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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 28, juillet-août 2003

Editorial

A printemps chaud, automne torride...

Mis en ligne le 11 juillet 2003 Convergences Politique

Forte de l’élection triomphale de Chirac, due à une gauche asservie, la droite espérait faire passer sans anicroches la réforme des retraites. Tout plaidait en faveur de cette optimisme : embarras de la gauche parlementaire qui avait elle-même concocté le projet ; bonne volonté affichée par les confédérations syndicales qui avaient collaboré au Conseil d’orientation des retraites, accepté la nécessité d’une réforme et même constitué un front syndical complètement aligné sur les positions d’une CFDT pro-gouvernementale.

Deux précautions valant mieux qu’une, Jean-Pierre Raffarin pensait éviter les ennuis d’Alain Juppé en 1995 en faisant croire aux travailleurs des transports publics et du secteur aérien qu’ils n’étaient en rien concernés par le projet. Rien ne s’opposait plus à ce que saute enfin le verrou du régime particulier des fonctionnaires pour pouvoir s’en prendre plus facilement au régime général des salariés.

Certes il y avait eu un premier incident de parcours : le vote négatif des salariés d’EDF-GDF refusant la réforme de leur régime malgré les manœuvres de toutes sortes. Cet avertissement n’a pourtant pas entamé l’arrogance de Raffarin.

Du moins jusqu’à l’embrasement du monde enseignant. Abandonnant alors un peu de sa bravache le gouvernement jetait un semblant de lest. Pas sur les retraites qui demeuraient l’essentiel, mais sur la décentralisation, point d’attaque un peu secondaire dans sa vaste offensive contre les travailleurs. Pas grand chose d’ailleurs, et pas sur le fond : report à la mi-septembre du dépôt du projet de loi sur la décentralisation devant le Conseil d’Etat. Une blague, qui fut suivie de quelques autres du même acabit comme le report de la réforme sur l’autonomie des universités à la rentrée.

Trop sûr de lui le gouvernement avait d’abord annoncé qu’il n’était pas question de négocier avec les organisations syndicales, tout au plus les informer. Devant l’incendie il lui a fallu en rabattre et tenter de faire appel à ces pompiers traditionnels. Bien lui en a pris d’ailleurs. Au tournant décisif du mouvement non seulement il a accroché la signature de la CFDT mais, plus important, il a justifié la longue patience de la CGT en lui faisant miroiter la négociation qu’elle réclamait depuis si longtemps.

Cette négociation, la CGT certes ne l’a pas eu cette fois, contrairement à la FSU. Celle-ci a joué plus finement en accompagnant un mouvement des enseignants qu’elle n’avait pas davantage préparé ni voulu que ses concurrentes. Thibault a sans doute était trop pressé de casser l’extension et du coup la branche sur laquelle il était perché pour parler d’égal à égal avec Raffarin. Mais peut-être n’est-ce que partie remise et peut-il espérer recevoir son prix dans un proche avenir : à propos de la réforme de l’assurance maladie par exemple ? Ce gouvernement a sans doute eu assez peur pour revenir à la pratique de tant de ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, et s’assurer d’abord le soutien des bureaucraties syndicales pour augmenter les chances de faire passer les mauvais coups.

Cela lui aura permis quand même de jouer la fermeté jusqu’au bout. « Le gouvernement ne tolérera aucun débordement » ont martelé Raffarin et Sarkozy. « Les parents ne supporteraient pas que leurs enfants soient pris en otages », a averti Fillon. Facile de jouer les matamores avec des syndicats qui ont jeté l’éponge par avance et une gauche satisfaite d’avoir contribué à une dernière manœuvre contre les travailleurs consistant à faire passer le problème des retraites de la rue au parlement.

Mais il pourrait faire le trajet inverse. Sous peu. Et pas seulement celui des retraites mais aussi de la santé ou du chômage. Et si les intermittents qui ont pris sans délai le relais des enseignants annonçaient, après un printemps chaud, un automne torride !

5 juillet 2003

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Numéro 28, juillet-août 2003