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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 138, avril 2021

Accords NPA-LFI aux élections régionales : une compromission politique bien handicapante

Mis en ligne le 26 avril 2021 Convergences Politique

L’édition du mercredi 28 avril du live du NPA sur les réseaux sociaux, L’émission, est intitulée : « Anticapitalistes aux élections régionales – Avec des militantEs d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine ».

Avant que la direction toulousaine du NPA n’entame des discussions avec les représentants de LFI, la participation de représentants du NPA à des listes communes en Nouvelle-Aquitaine n’était pas revendiquée par la direction nationale du NPA : emmenés par Philippe Poutou, les militants du NPA qui s’étaient lancés dans cette aventure étaient minoritaires en Nouvelle-Aquitaine. Et, malgré la place de Philippe Poutou et l’ambiguïté du nom adopté dans l’accord avec LFI (« NPA en Lutte »), le NPA n’apparaissait pas en tant que tel. Jusque-là, la direction du NPA, interpellée sur sa volonté d’une alliance électorale avec LFI au-delà des municipales, jurait ses grands dieux qu’il n’en était pas question.

Les choix de la direction du NPA, perceptibles depuis un bon moment, sont donc désormais assumés publiquement.

Un accord « en rupture avec la gestion capitaliste de la société »  ?

« Après plusieurs semaines de discussions, la “gauche qui lutte” portera un programme d’urgence pour les classes populaires qui se place en rupture avec la gestion capitaliste de la société », affirme la direction toulousaine dans L’Anticapitaliste du 22 avril.

En rupture ? « Nous voulons le pouvoir pour le rendre au peuple », affirme l’accord. Le « rendre » ? Quand « le peuple » l’a-t-il eu ? Pendant la Révolution française ? La Commune de Paris ? Ou à la « Libération » tant vantée par toute la gauche institutionnelle ? D’ailleurs, du PS à LFI en passant par le PC, tous se réclament aussi de la Révolution française et aucun d’entre eux ne manque de faire des hommages hypocrites aux Communards. Comme rupture, il y a mieux ! Nous extrapolerions, il ne s’agit pas de cela dans le texte ? Mais alors, quand donc « le peuple » a-t-il eu le pouvoir ? Il s’agit sans doute du genre de phrases creuses destinées à donner l’impression qu’on est ce qu’on n’est pas, et dont le programme de Mélenchon aux dernières présidentielles, L’avenir en commun, était truffé. On comprend bien que LFI signe ce genre de choses des deux mains, mais des militants du NPA…

Car tout est à l’avenant dans le texte d’accord. Face à l’hémorragie dans les entreprises qui profitent de la manne distribuée par l’État pour « améliorer leur compétitivité » en « modernisant » les outils de production et, surtout, en licenciant, est-il question d’interdire les licenciements ? « Nous défendons que la région ne doit plus verser un seul euro d’argent public aux entreprises qui licencient », dit le texte de l’accord. Mais Myriam Martin (LFI), qui conduit la liste commune en Occitanie, précisait lors de la conférence de presse à Montpellier le 23 avril, en parlant des aides et des suppressions d’emplois : « En résumé, nous conserverons les aides, mais nous demanderons des comptes. » C’est cela la « rupture avec la gestion capitaliste » ? Certes, depuis un certain nombre d’années, les gouvernements nous ont habitués à distribuer l’argent public sans aucune contrepartie et sans demander de compte. Mais depuis quand serait-il impossible que l’État bourgeois demande des comptes aux entreprises capitalistes ? De Gaulle en France, ou Franco en Espagne, intervenaient bel et bien dans la marche des entreprises capitalistes : qui peut croire que cela traduisait une « rupture avec la gestion capitaliste » ? Et, pour que les capitalistes nous rendent des comptes, encore faudrait-il que des luttes l’imposent. Mais l’expression « rendre des comptes » est présente, même vide de sens. Mélenchon a bien appris de Mitterrand pour jouer sur les mots et donner l’impression à ceux dont il réclame les suffrages – et rien d’autre d’ailleurs – d’être ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire en rupture avec le capitalisme. Mais, pour la direction d’une organisation se réclamant de la révolution sociale, n’y a-t-il pas mieux à faire ?

Promesses électorales ou objectifs de lutte ?

Dans l’accord LFI-NPA pour les prochaines élections régionales, on ne trouvera pas d’objectifs permettant que les travailleurs se mobilisent et s’organisent. On n’y trouve que des promesses électorales, qui seraient octroyées si les électeurs votent bien. Et encore, des promesses pas vraiment audacieuses.

Face aux licenciements, nous avons déjà pointé le flou sur la question des subventions. Mais pas un mot sur leur interdiction, un des principaux objectifs de lutte mis en avant ces dernières années par les révolutionnaires, mais aussi par un certain nombre de travailleurs, et pour laquelle LFI voudrait promouvoir une loi… à l’Assemblée nationale. Le texte de l’accord ne parle que de « soutien aux salarié.e.s et aux populations qui luttent contre les plans de licenciements. Créer un fonds régional de soutien aux salarié.e.s en lutte pour leur emploi qui devra leur permettre d’appuyer les reprises de production par les salarié.e.s eux/elles-mêmes. » Soutenir les travailleurs en lutte pour qu’ils créent des Scop ? C’est-à-dire des entreprises rachetées sur leurs indemnités de licenciement, où ils pourront s’exploiter eux-mêmes ? Sarkozy, en 2012, n’était pas contre. Et il semblerait que ce soient les négociateurs du NPA qui aient « imposé » ce point ! Qu’est devenu l’objectif d’unifier les luttes de tous les travailleurs pour interdire les licenciements ? On passe d’un objectif de lutte unificateur à des solutions où, au mieux, les travailleurs sont invités à créer leur entreprise, fût-elle « coopérative », au pire respectueuse du capitalisme et de ses profits ? C’est de cette façon-là que la direction du NPA prétend « peser » sur LFI et la tirer « vers la gauche » ?

Autre exemple, dans les lycées, c’est-à-dire les établissements scolaires qui dépendent des régions pour les bâtiments et le personnel autre qu’enseignant et administratif. Le texte de l’accord affirme vouloir « Embaucher des salarié.e.s dans les services de la région, les lycées, à la hauteur des besoins. Résorber la précarité, réduire le temps de travail, améliorer les grilles de salaire et les carrières. » Mais, là encore, Christian Bélinguier, un des porte-parole de la liste, membre de la Gauche démocratique et sociale, parlait, à la conférence de presse de Montpellier, de mettre dans les lycées des « agents régionaux en nombre suffisant »  : « Sur notre région, le besoin est estimé par les syndicats à 300 personnels pour faire face aux besoins exprimés. Nous pensons que, dans l’urgence déjà, on pourrait créer au moins 200 postes pérennes pour affronter cette urgence-là. » Quelle audace ! 200 agents… sur 300 dont on a besoin ! [1]

Voilà donc tout ce que les travailleurs peuvent espérer de la candidature de militants du NPA sur des listes communes avec LFI – et encore, si cette liste est majoritaire, ce qui est tout de même hautement improbable – : la satisfaction... aux deux tiers de revendications syndicales ? Et, pour le reste, de belles paroles… mais dans le strict respect de ce que des institutions anti-ouvrières peuvent concéder.

Union aux régionales, pas d’union à la présidentielle ?

Mais laissons-là les détails d’un accord où les politiciens de LFI ne s’engagent sur rien et où les dirigeants du NPA se sont laissés entraîner sur un terrain qui est celui de LFI et pas du tout celui revendiqué par le NPA.

Reste le fond du problème : cet accord, en Occitanie, mais aussi en Aquitaine de par la personnalité de Philippe Poutou, est un bien mauvais coup porté à la politique à venir du NPA : ce dernier se met dans la situation de dépendre du bon-vouloir de LFI pour obtenir des postes. Certes, un certain nombre de militants du NPA peuvent obtenir des « succès » électoraux, être élus, comme Poutou l’a été au conseil municipal de Bordeaux. Mais pour en faire quoi et, surtout, à quel prix ?

L’accord en Occitanie est très clair sur ses objectifs : il s’agit de « dégager une majorité au conseil régional » et, pour cela, il préconise de procéder, en cas de second tour, à des « fusions » de listes avec le PS et les Verts ! Quelques élus au parlement régional valent-ils cette grand-messe d’union de la gauche, dont on sait ce qu’elle a coûté aux travailleurs chaque fois qu’elle s’est retrouvée au pouvoir ?

La direction du NPA et les artisans de ces accords aux Régionales se prévalent du fait que les partis signataires resteraient libres de leurs choix à la prochaine élection présidentielle. Libres, vraiment ? Le choix de Mélenchon est connu et il milite pour une candidature unique de toute la « gauche », la sienne. Aux élections de 2017, il avait reproché, avec un certain succès dans son électorat, et donc en partie dans notre milieu, aux autres candidats de la gauche – Hamon, mais aussi Poutou – de lui avoir pris au premier tour les voix qui lui auraient permis d’être au second tour à la place de Macron. À moins qu’on imagine que « le peuple de gauche » lui demande de s’effacer au profit de Philippe Poutou, parions que les pressions se feront en sens inverse ! Et donc, aux régionales, le NPA militera pour l’union avec LFI, et c’est cela qui le mettrait dans la meilleure position pour refuser la même union aux présidentielles et appeler à voter pour le candidat ou la candidate du NPA contre celui de LFI ? Brillante stratégie ! En tout cas, Mélenchon pourra, lui, pointer la contradiction en invoquant le prétendu vote utile à gauche.

Malgré tout, il est évidemment à souhaiter que le NPA se présente sous ses propres couleurs, avec son programme propre, malgré les pressions des milieux militants de la gauche réformiste. Mais il resterait hélas la reconnaissance par la direction du NPA de ce qu’une alliance avec LFI, derrière Mélenchon en fait, n’est pas contre nature... Et c’est cela qui est politiquement navrant.

Que répondront les militants toulousains de la liste commune, et donc ceux du NPA, s’ils sont interpellés à propos de l’attitude d’une police qui, à Toulouse, s’est montrée particulièrement répressive, vis-à-vis des Gilets jaunes, mais aussi des lycéens, des migrants, des travailleurs en lutte en général ? Devront-ils se placer dans le sillage d’un Mélenchon réclamant que la police « change ses comportements » ? Comment se justifier face à ceux qui affirment, à juste titre, que la police est structurellement raciste, violente contre les travailleurs et les pauvres en général, qu’il est impossible de la réformer et que c’est une des raisons pour laquelle changer de société nécessite une révolution ?

Comment se réclamer de l’internationalisme face aux positions protectionnistes, et même nationalistes, de Mélenchon qui s’en était pris à la politique des gouvernants qui « prive la France de conglomérats puissants, fleurons technologiques et industriels » ? Il demandait que les responsables soient traduits en justice au nom de l’atteinte aux « intérêts fondamentaux de la nation », pour défendre « l’indépendance nationale ».

Comment défendre l’internationalisme et l’ouverture des frontières aux migrants et immigrés, la liberté de circuler affirmée, à juste titre, par nos affiches, alors que le NPA se présente côte à côte avec un parti dont le porte-parole accusait, en 2018, les migrants, et non les entreprises, de faire pression à la baisse sur les salaires ? Au moment où le débat portait sur leur accueil, Mélenchon s’en disait certes partisan, mais en affirmant qu’il fallait trouver les moyens pour qu’« ils restent chez eux »… Un confusionnisme qui aura peut-être permis à Mélenchon de prendre des voix à l’extrême droite, mais qui ne permettra en rien de la combattre, ce qui est pourtant une des raisons mises en avant par la direction du NPA pour justifier l’accord.

Doit-on comprendre que c’est le prix à payer pour espérer se retrouver dans un courant (électoralement) plus nutritif ? Sacrifier son indépendance et accepter que le NPA ne soit plus qu’un organisme végétant sous l’aile protectrice des « grands » et de leur bon-vouloir ?

De tout autres perspectives

Les camarades de la direction du NPA qui ont lancé l’organisation dans ce combat douteux en récolteront peut-être quelques élus, qui sait une meilleure « couverture » médiatique. Une nouvelle notoriété, rien n’est moins sûr ! Mais cela les aura, nous aura, éloignés de la construction du parti révolutionnaire dont tout montre combien il manque.

Les luttes sont devant nous. Les jeunes, les travailleurs rechercheront des perspectives claires et se détourneront inévitablement des illusionnistes que sont les Mélenchon et autres représentants de la gauche institutionnelle dès lors qu’ils auront besoin de réponses à la hauteur de leurs mobilisations. C’est cela qu’il faut préparer.

Les accords passés en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie tiennent du mariage de la carpe et du lapin. Tout le NPA sera handicapé. Mais le pire n’étant heureusement jamais certain, il est possible de se préparer dès aujourd’hui à défendre demain les couleurs des communistes révolutionnaires en choisissant au plus vite un candidat ou une candidate pour les présidentielles de l’an prochain, en le faisant savoir avant même les élections régionales, et en engageant le parti dans les entreprises où un certain mécontentement commence à s’exprimer, auprès des travailleurs à statut précaire déjà en lutte, sur un programme qui n’aura rien à voir avec celui des accords électoraux tout au profit de LFI.

24 avril 2021, la Fraction l’Étincelle du NPA


[1Arrêtons-nous deux minutes là-dessus. Myriam Martin s’est vantée du sérieux de sa liste qui tenait à chiffrer son action. Les 200 embauches qu’elle promet (là où il en faudrait 300) coûteraient de l’ordre de 7 millions d’euros en dépenses annuelles. Autres promesses : 15 millions de subventions pour les activités culturelles et 2 millions pour les associations. Total 24 millions d’euros par an. Même chiffré sur toute la mandature, on arrive à 144 millions d’euros. « Nous sommes très sérieux sur la question », explique la candidate, puisque ce financement viendrait de l’annulation de « dépenses inutiles », comme le projet d’extension de Port-la-Nouvelle (évaluée entre 320 et 500 millions), ou l’abandon de la construction de l’autoroute Toulouse-Castres (59 millions), soit entre 379 et 559 millions d’euros récupérés. De l’argent récupéré sur les dépenses inutiles et affecté aux budgets sociaux, dit comme ça, ça en jette ! Mais cela ferait tout au plus un quart de ces sommes récupérées affectées au financement de l’« urgence » dans les budgets sociaux – création d’emplois dans l’Éducation, soutien à la culture et au secteur associatif. Où passera le reste ? Un sacré tour de passe-passe. Si tant est que l’arrêt des « dépenses inutiles » et les quelques mesures annoncées ne relèvent pas tout simplement du boniment électoral...

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