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DOSSIER : Avril, mai, juin 2003. Renouveau des luttes, début de la contre-offensive des salariés

Retraites : plus le mensonge est gros…

Mis en ligne le 11 juillet 2003 Convergences Politique

Jusque dans nos boîtes aux lettres : le gouvernement n’a pas lésiné sur la propagande pour tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et convaincre la population de la légitimité de sa « réforme ».

Le raisonnement se veut imparable : la population française vieillit ; donc la proportion des retraités par rapport aux actifs va augmenter, plus 90 % d’ici 2040 nous dit-on ; donc le revenu disponible pour chaque retraité avec le système de répartition va s’effondrer.

Ces prémisses présentées comme indiscutables, le gouvernement peut avancer ses solutions. Elles tiennent essentiellement en trois points : repousser l’âge de la retraite (alignement des 37,5 annuités du secteur public sur les 40 du privé d’ici 2008, puis tout le monde à 41 ans en 2012, 42 ans en 2020, etc.) ; diminuer le montant des pensions (au calcul sur la base des 25 meilleures années au lieu des 10 déjà prévu pour le privé s’ajoutera pour le public aussi l’indexation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires réels) ; inciter les salariés à souscrire à des fonds de pension.

En fait, d’après les calculs de syndicalistes, ce sont ces mesures qui pourraient entraîner à terme une baisse de 20 % des retraites du public, et de 30 % dans le privé. D’ici 30 ans, c’est près du tiers des retraités qui pourraient avoir des revenus proches du seuil de pauvreté.

L’attaque est sérieuse, si les raisonnements gouvernementaux ne le sont pas.

Trafiquer les chiffres

Le Cor lui-même, Conseil d’orientation sur les retraites, sur les études duquel le gouvernement se base et qui en fait est souvent son meilleur contradicteur, prévoit que, même sans changer le système actuel, les caisses de retraites ne seraient pas déficitaires avant une dizaine d’années. Voilà pour Fillon et son « urgence à réformer » !

D’autre part si le nombre de retraités augmente, celui de ces autres inactifs que sont les jeunes non encore intégrés au monde du travail diminue. Ainsi, si certaines projections prévoient bien qu’entre 2000 et 2040 la proportion des plus de 60 ans/les 20-59 ans augmentera de 90 %, les mêmes indiquent que le rapport moins de 20-plus de 60/20-59 ans n’augmentera que de 37,5 % [1]. Plus précisément, l’augmentation du rapport inactifs/actifs serait de 25 % [2]. S’il est donc réel qu’il faudra affecter davantage de ressources aux retraites, rien à voir avec les chiffres catastrophiques avancés par Raffarin !

Enfin le gouvernement feint de raisonner comme si la productivité du travail devait ne pas augmenter dans les prochaines décennies. Or, même dans l’hypothèse pessimiste d’une croissance faible de 1,75 % par an en moyenne, le Produit intérieur brut (PIB, une mesure de la richesse créée annuellement) aura doublé d’ici 2040. Ainsi, même à répartition inchangée (et parfaitement inique) des richesses entre travail et capital, tous les travailleurs (actifs et retraités) pourraient voir augmenter leurs revenus de 66 % ! Et ceci dans l’hypothèse où on ferait supporter au travail seul l’accroissement du nombre d’inactifs, ce que nous n’avons aucune raison d’accepter a priori [3].

Augmenter l’exploitation

Ce n’est pas aux retraités que va la sollicitude de Raffarin, c’est aux actionnaires. Ses réformes n’ont d’autre but que de permettre au capital d’accaparer la plus grande part des gains de productivité à venir. C’est-à-dire de poursuivre la politique menée depuis une vingtaine d’année.

Depuis les premières politiques de rigueur (initiées, en France, au début des années 1980 par un gouvernement socialiste), la lutte de classe menée par le patronat contre les travailleurs a fait passer la part des salaires de 69 % à 59 % du PIB [4]. Les capitalistes ont empoché la différence. Ces 10 points perdus représentent aujourd’hui 150 milliards d’euros par an : c’est 33 fois la somme nécessaire au financement du retour du privé au 37,5 annuités, pourtant présenté comme une utopie indéfendable non seulement par le gouvernement mais aussi par le Parti socialiste, ou encore la CFDT [5] !

Les retraites ne sont qu’une partie du salaire [6] global versé à l’ensemble des travailleurs. Alors que les patrons se débarrassent de plus en plus de ceux qu’ils estiment usés bien avant 60 ans, l’accroissement de la durée légale de cotisation et le système de décote (moins 6 % en moyenne par année manquante à l’horizon 2013) pourraient amputer les pensions de plus d’un quart. Le plan Raffarin qui vise tout autant à diminuer le montant des pensions qu’à allonger la durée d’exploitation des travailleurs s’intègre bien dans l’offensive de la bourgeoisie pour l’appropriation accrue de la plus-value.

Voler les économies des salariés

Dans ce cadre la politique de promotion de la retraite par capitalisation et des fonds de pension, qui accentueraient encore les inégalités entre ceux qui auraient les moyens d’y souscrire et les autres, n’est pas seulement une réponse cynique aux inquiétudes sur l’avenir des retraites. Elle n’est pas uniquement une arnaque qui fait courir aux épargnants le risque de tout perdre au profit de spéculateurs, comme dans les cas Enron ou WorldCom. Elle est aussi une façon de reprendre une part des salaires pour la drainer jusqu’à la sphère du capital, en faisant contribuer les économies faites à grands sacrifices par des travailleurs inquiets pour leur vieux jours aux spéculations des capitalistes financiers.

Derrière les sophismes comptables et les fausses évidences démographiques martelés par le gouvernement, réforme votée ou pas par le parlement, la question des retraites reste bien aujourd’hui au cœur de la lutte des classes.

3 juillet 2003

Benoît MARCHAND


[1Ch. Brutel, « Projections de population à l’horizon 2050, un vieillissement inéluctable », INSEE Première n° 762, mars 2001.

[2D’après J.-M. Harribey, « Le discours libéral entre sophismes et apories », FSE Florence, 7/11/2003, séminaire « Financiarisation, workfare et nouveaux droits sociaux », p.2. Disponible en http://harribey.montesquieu.u-borde..., document 2003, Retraites ; une affaire de répartition.

[3D’ailleurs, avant le COR, le rapport en 1999 du Commissariat général au plan (dit rapport Charpin) disait déjà : « La croissance de la productivité permet de financer des pensions de retraite plus élevées qu’elles ne sont aujourd’hui, et ce pendant plus longtemps. En aucun cas, il n’y aura de paupérisation à long terme des retraites des systèmes publics par répartition ».

[4Chiffre cité, entre autres, dans « Une alternative est possible », J.-M. Harribey et P. Khalfa, Libération du 26 mai 2003.

[5.Ce retour au 37,5 pour tous coûterait 4,5 milliards d’euros par an, soit 0,3 % du PIB, d’après le COR, à comparer avec l’hypothèse basse des 1,75 % de croissance annuelle. Encore deux éléments de comparaison : le trou de Crédit Lyonnais aurait représenté 16,8 milliards d’euros ; et les exonérations de charges sociales pour le patronat en 2002, 19,5 milliards.

[6Pas même un salaire différé à proprement parler : les pensions sont payées par les travailleurs d’aujourd’hui, et ce que les retraités ont « mis de côté » avec leurs cotisations, ce n’est que le droit à une certaine part de la richesse sociale jusqu’après leur vie professionnelle. C’est d’ailleurs vrai aussi dans un système de retraites par capitalisation.

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Numéro 28, juillet-août 2003

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