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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 95, septembre-octobre 2014 > Intermittents et précaires

Intermittents et précaires

Une réforme du régime d’assurance chômage qui ne passe pas

Mis en ligne le 24 septembre 2014 Convergences Société

La nouvelle Convention d’assurance entrée progressivement en vigueur depuis le 1er juillet durcit les conditions d’indemnisation chômage des intermittents du spectacle et des intérimaires.

Le Medef profite de chaque nouvelle négociation de la Convention d’assurance chômage pour s’en prendre aux catégories de précaires bénéficiant de régimes spéciaux d’indemnisation chômage. En échange d’un certain nombre d’heures effectuées en un temps donné, les intermittents du spectacle ou les intérimaires reçoivent des indemnités chômage qui viennent compléter les revenus irréguliers inhérents à la nature de leur travail.

Selon le calcul de la CGT (non signataire, contrairement, côté salariés, à la CFDT, la CFTC et FO), la réforme de l’assurance chômage fera perdre aux intérimaires entre 10 et 300 euros par mois selon les situations. Pour les intermittents, la réforme introduit une période de carence, des jours de chômage non indemnisés qui, selon les projections de la Coordination des intermittents et précaires, pourrait atteindre trente jours par an.

Lorsque les précaires se mobilisent…

Le mouvement contre la réforme de l’assurance chômage est très divers. Toutes sortes de précaires y participent, depuis des ouvriers intérimaires du bâtiment jusqu’au chanteur d’opéra intermittent, en passant par des habilleuses sous statut d’auto-entrepreneur. Les intérimaires sont certainement les plus attaqués par la réforme et ce sont eux qui exercent les métiers les plus durs. En dépit des efforts de la CGT, leur mobilisation n’est pas comparable à celle qui a lieu chez les intermittents du spectacle.

Ces derniers vivent avec le souci quotidien de remplir leur calendrier. Comme de petits artisans, ils sont plus ou moins en concurrence les uns avec les autres et travaillent le plus souvent dans des petites structures concurrentes qui vendent leurs projets aux salles de spectacles, aux distributeurs. Face aux attaques, ils se regroupent volontiers pour dire aux « Messieurs du Medef » : « Si vous pensez qu’il y a trop de culture, c’est que vous en manquez vous-mêmes. », ou bien, « Si vous ne nous aimez pas, nous non plus ! ».

Les intermittents ont aussi en partie leurs patrons derrière eux. Les entreprises qui les emploient sont bien souvent petites et les directeurs de compagnies ne peuvent sauvegarder la cohérence de leur équipe que parce que, entre deux productions, leurs salariés sont rémunérés par Pôle emploi. La fronde de l’été dernier a donc été aussi un mouvement de ces petits patrons du spectacle, qui se réjouissaient de voir leurs intermittents prendre la parole face au public pour dénoncer la baisse des subventions publiques à la Culture. Les patrons du spectacle n’en sont pas moins rusés, comme ce directeur du festival d’Aix-en-Provence qui, sous la menace de la grève, fit applaudir les intermittents sur la scène du Théâtre de l’Archevêché, pour mieux les convaincre ensuite de regagner leur poste et d’assurer un des spectacles les plus chers de l’été.

Sauve-qui-peut (les festivals)

Des assemblées générales ont rassemblé cheminots et intermittents du spectacle et ont débouché sur une manifestation commune le 19 juin dernier. Alors qu’une certaine convergence commençait à prendre forme, Thierry Le Paon annonçait un « tournant » dans la grève des cheminots. Les intermittents, comme bien des cheminots, sont aujourd’hui encore amers de ce rendez-vous manqué. C’est à cette même date, le 19 juin, que Valls annonçait que l’État prendrait en charge le délai de carence, la mesure de la réforme de l’assurance chômage qui révoltait le plus les intermittents. La ministre de la Culture se contentait d’accompagner la manœuvre par un flot de démagogie, espérant que « tous les artistes qui aiment ce qu’ils font (…) puissent jouer ». L’été ne fut pas pour autant tout à fait calme. Les intermittents prirent la mesure annoncée par Valls pour ce qu’elle était, une rustine pour tenter de calmer les esprits et passer l’été : l’engagement de Valls, à la différence d’une convention chômage, est en effet sans aucune garantie dans la durée. D’autre part, en bouchant un trou d’un côté, le gouvernement accédait discrètement de l’autre aux vœux que le Medef avait exprimés au début des négociations : que les intermittents sortent de la Convention d’assurance chômage. La ministre de la Culture, qui avait jusque-là hypocritement défendu qu’il fallait « sauver le statut » des intermittents, expliquait alors à mots choisis qu’on allait « changer l’architecture et la gouvernance de ce qui concerne l’indemnisation chômage pour les intermittents ».

Les intermittents ne décolèrent pas

Ils avaient promis qu’aucun ministre ne pourrait parader dans les festivals. La ministre de la Culture ayant tenté sa chance à Avignon, elle a dû en effet remonter en trombe dans sa voiture. La grève des festivals a eu lieu, avec ses limites. Pour participer au festival, les petites compagnies paient pour se loger et bien des comédiens ne totalisent assez d’heures pour déclencher l’indemnisation que grâce au mois passé à Avignon.

Une frange d’artistes peu conscients, cherchant peut-être à oublier que c’est le Medef qui leur met la tête sous l’eau, en viennent à proclamer que leur mouvement n’est pas dirigé contre le patronat. D’autres se projettent volontiers au-delà de la société capitaliste en créant de nouveaux modèles basés sur des formes de « salaire socialisé », quand ils ne réclament pas directement la « fin du travail ».

Si la majorité des intermittents est consciente que la société capitaliste est dirigée contre tous producteurs de richesses, y compris de richesses culturelles, le changement de gouvernement pourrait apporter de nouveaux faux-espoirs. Un délégué Sud-Culture a ainsi demandé à la ministre de la Culture fraîchement nommée de « taper du poing sur la table » pour exiger une autre convention chômage. La croyance est en effet récurrente parmi les intermittents que la ministre de la Culture pourrait être de leur côté contre le « méchant » ministre de l’Économie… Avant d’être nommé ministre, le socialiste Rebsamen avait laissé croire qu’il s’opposerait à la réforme. La confiance dans le PS, ainsi que l’idée préconçue que l’État pourrait avoir un certain souci de la culture, se sont pourtant copieusement effritées.

La Coordination des intermittents et précaires annonce une nouvelle journée d’action le 1er octobre prochain.

9 septembre 2014, Laurent VASSIER

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Numéro 95, septembre-octobre 2014