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DOSSIER : La guerre d’Algérie et ses suites : non, on n’oublie pas !

De l’indépendance au Hirak : la mémoire de la guerre de libération en Algérie

Mis en ligne le 3 mai 2021 Convergences

En Algérie, le passé colonial, et particulièrement la séquence de la guerre de libération, n’a jamais cessé de s’insérer dans le débat politique et l’actualité du moment. Et cela, bien que cette période soit relativement lointaine pour une population très jeune dont l’écrasante majorité, 70 %, n’a vécu ni la guerre ni le moment de l’indépendance. Les relations avec les puissances étrangères, et la France en particulier, sont souvent l’objet de débats enflammés et houleux. Ces questions souvent polémiques étaient jusque-là portées par des partis, des intellectuels, des journalistes. Elle a pris cependant une dimension nationale populaire grâce au Hirak, qui a vu le surgissement massif des masses sur la scène politique, lorsqu’il a éclaté le 29 février 2019 pour contester le cinquième mandat du président Bouteflika. Ce fut la goutte qui a fait déborder le vase, l’élément déclencheur d’une bien plus vaste contestation dans un contexte de crise économique et de mise en place graduelle de mesures d’austérité (notamment à partir de 2015, et dans les années 2016, 2017).

Quand la mémoire des luttes passées s’invite au Hirak

Le Hirak a vu réapparaître des figures de la guerre de libération. Le Hirak a posé aussi, lors de sa phase ascendante, plusieurs questions, la plus essentielle étant la question démocratique. S’insurgeant contre l’autoritarisme et la corruption du régime, il a aussi posé la question du contrôle des richesses en brocardant les voleurs, les corrompus, qu’il a dénoncés dans plusieurs slogans, ainsi que la nécessaire rupture avec les politiques de soumission aux puissances étrangères. Le Hirak rappelle souvent la mainmise de ces puissances étrangères, tantôt la France, tantôt les États-Unis, sur les richesses du pays. C’est pour donner plus de poids à cette contestation que les manifestants convoquent les figures de la guerre de libération. Ils brandissent leurs portraits pour s’inscrire en droite ligne de leur combat pour l’indépendance totale que les tenants du pouvoir avaient freinée ou fourvoyée. Dans le contexte de mobilisation du Hirak, on a pu entendre qu’il faudrait « parachever la guerre d’indépendance » ou « reprendre le fil de 1962 ».

La participation aux manifestations de quelques moudjahidine et moudjahidate (combattants et combattantes de la guerre de libération, au masculin et féminin) a renforcé le lien avec cette période de guerre de libération et rappelé la nécessité de la parachever. D’ailleurs, des figures de la guerre comme Lakhdar Bouregaâ, Djamila Bouhired, une ancienne condamnée à mort, ou Louisette Ighilahriz participent aux manifestations et y sont accueillis comme des héros, à qui on témoigne reconnaissance et respect. Ils sont vraiment bien entourés par les manifestants qui prennent des photos avec eux, discutent et échangent avec eux sur l’avenir, sur le Hirak. Même le carré féministe, qui s’est constitué en tant que tel pour poser la question de l’égalité des sexes, a aussi brandi des figures féminines, telles la résistante du XIXe siècle Fatma N’Soumer, ou des militantes de la guerre de libération grâce auxquelles les premiers noyaux féministes avaient vu le jour après l’indépendance. Une remarque : si vous lisez les déclarations des féministes, vous verrez qu’elles font des références aux moudjahidate, elles disent que c’est grâce à elles que la question de l’égalité a été posée en Algérie après l’indépendance. La première manifestation pour l’égalité des sexes a eu lieu en 1965 exactement. Les références à ces figures et le rappel des crimes de la France coloniale, sur un ton qui n’est ni de victimisation ni de pleurnicherie, est fait dans l’optique d’accompagner cette exigence de combat contre la domination de l’impérialisme et les voleurs locaux.

Dans les cortèges du Hirak, surtout aux débuts, dans les premières semaines, les slogans hostiles à toute ingérence étrangère étaient bien présents, même s’ils l’étaient sur un mode mineur. Des rumeurs avaient circulé comme une trainée de poudre sur le fait que l’Algérie octroyait des parts de gaz à la France à titre gracieux. C’était une fausse information, mais elle avait été lancée dans un contexte où la question de la domination impérialiste était posée, ce qui explique qu’elle ait rapidement circulé. Il y a eu la manifestation dénonçant la loi des hydrocarbures, un dimanche cette fois en plus des manifestations des vendredis. Elle a témoigné de ce sentiment anti-impérialiste parmi les masses, sentiment qui n’a malheureusement pas trouvé de traduction politique claire et conséquente, dans une perspective internationaliste, pour afficher souvent une tonalité nationaliste et chauvine. Cette absence de perspectives à la hauteur des aspirations soulevées par les masses constitue l’une des faiblesses du Hirak.

Gaïd Salah : invoquer le passé pour maintenir le statu quo

Mais la politique, comme la nature, a horreur du vide, et il y a toujours quelqu’un pour essayer de combler ce vide. C’est là que, par exemple, intervient le régime en la personne de Gaïd Salah, le général qui a succédé à Bouteflika quand celui-ci a été démis de ses fonctions. Le général Gaïd Salah, qui a géré cette période du Hirak, a tenté de charmer les manifestants en reprenant certains slogans. Il a multiplié les déclarations rassurantes à leur égard en disant que « je suis avec vous on va militer ensemble contre les corrompus ». Il a emprisonné certains de ses rivaux, qui étaient aussi ses anciens alliés, parce que la rue demandait la tête des oligarques et des anciens du régime. Il a emprisonné Toufik, l’ancien chef de la puissante DRS (la direction des renseignements et de la sécurité). Il a aussi emprisonné son successeur Bachir Tartag, comme il a emprisonné des chefs d’entreprise corrompus, comme Rebrab ou les frères Kouninef. La rue a revendiqué, a réclamé la tête de ces gens en continuant à dire « Bien, il faut aussi emprisonner telle ou telle personne… ». Le général a également repris le discours sur les dangers de l’ingérence étrangère et la nécessité de préserver la stabilité, la souveraineté acquise grâce aux sacrifices des masses. Si l’évocation de ce passé par les manifestants se faisait dans une perspective de changement, le général Gaïd Salah, lui, y faisait référence pour défendre son règne et le statu quo. Donc deux perspectives complètement différentes, mais qui interviennent sur le même terrain, à savoir le danger des ingérences et la nécessité d’avoir une autonomie ou une indépendance à l’égard de l’impérialisme.

La lutte d’un peuple revue et corrigée par ses dirigeants

Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que le régime utilise cette ficelle et instrumentalise la lutte historique pour légitimer son pouvoir. Ce fut le cas dès le lendemain de l’indépendance, marquée par la course au pouvoir entre les différentes fractions concurrentes. À l’époque, dans la lutte pour accaparer le pouvoir, et pour simplifier, deux fractions essentiellement s’affrontaient : d’un côté l’état-major général ou l’armée des frontières, qui se parait de l’aura de Ben Bella, et était soutenue par certaines wilayas (comme on appelait à l’époque les organisations régionales des maquis du FLN) ; de l’autre, et soutenu par d’autres, le GPRA (gouvernement provisoire de la révolution algérienne), représentation officielle du mouvement pour l’indépendance, qui avait eu à charge de négocier l’indépendance et de signer les accords d’Évian. Boumediene et sa clique ont gagné la bataille et ont pris le pouvoir, même si c’est seulement quelques années plus tard, en 1965, que Boumediene, l’homme fort du nouveau régime, s’est débarrassé de Ben Bella par un coup d’État pour prendre en main directement les rênes du pouvoir. Et dès les premières années, un discours fut imposé sur cette période et sur la guerre de libération (qui datait à peine d’hier) : un discours nouveau, empreint d’un imaginaire uniquement guerrier, occultant le rôle du travail d’organisation, de collecte d’argent, d’informations ou l’action diplomatique, et assimilant le rôle des maquis au rôle de l’armée officielle qu’on venait de créer à partir de l’armée des frontières de Boumediene. C’est ainsi que le nouveau pouvoir avait choisi de ne pas célébrer la date du 19 mars, la date du cessez-le-feu et des accords d’Évian dont les signataires étaient devenus des rivaux politiques. Et Boumediene de souligner que ces accords étaient des accords néocoloniaux. Quand on étudie d’un peu près le contenu de ces accords d’Évian, force est de constater que beaucoup de concessions sont faites à la partie française. Que ce soit le contrôle sur le foncier, dans les postes, dans l’administration, l’exploitation du pétrole, la présence de bases militaires en Algérie. Mais occulter ces accords était surtout, pour Boumediene, une façon de se dédouaner et de laisser à ses rivaux politiques la responsabilité du compromis que le FLN dans son ensemble avait dû concéder à la fin de la guerre.

Cela dit, c’est en représentant d’une bourgeoisie nationaliste algérienne conséquente que le régime Boumediene a ensuite remis en cause une partie des concessions faites à Évian, notamment en décidant en 1971 de nationaliser les hydrocarbures. Et rappelons que les essais nucléaires français au Sahara se sont poursuivis jusqu’en 1966, avec une collaboration du jeune État algérien, le colonel Boumediene en tête.

À l’époque de la nationalisation du pétrole et du gaz, il y a encore, en Algérie, cet esprit de lutte d’indépendance. L’aura de Boumediene en a bénéficié, en même temps qu’elle lui a procuré de l’argent pour lancer sa politique d’industrialisation. D’où quelques progrès, évidemment, pour la population : il y a eu construction d’usines, il y a eu du travail pour les chômeurs, il y a eu des projets de développement, des écoles et une scolarisation massive. Tout ce projet ayant été chapeauté et dirigé par en haut. La centrale syndicale algérienne, l’UGTA , avait été caporalisée, le contrôle de sa direction pris dès le premier congrès après l’indépendance, en janvier 1963. Et le régime de Boumediene n’a toléré aucune marge de manœuvre pour les travailleurs et les masses. C’était une sorte de Bonaparte qui s’est installé, et a imposé avec lui sa version de l’histoire. Une version sur la guerre de libération qui commençait à se fissurer, déjà contestée par certains courants.

Vive l’indépendance… pour le monde des affaires

À la mort de Boumediene, en 1978, le général Chadli, que l’armée choisit pour le remplacer, va infléchir la politique algérienne. Il va s’inspirer en quelque sorte de l’Égypte. Tout comme Sadate, qui a succédé en Égypte à Nasser, Chadli ne jurait que par « l’ouverture » (en Algérie on dit Infitah), c’est-à-dire l’ouverture à l’économie de marché : il ne fallait plus investir dans l’étatisme. Cela correspondait aussi aux exigences de l’impérialisme, et en premier lieu du FMI. Chadli abandonna les projets d’industrialisation. On décida de restructurer les entreprises pour préparer leur éventuelle privatisation. Et au niveau du discours sur la guerre de libération, il y eut des modifications. La date du 19 mars fut à nouveau célébrée, des figures de la guerre de libération qui étaient emprisonnées, furent libérées, d’autres dont le nom avait disparu des versions officielles, à nouveau évoquées, circulant désormais le plus naturellement du monde.

Mais la politique de Chadli va produire son lot de chômeurs et de misère en Algérie. Une classe bourgeoise qui s’était enrichie pendant la période de l’étatisme de Boumediene et avait accumulé ses capitaux, se disait dans les années 1980 que le moment était venu de s’impliquer davantage dans la gestion du pays lui-même, de prendre de l’initiative politique. L’étatisme « nous » aurait épuisés ou… ne leur suffisait plus. La population algérienne avait été habituée au discours « nous sommes tous des frères ». C’était l’idéologie du FLN nationaliste, laissant croire que la société était homogène, qu’il n’y avait pas de classes, pas d’intérêts contradictoires. La population a vu pourtant qu’une partie des frères s’était s’enrichie et qu’une autre, une majorité, restait dans la pauvreté. Et elle a commencé à remettre en cause ce discours porté par le FLN, seul parti autorisé à l’époque, et jusqu’en 1988.

1988 va précisément marquer le couronnement de plusieurs luttes des années 1980, et donner naissance au multipartisme. En octobre 1988, ce furent des émeutes immenses au niveau d’Alger et des grandes villes, réprimées dans le sang par l’armée : cette armée nationale populaire, considérée comme amie du peuple, qui a pourtant tiré à balles réelles sur les manifestants, les a assassinés à Alger, faisant 500 morts. À quoi il faut ajouter la répression, les tortures dans les commissariats. Cette situation nouvelle a fait se fissurer le discours officiel du FLN sur la guerre de libération, sur la société, sur l’idée que nous serions « tous frères », etc. Cela a libéré le discours des uns et des autres. Et chacun en fonction de ses objectifs, en fonction de son idéologie, de chercher dans l’histoire ce qui le confortait et allait dans son sens.

Armée et islamistes : à chacun sa version de l’histoire

C’est cette colère de 1988 que les islamistes ont récupérée – des islamistes qui n’étaient pas aussi forts auparavant. Ils étaient présents dans la société, mais à côté d’autres courants, démocrates, communistes ou trotskystes (malheureusement peu nombreux), tous dans la clandestinité. Ce sont les islamistes qui ont capté cette colère pour lui offrir un drapeau, pourtant pas le drapeau des pauvres. Ils ont gagné de l’audience avec leur discours radical, avec leurs prêches dans les mosquées, avec un populisme qui promettait une certaine égalité, etc.

Le discours du FIS (Front islamique du salut) n’était pas le discours officiel sur la guerre de libération. Il allait même le remettre en cause, y compris dans ses fondements. Le FIS ne voulait pas s’inscrire dans un État-nation, il voulait s’inscrire dans un ensemble appelé « Oumma » musulmane ou islamique, donc une théocratie en Algérie qui prendrait contact avec d’autres théocraties pour ressusciter le Khalifat. Le FIS et les islamistes critiquent d’ailleurs l’hymne national qu’ils jugent « blasphématoire » du fait qu’il ne comporte aucune référence ni à Dieu, ni à mille formules religieuses, ni rien du tout.

Les islamistes n’ont pas gagné, car l’État, pour tout dire l’armée, a arrêté le processus électoral. Et ce furent à nouveau les mânes de la guerre de libération et de l’armée qui furent invoquées et convoquées pour couvrir un pouvoir déconsidéré par la répression d’octobre 1988. Mohamed Boudiaf, un des fondateurs du FLN à la réputation socialiste, dirigeant de la guerre de libération mais éliminé du pouvoir dès l’été 1962 et réfugié au Maroc, a été rappelé pour être porté provisoirement à la tête de l’État. Avant que, quelques mois plus tard, ce président, jugé probablement indocile, ne soit assassiné par l’un de ses gardes du corps.

En 1995, après cette période transitoire, l’armée choisissait à nouveau l’un des siens, le général Zéroual, pour le faire élire président de la République. Liamine Zéroual reprenait le discours nationaliste classique de l’armée algérienne, à la tête de ceux qu’on appelait à l’époque les « éradicateurs », menant la guerre aux islamistes. Il réhabilitait en quelque sorte, en se posant en protecteur du peuple, le combat nationaliste, qui avait pris un coup dur pendant les années 1980 et les années 1990.

À la fin de la « décennie noire » et de la guerre avec les islamistes, l’Algérie a été marquée par le rappel au pouvoir, par l’armée, d’un ancien ministre de Boumediene, Abdelaziz Bouteflika, qui pouvait se parer de son rôle de chef de la diplomatie algérienne du temps où l’Algérie semblait braver quelque peu le diktat des grandes puissances. La référence à un certain passé a compté, même si les années du règne Bouteflika, comme déjà des années précédentes, ont été celles de privatisations et de l’émergence de grands hommes d’affaires algériens, de zones franches et d’accords sur l’exploitation des hydrocarbures.

Le prêche de la stabilité

Pendant toute cette période, les masses populaires du pays ont lutté pour améliorer leurs conditions de vie. Tout en refusant d’adhérer à toute proposition de changement. Le changement était associé à ce qui s’était passé dans les années 1980. Ce qui se disait, en substance, c’est que « nous avons essayé le changement et ça a donné le terrorisme et la décennie noire qui a causé des milliers et des milliers de morts et de blessés ». Les couches populaires se sont contentées de se battre sur la question sociale, sur des questions immédiates, d’une façon pragmatique, sans adhérer à un quelconque projet. Pour beaucoup, il valait mieux le statu quo qu’un changement incertain. Ce qui va être déterminant lors du « printemps arabe » de 2011. Face à ces « révolutions arabes », le régime qui avait l’habitude d’instrumentaliser la question de la guerre et la légitimité historique, a eu recours cette fois à un discours sur la stabilité et le danger de l’ingérence. Il a dit : « regardez ce qui se passe en Syrie, regardez ce qui se passe en Libye, c’est le chaos. Donc ça ne sert à rien de vouloir changer la situation, puisque l’issue n’est que pire. » Le pouvoir essaiera aussi de calmer et de satisfaire certaines revendications des travailleurs. Car il y a eu des centaines de grèves tout au long des années 2011-2012. Donc le pouvoir à la fois cède sur le terrain social, donne des logements pour des familles en réaction souvent à des luttes, mais également instrumentalise le discours sur la stabilité et le chaos vécus en Libye et en Syrie, afin de reprendre l’initiative politique et faire durer le statu quo. C’est ce qui explique que Bouteflika, même affaibli, ait bénéficié de cette image d’un président qu’on associe à la paix, qu’on associe à l’aisance financière. Bien sûr, il y a eu de la corruption, mais on prétendait que ce n’était pas lui, que c’était son entourage… C’est ce qui explique que le régime ait préféré reconduire ses mandats, son quatrième, puis son cinquième mandat, malgré l’état de santé catastrophique d’un président qui ne marchait pas, ne parlait pas et dont les apparitions médiatiques devenaient de plus en plus rares.

Mais cette image d’un Bouteflika social, favorable à la paix et à l’aisance financière, n’a pas résisté au temps. À partir de 2015-2016, des mesures d’austérité sont tombées. C’est que les ressources de l’État avaient baissé avec la chute du prix du pétrole. En même temps, la Libye et la Syrie, comme les printemps arabes étaient loin derrière. Les gens n’y pensaient plus directement, en même temps que la situation était devenue une impasse. Il y a eu des luttes, mais politiquement c’était une situation de blocage. Et la question du cinquième mandat a fait déborder la coupe et a donné le Hirak et le surgissement massif des masses sur la scène politique.

L’internationalisme à l’ordre du jour

Aujourd’hui le Hirak a changé. Il n’est plus dans la phase ascendante. Il a changé au niveau quantitatif, il n’y a plus autant de personnes à sortir dans la rue, ce n’est pas dans les mêmes villes, ce n’est plus vraiment à l’échelle nationale. Il a changé aussi qualitativement : des forces politiques nouvelles apparaissent, dont les voix croisent en quelque sorte celle du Hirak, pour porter un autre discours. Au début du Hirak, ce qui marquait, c’était l’anti-ingérence, le fait que c’était une affaire locale algérienne, « entre nous ». Maintenant des voix en appellent à l’ONU, à intervenir pour faire pression sur le régime algérien. Il y a ce genre de discours, en même temps que les clivages des années 1990 remontent à la surface. Mais ça ne prend pas beaucoup. Heureusement d’ailleurs.

Le problème est que jusqu’à maintenant, c’est en quelque sorte une impasse au niveau politique. Le Hirak n’a pas de perspectives. Mais ceux qui continuent à sortir, à manifester, à braver les interdits, maintiennent quelque chose d’extraordinaire. La longévité du Hirak, personne ne l’avait prévue, et elle a impressionné tout le monde.

Si la question de l’anti-ingérence, de l’anti-impérialisme, sont reléguées à l’arrière-plan aujourd’hui, d’autres questions reviennent. Parce que si on reste sur ce premier terrain, soit c’est le régime qui peut « récupérer », soit ce sont d’autres forces réactionnaires et chauvines. On a vu d’ailleurs pendant le Hirak le développement d’une mouvance, pas franchement fascisante mais qui en présente certaines caractéristiques – dont un discours anti-France sur un terrain très chauvin.

Les révolutionnaires ont beaucoup de choses à faire sur ce terrain. Il y a déjà besoin de se démarquer des nationalistes et de réaffirmer la solidarité avec les travailleurs français qui luttent contre le capitalisme français. Besoin de réaffirmer notre solidarité avec nos voisins marocains et tunisiens qui luttent contre les injustices et contre les inégalités sociales. Donc besoin de réaffirmer le caractère internationaliste de nos perspectives et combats. L’issue dépendra évidemment de l’existence d’une organisation révolutionnaire conséquente sur ce terrain.

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