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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 138, avril 2021

Superleague : des champions de l’hypocrisie

Mis en ligne le 29 avril 2021 Convergences Société

Après des psychodrames dans plusieurs pays au sujet des droits télé, le monde du football a connu un séisme avec l’annonce de la création d’une superleague venant faire concurrence à la ligue des champions, la plus prestigieuse compétition de clubs du monde, organisée (il faudrait dire gérée) par l’UEFA. Douze des plus grands clubs de trois nations, Angleterre, Italie et Espagne, ont donc annoncé en grande pompe leur désir de sécession vers une compétition dont ils seraient des participants permanents, en tant que fondateurs. Auraient dû s’adjoindre trois grands clubs français et allemands (Bayern Munich, Dortmund et Paris SG), ne laissant à la glorieuse incertitude du sport ou… des invitations, que cinq places restantes.

La ligue fermée : une tendance monopolistique du « capital foot » ?

Mais la ligue des champions, à laquelle les participants se qualifient en fonction de leurs résultats dans les championnats nationaux de l’année précédente, est-elle si incertaine ? Le pouvoir financier des plus grands clubs de chaque pays leur permet de détenir les meilleurs joueurs, nationaux ou étrangers. Car depuis l’arrêt Bosman de 1995, qui applique aux footballeurs la liberté de circulation des travailleurs dans l’Union européenne, ces grands clubs recrutent également dès le plus jeune âge les meilleurs joueurs africains, sud-américains ou européens. La concentration du « capital joueur » entre quelques clubs par pays à de quoi réduire à l’état de souvenir nostalgique la prétendue « méritocratie » des compétitions.

Par ailleurs, l’UEFA, émanation européenne de la FIFA, a toujours favorisé les plus riches. Les réformes successives du format de la compétition-vitrine ont toujours été dans le sens de moins d’équité sportive, pour permettre aux « gros » de revenir chaque année, même après une saison ratée en championnat. Le plateau de l’actuelle ligue des champions fait déjà largement la part belle aux équipes des cinq pays les plus riches... alors scandaleuse la ligue fermée ? Sauf si elle existe déjà ! Comme un rapide coup d’œil au palmarès l’atteste...

La multiplication des matchs (surtout de leurs droits télé) garantit un matelas de revenus spectaculaires aux participants réguliers. Mais les grands clubs en réclament toujours plus. Logique d’ailleurs, quand on sait que ce sont souvent de grands patrons (Agnelli de Fiat, Juventus Turin ; Perez, magnat du BTP, Real Madrid ; des consortiums américains ou émiratis pour les clubs anglais) qui président ces clubs. Donc l’UEFA, en victime consentante, réforme sa ligue des champions pour multiplier les matchs et le pactole. Car évidement, cette association à but non lucratif basée en Suisse, se sert largement sur la compétition. C’est l’origine de tous les conflits de loges présidentielles (salons feutrés dans les stades, avec petits fours et vue panoramique sur le match, pour ceux que le foot intéresse !) : comment se partager le magot entre grands clubs et UEFA ?

La superleague en corner

Pour cette fois, il s’agissait sûrement de peser sur la énième réforme de la compétition, qui allait pourtant dans le même sens que les précédentes : élargissement à 36 équipes (favorisant la France, d’où la condamnation par Lyon et le PSG du projet de superleague ?) et multiplication par deux des rencontres. Devant les réactions mitigées des joueurs et la condamnation des supporters, l’Association européenne des clubs a reculé en quelques jours, et remballé sa superleague, pour mieux sauter plus tard ?

Leur problème (au delà du Covid et de la désertion des stades, qui aura, là aussi, servi de prétexte) est que les profits semblent s’étioler. En effet, les nouvelles générations ne consomment plus le football derrière un écran de télé, à heure fixe. De quoi sans doute nourrir le phantasme d’un ghetto de riches, où les mêmes affiches « prestigieuses » se répéteront année après année, sans le moindre intérêt pour les supporters, qui n’ont déjà pas toujours les moyens que nécessitent leur passion (abonnements télé, prix des billets au stade). Le ver de la superleague est évidement dans le fruit de la ligue des champions, comme un symbole de ce capitalisme qui ne sait plus quoi inventer pour maximiser ses profits.

24 avril 2021, Philippe Cavéglia

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