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Ici n’est plus ici, de Tommy Orange

Albin Michel (Terres d’Amérique), 350 p., 21,90 €

22 avril 2021 Article Culture

Tommy Orange est un jeune auteur américain dont Ici n’est plus ici est le premier roman. Né en 1982 d’un père cheyenne du Sud et d’une mère « blanche », il a grandi à Oakland, en Californie, sur la baie de San Francisco, parmi une communauté indienne urbanisée plus habituée, pour reprendre ses mots, « au bruit de l’autoroute qu’à celui des rivières ». Grâce à une bourse d’études, il a pu intégrer l’Institut des arts amérindiens (Institute of American Indian Arts), un établissement public situé à Santa Fe, au Nouveau-Mexique, où il a fait son apprentissage de la littérature.

À travers une douzaine de personnages dont les destins s’entrecroisent, Tommy Orange va nous faire toucher du doigt un milieu pauvre d’Oakland qui connait son lot de taudis et de logements modestes, de familles monoparentales, d’enfants abandonnés ou non reconnus, de misère, de drogue, d’alcoolisme et de délinquance. Surnage parfois une figure courageuse et attachante, comme cette grand-mère postière qui élève seule ses petits-enfants.

Beaucoup des gens qu’il décrit sont tiraillés entre leur vie quotidienne terne, voire sordide, et l’attachement à une tradition indienne largement perdue, et même mythifiée, avec laquelle ils tentent de renouer notamment par le biais de grandes fêtes, les pow-wows, qui tournent à travers les États-Unis. Ces manifestations sont une occasion pour les Amérindiens de tenter de faire revivre et de retrouver leur héritage culturel, à défaut de retrouver leur terre originelle aujourd’hui « enfouie sous le verre, le béton, le fer et l’acier ». Et le pow-wow d’Oakland, où se retrouveront, à la fin du roman, tous les protagonistes, se terminera tragiquement.

Si Tommy Orange a une incontestable affection pour ses personnages et combat à sa manière le mépris dont sont parfois entourés les Amérindiens dans la société américaine, il ne tombe jamais dans le travers folkloriste et fait souvent preuve d’humour. Il porte un regard lucide sur le côté un peu artificiel de ces évènements culturels qui ne sont qu’un pâle reflet de ce que fut pendant des siècles la culture des peuples amérindiens.

Le mal-être qu’il exprime vient du fait que, comme le dit un personnage de son livre, il est considéré comme trop peu amérindien par les uns et pas assez blanc par les autres. Et c’est donc dans l’écriture qu’il se met en quête de lui-même. Un livre attachant qui nous fait découvrir une tranche de vie de ces Indiens urbains, bien éloignée des clichés habituels sur l’Indien emplumé des réserves.

Jean Lievin

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