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DOSSIER : La guerre d’Algérie et ses suites : non, on n’oublie pas !

Entre les lignes du rapport Stora

Mis en ligne le 3 mai 2021 Convergences

Des trente « préconisations » du rapport, la plupart relèvent du domaine de la commémoration ou de la création de « groupes de travail » ou de « commissions », appuyés par des accès facilités aux archives. Mais on est encore loin d’un accès libre de l’ensemble des archives policières et encore moins à celles de l’armée. Sans parler des crimes calculés pour ne laisser aucune trace, comme lorsque, sous les ordres du général Bigeard, on jetait d’hélicoptères dans la mer les cadavres de militants algériens morts sous la torture.

Concernant les essais nucléaires, nous aurions pu à minima attendre une « préconisation » d’accès aux plans d’enfouissement des déchets radioactifs qui émettent encore aujourd’hui. Mais non. Ne parlons pas d’indemnisations des victimes (même pas vraiment répertoriées !). Même si ces essais des années 1960 se sont rappelés à notre mémoire en février dernier par ces sables radioactifs poussés par le sirocco – remontés jusqu’en France. Juste retour des choses.

Gesticulations mémorielles, mais sérieux effluves de pétrole

L’Algérie est avant tout, pour les dirigeants politiques et économiques de l’impérialisme français, un partenaire commercial de premier plan : 8 000 entreprises françaises exportent vers ce pays. Un partenaire économique surtout par ses ressources de gaz et de pétrole. Et un partenaire géopolitique par sa frontière avec six pays, dont le Mali et le Niger (dont les mines d’uranium de ce dernier pays).

L’Algérie est aujourd’hui le deuxième producteur de pétrole en Afrique et le septième exportateur de gaz naturel. Les hydrocarbures représentent 90 % des richesses du pays. Les évolutions de la mainmise des compagnies françaises sur cette manne financière ont fluctué au rythme des rapports de force sur place mais remonte à très loin. Le pétrole avait été un enjeu majeur des accords d’Évian mettant fin à la guerre, et la raison pour laquelle De Gaulle, arrivé au pouvoir en 1958 pour négocier la décolonisation, a fait durer celle-ci encore quatre ans, avec, au passage, une tentative – qui s’est révélée vaine – d’organiser une séparation d’un Sahara pro-français de la future Algérie indépendante.

Les appétits de Total

Le quasi monopole français sur les hydrocarbures obtenu à Évian en 1962 a néanmoins volé en éclat en 1971, lorsque Boumediene a décidé de nationaliser le pétrole. Au fil des années, d’autres compagnies, américaines notamment, ont pris une bonne part. Néanmoins les sociétés françaises (Total et ses sous-traitants) ont retrouvé une place de choix dans les prospections et les exploitations sahariennes.

À l’automne 2019, alors que l’armée bousculée par le Hirak préparait l’élection controversée d’un nouveau président, une nouvelle loi sur les pétroles était décrétée, pour « encourager l’investissement dans le secteur des hydrocarbures ». Elle accordait de nouvelles prérogatives aux trusts pétroliers. De quoi raviver les appétits du groupe Total, en même temps que cette nouvelle loi soulevait l’indignation des manifestants du Hirak, qui dénonçaient une fois de plus les voleurs au pouvoir en Algérie et les trusts accapareurs de l’argent du pétrole dont la population ne touche pas un sou.

Si donc vous voulez savoir la raison pour laquelle Macron veut rendre à l’Algérie l’épée d’Abd El-Kader, c’est simple : c’est parce qu’elle vaut son pesant d’or noir.

Enjeux politiques et guerres en Afrique

S’ajoute, pour la France, un enjeu politique régional. Le chef d’état-major de l’armée française était à Alger le 8 avril dernier pour rencontrer son homologue algérien. Il s’agissait pour eux de discuter d’un des points marquants de la nouvelle Constitution algérienne qu’a fait adopter en novembre dernier le président Tebboune (ce président mal élu de l’après-Hirak), à savoir la possibilité donnée officiellement à l’armée algérienne d’intervenir pour des opérations de police en dehors de son territoire, dans le cadre de l’ONU notamment. Un élément qui enhardit la France à multiplier les appels du pied pour que l’armée algérienne participe aux opérations de police (ou à la guerre !) que l’impérialisme français mène au Sahel. Notamment au Mali et au Niger, frontaliers de l’Algérie.

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