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Occupy Wall Street, Occupy Oakland... Début d’un mouvement de masse aux Etats-Unis ?

Occupy Wall Street : début d’un mouvement de masse aux États-Unis ?

Mis en ligne le 24 novembre 2011 Convergences Monde

Depuis septembre, les États-Unis ont vu grandir un mouvement de protestation, connu maintenant sous le nom d’Occupy Wall Street. Selon le site web du mouvement lui-même, commencé à New York, il s’est depuis étendu à 600 villes. Son slogan « Nous sommes les 99 % » est aujourd’hui familier à la majorité des Américains. Il rend compte de leur sentiment devant l’énorme accroissement des inégalités dans le pays : 1 % de la population possède 40 % des richesses. À sa manière il permet aux révoltes de différentes couches de converger, depuis les étudiants confrontés à un avenir fait de dettes et de chômage jusqu’aux travailleurs en butte à des attaques redoublées de toutes sortes avec la crise.

D’une protestation symbolique à quelque chose de plus

La protestation fut initiée par Adbuster, un magazine qui a pour cible le monde des affaires. Fondé en 1989 par quelques écrivains et artistes de gauche, il est devenu très populaire dans le milieu militant anti-mondialisation de la fin des années 1990 et l’est resté depuis.

Début juillet, Adbuster a appelé à une manifestation devant le siège de la Chase Manhattan à New York, tout près de Wall Street. À cette occasion, proposition fut faite d’« occuper » Wall Street à partir du 17 septembre, jusqu’à ce que le gouvernement mette sur pied une « commission présidentielle… pour séparer l’argent de la politique ». Ce fut un relatif succès avec la participation de 2 000 personnes à Zuccotti Park. Adbuster avait envisagé de dresser un campement symbolique d’un jour ou deux tout au plus. Mais des militants prirent l’appel au sérieux et commencèrent une occupation qui dure maintenant depuis un mois et demi.

C’est l’action de la police, utilisant des gaz lacrymogènes contre de jeunes manifestants, qui a suscité une première vague de sympathie pour le mouvement. Une série de manifestations de protestation commencèrent à attirer les gens sensibles à un message qui s’en prenait aux riches. Le 1er octobre, une manifestation sur le pont de Brooklyn réunit plus de 5 000 personnes..

De la jeunesse aux syndicats

Jusque-là, seuls les jeunes formaient le gros des manifestations ou, surtout, des campeurs. Les médias présentaient les contestataires comme des étudiants et des bohèmes adeptes de la contre-culture. Le caractère de la protestation commença à changer lors de la manifestation du 5 octobre quand 15 000 personnes marchèrent sur Zuccotti Park. Non seulement les dirigeants des syndicats new-yorkais passèrent des résolutions de solidarité mais ils participèrent à la manifestation ainsi que d’autres membres de l’appareil des syndicats et des travailleurs du rang. Certes, la sympathie que beaucoup de travailleurs éprouvaient pour les revendications du mouvement n’entraîna qu’une petite minorité dans la rue. Beaucoup moins que de membres des professions libérales ou de la classe moyenne. L’absence de toute activité politique dans la classe ouvrière depuis longtemps en est sans doute l’une des raisons, mais c’est aussi le signe de la distance qui existe aujourd’hui entre les responsables syndicaux et les travailleurs du rang. Malgré tout, la présence d’une minorité de ceux-ci dans la manifestation en changeait quelque peu l’allure.

De New York aux liens avec le monde

Inspirés par New York, des campements surgirent un peu partout dans le pays, De San Francisco, en Californie, à Denver dans le Colorado, ou Tampa en Floride. Occupy Wall Street était devenu un mouvement national. Le 15 octobre, des manifestations étaient prévues dans tout le pays. À nouveau, au-delà de la jeunesse de la contre-culture qui occupe les camps, elles rassemblèrent des représentants de bien des couches différentes de la population. Les manifestants affirmaient les liens de leur mouvement avec celui de Grèce ou d’Espagne. Et quelques manifestations à Tokyo, Francfort ou Londres disaient prendre modèle sur Occupy Wall Street.

Les autorités municipales de beaucoup de villes ont alors tenté de mettre fin aux occupations. La police a procédé à de nombreuses arrestations : 175 à Chicago, 100 dans l’Arizona, 129 à Boston, etc. Le plus dramatique de ces raids de la police eut lieu à Oakland (près de San Francisco) et qui conduisit à une véritable manifestation de masse comme nous le relatons par ailleurs. Mais aussi à des manifestations de solidarité à travers le pays comme à New York où les anciens combattants organisèrent une marche de protestation qui prit son départ… Place des Anciens du Vietnam.

Comment passer au-delà de la simple protestation ?

Les campements de protestation sont devenus le symbole de l’intense insatisfaction du peuple américain. Les sondages indiquent que 37 % des sondés approuvent Occupy Wall Street. Ce soutien peut aussi être mesuré par les nombreux dons, y compris en argent, apportés aux occupants. Rien que le principal campement de New York avait reçu 430 000 dollars en ce début du mois de novembre.

Le mouvement n’a ni dirigeants, ni programme, ni revendications. Cela lui a été beaucoup reproché, avec beaucoup de mauvaise foi, par tous ceux qui lui sont hostiles… et n’ont certainement aucune envie qu’il s’en donne.

Ce que nous avons vu jusqu’ici – une explosion de mécontentements et un étrange et contradictoire mélange d’idéologies, ultra-gauchisme, idéalisme hippy, appels au respect de la Constitution ou références… à la Révolution américaine du XVIIIe siècle – présente bien des limites, même s’il recèle aussi des potentiels. Cela n’a rien d’étonnant vu les circonstances dans lesquelles il est né : il y a des décennies que les États-Unis n’ont pas connu de mouvement social d’importance et il n’existe aucune organisation capable d’impulser un tel mouvement ou prête à le faire.

Les camps de tentes surgis un peu partout sont bien le symbole d’une contestation générale, mais ils restent essentiellement l’œuvre de jeunes, étudiants ou bohèmes, libres de toutes obligations et qui peuvent s’installer dans les lieux publics sur une longue période. Certes, très naturellement, beaucoup de SDF les ont rejoints. Ce qui a fourni une base à ceux qui aimeraient bâtir une contre-société. Certains des organisateurs des camps, gauchistes un peu marginaux, ont maintenant l’idée de changer la société par la multiplication et l’élargissement de ces camps. Ils passent l’essentiel de leur temps et de leur activité dans ces tentatives d’organisation.

De leur côté, les syndicats ont senti une pression qui les a amenés à participer aux manifestations. Mais ils prennent soin d’apporter leur soutien là où ils estiment qu’il peut servir à améliorer leur image auprès de leurs adhérents. Ils n’organisent rien et ne fournissent aucune orientation.

Reste donc à voir où le mécontentement populaire exprimé par le mouvement trouvera un débouché. Canalisé par les Démocrates lors des élections de 2012 ? Déjà un certain nombre de politiciens, y compris parmi ceux qui ont d’abord fait donner la police contre les campements, disent leur sympathie. Le mouvement va-t-il lentement se dissiper dans un reflux ? Il semble probable que les campements disparaîtront presque entièrement l’hiver venu à l’exception de quelques campeurs particulièrement endurcis ou dans quelques-unes des villes les plus au Sud.

Mais l’hiver peut aussi donner du temps à ceux qui cherchent de réelles réponses aux problèmes posés (et ils ne sont pas minces : comment se débarrasser des maux du capitalisme ?), voire s’organiser pour les résoudre. Jusqu’ici, le centre de gravité reste les camps et leurs occupants. Mais nous avons vu beaucoup d’étudiants et de travailleurs venir aux manifestations et, dans une atmosphère nouvellement politisée, s’ouvrir aux discussions avec la gauche révolutionnaire. Rien ne dit qu’au printemps, voire plus tôt, contestations et manifestations de colère ne reprendront pas de plus belle.

San Francisco, 7 novembre 2011

Victor FRANKS

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Numéro 78, novembre-décembre 2011