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DOSSIER : La guerre d’Algérie et ses suites : non, on n’oublie pas !

La gangrène et ses scories

Mis en ligne le 3 mai 2021 Convergences

En juin 1959, un livre était publié par les Éditions de Minuit et immédiatement interdit, qui s’intitulait La Gangrène. C’étaient les déclarations de cinq détenus algériens, étudiants pour la plupart, qui affirmaient avoir été torturés dans les locaux de la DST, rue des Saussaies à Paris, entre le 2 et le 12 décembre 1958.

C’est de cette époque vieille de soixante ans (et d’autres antérieures, car la France avait aussi connu le régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale), que nous restent des réflexes et habitudes de la police française. C’est de cette époque aussi que nous restent (même si déjà elles préexistaient) de sales idées et pratiques de l’extrême droite. Là encore dominées par la gangrène du racisme. Avec en héritage la dynastie des Le Pen. Et bien sûr, police, extrême droite, racisme… les frontières sont mouvantes ! De récentes enquêtes sociologiques montrent que quelque 50 % des membres de la police voteraient en France pour Marine Le Pen.

Le basculement avec le putsch du 13 mai 1958

Le 13 mai 1958 a été celui d’une immense manifestation en faveur de l’Algérie française à Alger, mais un peu plus que ça car le coup de force était préparé. Le gouvernement général est envahi, occupé, un « Comité de salut public ». Complot dans le complot, le général Massu et ses paras arrivent. Et Massu, gaulliste à tout crin, fait acclamer le nom de De Gaulle, qui n’a plus vraiment dans ses projets de garder les colonies, mais seulement d’y négocier le maintien des intérêts des grands trusts français.

Vingt jours plus tard, De Gaulle se fait investir de tous les pouvoirs par le Parlement et met un terme à la IVe République. Pour bientôt jeter les bases d’une Ve République, née sur des barricades.

Avec l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, la bourgeoisie française va chercher un règlement de l’affaire algérienne, et ce règlement ne pouvait être que l’indépendance. Mais pour la négocier au meilleur prix pour la France, il allait falloir encore quatre ans de guerre.

Les partisans de l’Algérie française avaient mis beaucoup d’espoirs en De Gaulle. Mais après son voyage en Algérie en juin 1958 et son fameux « Je vous ai compris » et « Vive l’Algérie française », la proclamation en 1959 du droit à l’autodétermination fit tomber les incertitudes et entraina les désillusions d’une grande partie du milieu pied-noir. L’OAS a alors émergé, en 1961, comme l’organisation de ceux qui voulaient aller au bout du combat pour l’Algérie française. Ce millier d’individus, moitié civils moitié militaires, était à vrai dire un genre de supermarché de la racaille. Ils ont pourtant durement marqué la dernière année de la guerre d’Algérie, entre autres avec un putsch de généraux, en 1961, raté mais néanmoins notable car dirigé contre un général lui-même !

Des habitudes de violences policières qui viennent de loin

Comme il s’agit de mémoire, on va revenir sur les hauts faits de la police pendant la guerre d’Algérie, contre les 300 000 Algériens vivant et travaillant en France. C’est un dénommé Maurice Papon qui a pris la tête de la préfecture de police à Paris pour diriger la répression. Sous-secrétaire d’État sous Léon Blum, puis sous-préfet en 1940, puis secrétaire général de la préfecture de Gironde, notamment en charge des questions juives sous Pétain et le régime de Vichy. Ce qui ne l’a pas empêché garder sa place dans les hautes sphères de l’administration à la Libération.

C’est le 14 mai 1958, au lendemain du coup de force à Alger, que Papon prend sa place à la tête de la préfecture de Paris. Jusqu’à l’indépendance, sa volonté sera d’importer les méthodes du général Massu en France, autrement dit : pour lui tout est permis !

Le massacre d’octobre 1961

L’évènement le plus tragique et indigne de cette période en France, c’est bien sûr le massacre par la police des manifestants du 17 octobre 1961. C’est contre l’application d’un couvre-feu ne concernant que la population algérienne afin de la contrôler que le FLN appelle ce jour-là à une manifestation pacifique. Un quart de la population algérienne allait sortir en masse dans les rues de Paris. En quelques heures, 12 000 étaient arrêtés et amenés dans les lieux de rétention : Parc des expos, mais aussi Vincennes, l’hôpital Beaujon, ou encore le stade Coubertin. La police a fait des morts par balle, mais aussi des centaines de noyés dans la Seine, d’autres écrasés, d’autres encore étouffés sous des amas de corps. Violence inouïe partout ! On compte 200 morts et 400 disparus.

En fait, pendant des années la politique de répression contre les Algériens a été quotidienne. Dès 1955 les camps d’internements se sont multipliés : travailleurs arrêtés, parqués, soumis à des interrogatoires…

Cette histoire est celle d’une police à laquelle nous avons encore affaire aujourd’hui… Pourquoi est-elle gangrenée par le racisme ? Gangrenée par l’extrême droite ? Pourquoi se sent-elle impunie ? Regardez du côté de la guerre d’Algérie ! Sans oublier que cette police garde la hargne d’avoir perdu une guerre !

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