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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 138, avril 2021

Recommandations

Pour poursuivre la lecture...

Des extraits de critiques de livres, d’une BD et d’un film, que vous pourrez retrouver sur notre site

Mis en ligne le 3 mai 2021 Convergences

Allary éditions, 2020, 272 p., 19,90 €

Lauren Bastide est une journaliste et militante féministe. Elle a également créé un podcast féministe, La Poudre, qui dépasse les dix millions d’auditrices, et anime régulièrement à l’espace culturel du Carreau du Temple, à Paris, des conférences sur le féminisme et la condition des femmes. Son livre (même si l’abolition de la société de classe ne semble pas sa préoccupation essentielle) est un cri de colère sous la forme d’un constat fort bien documenté quant à la situation des femmes dans tous les secteurs de la société.


Albin Michel (Terres d’Amérique), 350 p., 21,90 €

Tommy Orange est un jeune auteur américain dont Ici n’est plus ici est le premier roman. Né en 1982 d’un père cheyenne du Sud et d’une mère « blanche », il a grandi à Oakland, en Californie, sur la baie de San Francisco, parmi une communauté indienne urbanisée plus habituée, pour reprendre ses mots, « au bruit de l’autoroute qu’à celui des rivières ». Tout un milieu pauvre d’Oakland qui connait son lot de taudis et de logements modestes, de familles monoparentales, d’enfants abandonnés ou non reconnus, de misère, de drogue, d’alcoolisme et de délinquance. Tommy Orange ne tombe jamais dans le travers folkloriste et fait souvent preuve d’humour. Un livre attachant qui nous fait découvrir une tranche de vie de ces Indiens urbains, bien éloignée des clichés habituels sur l’Indien emplumé des réserves.


Il s’agit du premier tome d’une saga familiale entre Europe, République dominicaine, Israël et États-Unis. Cette série de romans écrits par Catherine Bardon est sortie entre 2018 et 2021 : les trois premiers – Les Déracinés ; L’Américaine ; Et la vie reprit son cours – sont déjà disponibles en poche (éditions Pocket). Le dernier, Un invincible été (Escales), est sorti le 8 avril 2021.

Dans Les Déracinés, un jeune couple de Juifs viennois émigre en République dominicaine en mars 1940 pour y construire une colonie juive, Sosua. Alors qu’explosent les demandes de visas de Juifs allemands et autrichiens persécutés par le régime nazi, seule la République dominicaine propose 100 000 visas. Le gouvernement dominicain met en place le projet. Le dictateur dominicain, Trujillo, y voit l’occasion de redorer son image (il avait fait massacrer des milliers d’Haïtiens), de développer son pays, mais aussi de le blanchir ! Pour l’organisation humanitaire juive le Joint ou JDC (American Jewish Joint Distribution Committee), le projet est un test : montrer la viabilité de communautés rurales juives, à l’instar des kibboutz de Palestine.

Après un voyage éprouvant, le groupe de volontaires (dont une chapelière, une violoniste, un acteur, un boucher, un typographe et un chauffeur de taxi…) arrive à Sosua où tout est à construire, et le début d’une vie en collectivité. D’autres volontaires rejoignent le premier groupe. La colonie se développe, avec ses succès et ses échecs.

Dans le deuxième tome, L’Américaine, d’autres personnages et voyages. Ruth, la première enfant née à Sosua, devient le personnage principal. Sa quête d’identité la fait voyager entre les États-Unis et Israël où, lors d’un séjour dans un kibboutz, elle se lie d’amitié avec un certain… Bernie Sanders ! La grande histoire croise ainsi celle des personnages. Il n’est que peu question dans ces récits des Dominicains d’origine, un peu plus de l’histoire politique du pays soumis à l’impérialisme américain, qui ne cesse d’y intervenir contre la volonté de la population. De même, il n’est pas question des Arabes palestiniens quand le récit arrive en Israël. Impossible de ne pas le noter, ce qui n’empêche pas d’être pris par la lecture.


Dargaud, 2020, 144 p., 19,99 €

L’histoire de Blanc autour traite de la création de la première école pour jeunes filles noires, près de Boston aux États-Unis en 1832. Elle est inspirée de l’histoire vraie de Prudence Crandall, l’institutrice qui fonda l’école, et de son combat pour imposer le droit à l’éducation pour tous à une époque où l’esclavage était encore en vigueur. Prudence Crandall décide à la rentrée scolaire de 1832 d’accueillir pour la première fois dans sa classe celle qui jusqu’alors ne s’occupait que du nettoyage de l’école, pour en faire sa première écolière noire.

La réaction est immédiate : l’ensemble des parents d’élèves, avec l’appui de toute la société, décide de retirer leurs enfants de l’école. Celle-ci n’accueillera plus alors que des jeunes filles noires. Une école « non-mixte » dirait-on aujourd’hui ? Certes, mais bien malgré elle. Le combat de Prudence Crandall et des écolières ne fait alors que commencer… Le propos de fond est servi par des dessins magnifiques où chaque cartouche est un petit tableau sur lequel s’attarder, de longues secondes à chaque fois. Les écolières sont aussi toutes drôles et attachantes. Quant au combat pour l’éducation pour tous et contre le racisme, il semble qu’il n’ait pas pris une ride depuis 1832…


Un film

VOD sur boutique.arte.tv, 2020, 1 h 49, 4,99 € pour 48 h

1967, quelque part en Alsace. Une vingtaine de jeunes filles font leur rentrée à l’école privée ménagère Van der Beck pour apprendre à devenir de « bonnes épouses ». Paulette Van der Beck (Juliette Binoche) donne les cours de maintien, secondée par sa belle-sœur Gilberte (Yolande Moreau) qui enseigne la cuisine et la religieuse, sœur Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky), qui inculque le ménage, tout en jouant le soir venu le rôle de cerbère de l’internat placé sous les combles du grand manoir Van der Beck. Décès inopiné de Monsieur Van der Beck (François Berléand) :l’école est financièrement au bord du gouffre. Ce trio un brin bancal arrivera-t-il à sauver l’école ? Mais sauver quoi d’ailleurs ? Car à mesure que l’année avance, on sent poindre comme un avant-goût de libération des mœurs, notamment chez les élèves…

Ce film lorgne vers la fable pour mieux faire voler en éclat le carcan patriarcal. Un peu de larmes, beaucoup de rires, un coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire sur ce que les luttes des femmes ont déjà changé… et implicitement de quoi réfléchir sur ce qu’il reste à faire : La Bonne épouse joue habilement sur une palette large, qui permet de passer un agréable moment sans pour autant débrancher son cerveau.


Sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda

Les Arènes, 2021, 336 p., 22 €

Patrick de Saint-Exupéry fait partie des témoins et écrivains de référence sur le génocide des Tutsis au Rwanda. Ancien grand reporter au Figaro, il avait été envoyé dès 1994 au Rwanda pour en assurer la couverture. Il a consacré la suite de sa carrière à témoigner et à enquêter sur l’implication et les responsabilités de l’État français dans ce dernier génocide du XXe siècle. Son premier livre sorti en 2004, L’inavouable : la France au Rwanda (Les Arènes, 2004- 287p) est un vrai réquisitoire contre l’action de la France au Rwanda.

La Traversée, ce nouveau récit de Patrick de Saint-Exupéry a entre autres pour objectif de récuser par les faits la thèse mensongère avancée par les autorités françaises du « double génocide ». Ne pouvant plus nier l’ampleur du désastre, mais étant également allés trop loin dans leur soutien aux Hutus pour pouvoir se renier, le président en fonction de l’époque, François Mitterrand, ainsi que de nombreux dirigeants français (politiques et militaires), ont donc développé cette théorie du « double génocide » : les forces du FPR furent accusées de massacrer systématiquement les Hutus qu’ils rencontrèrent lors de leur avancée sur le territoire rwandais.

Patrick de Saint-Exupéry est donc reparti une nouvelle fois dans la région des Grands lacs. À moto, en bateau, à pied ou en avion, il reconstitue, au gré de ses rencontres et des témoignages, le périple de quelque deux millions d’exilés entre Kigali et Kinshasa, fuyant l’hypothétique vengeance tutsi. Une peur largement instrumentalisée par les cadres génocidaires, qui se servaient alors des réfugiés civils comme boucliers humains, pour organiser dans la forêt congolaise leur potentiel retour au Rwanda afin de terminer le génocide. S’il ne s’agit pas pour Patrick de Saint-Exupéry de nier les massacres, les exactions, les milliers de morts de faim, de soif, de fatigue et de maladie dans la population civile, prise au piège entre les candidats au pouvoir concurrents, force est de constater que d’un « deuxième génocide », il n’y a aucune trace et qu’une majorité des exilés a pu au contraire rentrer au Rwanda.

Le récit permet d’entrevoir à quel point la région reste durablement déstabilisée, à cause des enjeux économiques et de pouvoir entre les États régionaux et les impérialismes. Le Nord Kivu semble aujourd’hui appartenir à un autre espace, tant les villes et villages traversés correspondent davantage à des îlots perdus au cœur de la « mousse » congolaise et où les moyens de transports semblent devenus plus rudimentaires que vingt ans auparavant. Ce qui permet d’ailleurs à certaines entreprises occidentales et chinoises de se tailler la part du lion dans l’exploitation des ressources minières. Un autre pan de l’histoire à approfondir.

Sur le même sujet, lire également notre article en ligne du 14 avril 2021 : Rapport Duclert sur le génocide des Tutsis : la France « responsable mais pas coupable » ?

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