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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 78, novembre-décembre 2011

SNCF : Super Arnaque 2012

Mis en ligne le 24 novembre 2011 Convergences Entreprises

C’est à grand renfort de publicité que la SNCF annonce l’arrivée du « Service annuel » 2012 (SA 2012) qui bouleversera 85 % des horaires de train, contre 30 % lors des changements de service habituels qui ont lieu tous les ans. Trois « raisons », ou prétextes, avancés à ce qui est présenté comme le plus grand changement dans le système ferroviaire français depuis des années : l’arrivée du TGV Rhin-Rhône, la multiplication des travaux de renouvellement des voies et l’extension du cadencement [1].

L’intérêt des voyageurs...

L’immense chantier de rénovation de mille kilomètres de voies programmé sur trois ans est le résultat d’un retard accumulé depuis vingt-cinq ans. Face au risque d’un effondrement du réseau devenu obsolète, l’État et les collectivités ont mis treize milliards d’euros sur la table. Une somme qui ira essentiellement dans la poche de nombreuses entreprises privées, dont Bouygues, Eiffage ou Vinci. Ce travail de titan sera effectué à marche forcée, essentiellement de nuit, dans des conditions de sécurité assouplies pour limiter les perturbations sur les circulations. Une aggravation programmée des conditions de travail des 30 000 cheminots de la division « Maintenance et Travaux » de la SNCF, mais aussi des salariés des sous-traitants.

Le cadencement des trains de voyageurs permettrait théoriquement une amélioration de la lisibilité des horaires et de la régularité. Mais il nécessiterait des investissements en voies supplémentaires pour permettre aux trains de se croiser, ainsi que des créations de postes. Trop cher pour la SNCF, qui propose de n’ajouter que soixante conducteurs sur tout le réseau voyageurs. Ceux-ci seraient retirés au fret, le grand perdant de cette nouvelle réforme. Trains supprimés, temps de trajet qui s’allongent en banlieue ou en région, les nouveaux horaires sont loin de profiter aux salariés qui prennent le train quotidiennement. Et la gestion à flux tendu qu’ils accentuent promet de belles pagailles en cas d’incident.

... ou du fric pour les groupes privés ?

Les six cents horairistes de la SNCF et les cent cinquante de Réseau ferré de France (RFF) ont dû remettre à plat tous les sillons [2] du système ferroviaire en quelques mois. Surveillés de près par la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes, ils doivent veiller à présenter un catalogue qui permette à n’importe quelle entreprise ferroviaire de réserver un trajet (sillon). Des salariés sous les ordres de la SNCF qui doivent veiller à ne pas favoriser la maison-mère face aux « nouveaux entrants »… Cela donne une idée de la réalité de leur « ouverture à la concurrence » qui est en fait une répartition amicale des marchés entre le public et le privé.

Si la part de marché du privé est encore faible au niveau global, elle progresse rapidement dans le fret (20 % aujourd’hui alors que la libéralisation du trafic ne date que de 2006) et la SNCF la prépare activement dans le transport voyageurs. À partir du 11 décembre prochain, la liaison de nuit Paris-Milan-Venise sera assurée par Thello, entreprise possédée par Veolia et Trenitalia. En 2013, ce sont les TER qui pourront passer dans l’escarcelle de trusts multinationaux de la logistique.

Coordonner la riposte

La SNCF en profite pour faire pression sur les conditions de travail : la fausse concurrence entre grands groupes se traduit par une mise en concurrence des travailleurs du rail. Et pleuvent les menaces sur le statut des cheminots et leur réglementation du travail, le RH0077 [3] qui serait trop coûteux (cf. encadré). Le Service annuel 2012 entre dans ce cadre, puisqu’il est l’occasion d’intensifier le travail des conducteurs, des contrôleurs et des cheminots des gares en réduisant l’intervalle entre deux trains, en allongeant le temps de conduite et l’amplitude des journées.

Derrière l’idée apparemment inoffensive de simplifier les horaires se cache une attaque en règle pour intensifier le travail des cheminots. La direction de la SNCF s’est donné trois ans pour modifier tous les plannings. Trois ans qui lui permettent d’étaler les gains de productivité, en espérant diluer la riposte attendue. Le piège est grossier. Déjà les conducteurs de la Ligne C à Paris ont décidé d’entrer en grève dès le 15 novembre pour exiger que les nouveaux roulements ne dégradent pas leurs conditions de travail et imposer les embauches nécessaires. Des mouvements, souvent déterminés, pourraient se multiplier d’ici le 11 décembre. La direction elle aussi s’y prépare. C’est la coordination de ces luttes qui permettra de passer de grèves dépôt par dépôt à un mouvement général contre le SA 2012.

Raphaël PRESTON


Non au statu quo !

En mai, le rapport du sénateur Grignon suggérait de raboter la réglementation du travail spécifique à la SNCF (le RH0077) et le statut pour organiser le passage des cheminots SNCF du TER à des entreprises privées lors de l’ouverture à la concurrence. En septembre, la ministre Kosciusko-Morizet ouvrait des « Assises du ferroviaire » en revendiquant d’en finir avec notre statut. En octobre, une mission parlementaire était lancée pour proposer une loi dans ce sens à l’été 2012.

La direction en rajoute : après avoir intégré le sénateur Grignon au conseil d’administration de la SNCF, elle nomme David Azéma « Directeur général délégué du groupe » – excusez du peu – avec pour mission la réforme du statut. Un bal pré-électoral de circonstance ou des projets concrets ? S’ils s’attaquent à notre statut au nom de l’ouverture à la concurrence, il faudra revendiquer au contraire son amélioration et son extension à tous les travailleurs du rail du privé.

En tout cas, pas de miracle pour leur faire remballer leurs projets : se battre dès aujourd’hui pied à pied contre leurs sales coups bien réels pour qu’ils sachent ce qu’il en coûte.

Brève du Bulletin l’ Étincelle Ligne C (Gare d’Austerlitz)


[1Des trains sont dits cadencés s’ils passent à la même minute de chaque heure.

[2Un sillon est une portion de rail à un horaire donné vendu par RFF aux entreprises de transport ferroviaire, pour l’instant essentiellement la SNCF.

[3Un équivalent du code du travail spécifique aux métiers de la SNCF, qui impose en particulier une règlementation des horaires très irréguliers des cheminots.

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