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DOSSIER : Gaz de schiste : dollars et dégâts

« Révolution » énergétique et enjeux impérialistes

Mis en ligne le 24 septembre 2014 Convergences Société

Les États-Unis sont maintenant le premier producteur mondial de gaz, devant la Russie ; et le troisième producteur de pétrole, talonnant la Russie et l’Arabie saoudite. Le Canada est devenu le cinquième producteur de pétrole grâce aux sables bitumineux. Les grandes compagnies extraient charbon, gaz et pétrole là où ils semblaient il y a peu inaccessibles : ainsi la plate-forme pétrolière d’Alwyn, en mer du Nord, permet-elle d’extraire autant de pétrole aujourd’hui que lors de son ouverture en 1987. Le jour où l’on manquera d’hydrocarbures, le fameux « pic pétrolier et gazier » qu’économistes et écologistes prophétisent depuis plus d’un demi-siècle semble encore une fois relégué à un avenir plus ou moins lointain.

Protectionnisme et impérialisme

Pour les capitalistes, la question n’est pas « Comment se passer de pétrole ? » mais « Qui profitera de ces nouvelles sources d’énergie fossile ? » Ce qui exige d’énormes investissements, mais aussi la béquille de l’État. De Bush à Obama, les gouvernements américains de ces dix dernières années ont tout fait pour diminuer leur dépendance aux pays de l’OPEP. Cette politique a aussi été un moyen de remédier à la crise de 2008 en « dopant » les profits de l’industrie américaine grâce à la baisse du coût de l’énergie. Le tout dans un marché protégé, puisque, depuis le choc pétrolier de 1973, les exportations d’hydrocarbures sont interdites aux États-Unis.

Le fruit de cette politique est une baisse considérable de la dépendance énergétique des États-Unis. Le gouvernement américain a même récemment autorisé l’exportation des condensats (pétroles légers, présents à l’état gazeux dans les gisements) et d’une part encore infime de la production nationale de gaz naturel – mais il faut dire que celle-ci parvient à peine à couvrir la consommation intérieure.

Si l’intérêt d’une telle mesure est évidemment commercial, l’objectif est aussi politique. Comme le résumait récemment un ancien haut responsable américain : « Pendant la Deuxième Guerre mondiale, nous étions l’arsenal de la démocratie ; je pense que nous allons devenir l’arsenal de l’énergie ». Les exportations de pétrole commencent précisément au moment où les guerres civiles en Irak et en Syrie menacent la production au Moyen-Orient. Et la crise ukrainienne a incité Obama à menacer d’exporter son gaz pour diminuer la dépendance de l’Europe au gaz russe.

Gaz de schiste contre gaz russe ?

En Ukraine, l’an dernier, l’ancien président Viktor Ianoukovytch a autorisé Shell et Chevron à exploiter des gisements pétroliers et gaziers. En novembre 2013, EDF et le groupe italien ENI signaient un accord de partage de production d’hydrocarbures offshore avec des entreprises d’État ukrainiennes… au large de la Crimée, encore ukrainienne à cette époque ! Alors que l’Ukraine importe 80 % de son gaz de Russie, il y avait de quoi agacer Poutine. Pour l’occasion, il s’était offert une conscience écolo en demandant à Ianoukovytch de réduire les « risques écologiques » pour les gisements proches de la frontière russe. Avant de pousser le même Ianoukovytch à annuler ses accords avec l’Union européenne contre la promesse d’une baisse du prix du gaz et d’un prêt de quinze milliards de dollars – annulation qui fut le point de départ de la révolte du Maïdan.

Si d’autres pays européens envisagent d’exploiter le gaz de schiste, c’est aussi pour diminuer leur dépendance énergétique à la Russie et au Golfe. En Pologne, où 80 % du gaz vient de Russie, des réserves de gaz de schiste parmi les plus importantes d’Europe ont alimenté les rêves du gouvernement. Mais ExxonMobil, Total, ENI et autres « majors », après les premières explorations, ont revu à la baisse leur estimation des réserves exploitables polonaises. Les résistances de la population n’y sont peut-être pas pour rien… Et il n’est pas impossible que les compagnies reviennent quand l’évolution des prix et des techniques rendront ces réserves plus rentables.

En pleine crise ukrainienne, le 21 mai dernier, Poutine et le président chinois Xi Jinping ont signé un accord de fourniture de gaz à la Chine, pour quatre cents milliards de dollars sur trente ans. Une façon de donner un avertissement aux clients européens de Poutine : « Si l’on envisage le pire, de manière purement théorique, le gaz qui ne serait pas livré en Europe peut être envoyé en Chine », déclarait le Premier ministre russe Dmitri Medvedev. Par ailleurs, la Russie dispose des premières réserves mondiales d’huile de schiste. L’été dernier, Gazprom a signé un accord avec Halliburton, la multinationale américaine spécialiste de la fracturation hydraulique, pour l’exploitation des pétroles de roche-mère de Sibérie occidentale. Et, en décembre, le trust russe Rosneft s’est lancé dans l’exploration des gisements de la Volga.

Les hydrocarbures non conventionnels sont ainsi l’occasion d’une gigantesque foire d’empoigne où les « majors » s’appuient sur leurs États pour gagner des marchés. Rien de révolutionnaire donc dans cette révolution énergétique mais plutôt une nouvelle donne dans les rapports de force mondiaux.

A. B.

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Numéro 95, septembre-octobre 2014