables, provoquent des maladies sur le long terme. Ils sont, depuis les années 1970, classés en CMR (Cancérigène Mutagène Reprotoxique) ou ACD (Agent Chimique Dangereux). Avant d’être réglementés, ces produits peuvent accomplir de belles carrières dans l’industrie et, même une fois classés, les industriels ont su continuer à les utiliser en jouant sur les souplesses de la réglementation.

Les concepts de VLE (Valeur Limite d’Exposition) ou VME (Valeur Moyenne d’Exposition) sont sensés exprimer un seuil au-delà duquel un produit deviendra dangereux pour la santé, et autorisent implicitement son usage. Dès lors, le but de l’industriel sera de démontrer que ces seuils ne sont pas atteints. La mise en œuvre de cette politique permet bien entendu d’assurer un minimum de sécurité pour les travailleurs, mais la sécurité reste un effet secondaire par rapport au but réel recherché : se protéger juridiquement à terme et, d’une manière plus quotidienne, ne pas remettre en question la technologie ou la vétusté d’une installation.

Les astuces des « services sécurité »

Pour cela ont été créés dans les usines des « services sécurité » liés à un médecin du travail. Lesdits services, du fait même de leur existence, sont une belle vitrine pour des patrons particulièrement soucieux de leur image.

Ces services sécurité réalisent des campagnes de mesure pour détecter la présence d’un produit donné dans les environnements de travail. Mais ces valeurs sont quasi systématiquement pondérées par des « analyses de tâche ». Ainsi la pollution mesurée prés d’un appareil sera-t-elle confortablement réduite, par exemple parce que l’opérateur n’est théoriquement à proximité que cinq minutes par jour ! Cette technique de calcul conduit infailliblement à sous-évaluer l’exposition. D’une part, la méthode de l’analyse des tâches ne prend pas en compte la réalité du temps passé dans une zone polluée, variable selon la marche de l’installation. D’autre part, elle ne prend pas en compte les situations accidentelles, fuites, épandages, mauvais fonctionnement, qui font exploser les compteurs et sont d’autant plus courantes que l’installation est vétuste.

Les « attestations d’exposition »

Depuis 2008, l’employeur est tenu de fournir à chaque salarié quittant son entreprise une attestation d’exposition. Les récents plans de licenciement « volontaires » dans l’industrie chimiques nous donnent l’occasion de voir comment les entreprises s’acquittent de cette obligation. Établies par l’industriel lui-même dans le secret de commissions internes et envoyées par courrier à des salariés forcément absents des sites de production, le nombre et la pertinence de ces attestations échappent à tous contrôles. Le résultat est là : certains produits n’apparaissent pas du tout et, pour les autres, les mesures d’expositions dont on a vu la fragilité figurent, en bonne place.

Les travailleurs de la Chimie sont parmi les plus exposés aux risques toxiques, cancérigènes et dangereux à tous égards, et le sont dans des contextes atypiques. En effet, un produit à faible teneur dans la vie courante est par définition présent en grandes quantité dans l’atelier qui le fabrique, surtout quand c’est le seul qui le produit sur le continent. Les travailleurs de la Chimie sont donc les premiers à pâtir des lenteurs de l’acquisition des connaissances en matière de toxicologie humaine et c’est parfois leur mobilisation qui conduit à mettre à jour la dangerosité d’un produit. Un combat de longue haleine contre des patrons brillant la plupart du temps par leur mauvaise volonté, tel celui vécu par des salariés de l’usine Rhodia Saint-Fons Chimie.

L’hydroquinone, les cancers du rein… et l’apaisement social

Dans cette usine de la banlieue lyonnaise, un taux anormalement élevé de cancers du rein est suspecté dès 2003 chez des salariés et ex-salariés liés à l’atelier HQPC [1] qui fabrique l’hydroquinone, produit utilisé entre autres pour le développement photo. Le Comité hygiène et sécurité (CHSCT) de cette usine a alors demandé la réalisation d’une enquête pour établir d’éventuels liens entre ces cas de cancer et l’hydroquinone et, dans le doute, d’accentuer les mesures de prévention. La direction a, dans un premier temps, refusé en niant l’existence d’un problème de santé.

Face à l’opiniâtreté des salariés, elle a changé de stratégie et voulu reprendre la main en organisant une pré-enquête selon sa méthode : déterminer… si une enquête était nécessaire ! Cette pré-enquête n’a pu démontrer ni l’utilité d’une véritable enquête, ni l’inverse. En fait, les résultats étaient tellement sous-évalués que même les fréquences d’autres maladies étaient sensiblement inferieures aux moyennes nationales. On aurait pu en déduire tous les bienfaits du travail dans cette riante usine du sud de Lyon ! L’occasion était bonne pour classer l’affaire et pour que la direction poursuive sa politique de déni alors même que d’autres cas de cancers apparaissaient.

Elle a pu compter pour cela sur l’aide d’un médecin du travail aux ordres qui, depuis le début, n’a exprimé aucun doute sur le sujet. Sa sollicitude pour les travailleurs exposés va jusqu’à les protéger d’examens médicaux supplémentaires, selon lui générateurs de risques et d’inquiétude. Ce n’est que contraint qu’il a consenti, au cas par cas, à prescrire des échographies abdominales. Il n’oublie pas de préciser à chaque fois que c’est dans un but « d’apaisement social » !

Rafi HAMALIAN


[1Pour HydroQuinone et PyroCatéchol.

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Numéro 78, novembre-décembre 2011

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