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DOSSIER : Avril, mai, juin 2003. Renouveau des luttes, début de la contre-offensive des salariés

Autriche : La valse des retraites

Mis en ligne le 11 juillet 2003 Convergences Monde

Une protestation ouvrière massive a répondu aux attaques gouvernementales contre les retraites. Mais le mouvement qui est resté sous le contrôle jaloux de l’ÖGB, la centrale syndicale autrichienne quasi-unique qui compte 1,5 million d’adhérents dans un pays de 8 millions d’habitants, est rentré dans le rang quand celle-ci, étroitement liée aux politiciens sociaux-démocrates partisans d’une « réforme », a décidé que le parlement devait prendre le relais de la rue. Un parlement qui, en deux semaines, a entériné le projet gouvernemental à peine amendé. La « réforme » proposée à la fin avril, vise à faire travailler plus longtemps pour une retraite moindre, et comme partout favoriser le recours à des fonds de pension.

Ils disent réforme, il s’agit d’amputation !

Comme en France, tous les politiciens ont en gros chanté la même refrain. Primo, la démographie imposerait une réforme, car il y aurait trop de vieux pour trop peu de jeunes ! Secundo, ce serait aux travailleurs de payer, pour ne pas compromettre les chances économiques d’un pays qui est un des plus riches du monde mais où l’impôt sur la fortune est le plus faible d’Europe, les salariés subissent des vagues de licenciements et la moitié des retraités touchent une pension inférieure à 1000 euros par mois. Tertio, l’Etat devrait faire d’ici 2007 un milliard d’euros d’économies sur les retraites (entre autres pour financer pour 2 milliards d’avions de chasse !), et sa contribution aux caisses du « régime général » (l’ASVG) devrait encore baisser (elle avait atteint un maximum de 34 % en 1977, pour passer à quelque 20 % aujourd’hui, et 19 % dans un an ).

Face à l’émotion ouvrière, la prétendue opposition sociale-démocrate du SPÖ, qui après les dernières élections n’avait renoncé à une participation gouvernementale avec la droite de l’actuel chef du gouvernement Wolfgang Schüssel (ÖVP) que pour laisser à cette dernière la patate chaude des retraites, a criticaillé une réforme pas assez « équitable » paraît-il. Et d’en appeler au « dialogue national », à un « referendum populaire ». Au point que le parti de la droite extrême de Jörg Haider, le FPÖ, a pu se permettre une surenchère démagogique, en particulier à l’endroit des femmes. Haider a menacé que son parti quitte la coalition gouvernementale, au grand dam… de ses comparses ministres. Un genre de timide front du refus s’est même ébauché entre le FPÖ et le SPÖ. Après quoi tous ont voté la réforme bien sagement !

Quant à la centrale syndicale ÖGB, il a fallu que la température monte dans les entreprises pour qu’elle parle d’agir pour « réformer de façon socialement juste ». Certains affirment que la centrale syndicale s’est surtout décidée à l’action parce qu’une récente réforme de structures sociales paritaires compromet sa majorité dans ces chambres sociales. Mais le mécontentement ne demandait qu’à s’exprimer, de façon jamais vue de l’avis général, depuis la dernière grande grève menée en 1950. Au-delà des espoirs de la bureaucratie, très certainement.

1er mai, 6 mai, 13 mai, 3 juin…

L’agitation sociale a commencé un peu avant le premier mai, dans les entreprises, sous la pression des travailleurs sur les militants syndicaux, et de ces derniers sur les échelons supérieurs.

Le premier mai, massif, a été placé sous le signe de la colère contre la réforme des retraites. Puis ce fut la journée du mardi 6 mai, à laquelle la direction syndicale avait appelé de façon éclatée. Probablement par calcul, pour que les travailleurs ne mesurent pas leur force, tous ensemble. Le résultat fut pourtant une démonstration impressionnante. Près de 500 000 travailleurs, soit plus du tiers des syndiqués, ont suivi les appels. Les débrayages syndicaux dans les entreprises et les transports publics, nombreux et massifs, ont pris tournure de fronde ouvrière nationale : trains et imprimeries arrêtés, salles de classes vidées par les enseignants. Les travailleurs ont organisé des assemblées de protestation dans les entreprises, se sont rassemblés par branche ou par localité, devant des sièges patronaux ou sur des places publiques. Y compris plusieurs milliers de travailleurs de Siemens, en bleu de travail devant le ministère de l’Economie. Il y a eu des cortèges sur les autoroutes, des blocages de rues ou de carrefours. Des étudiants et lycéens ont manifesté leur soutien aux travailleurs. Un chef du syndicat du transport postal a même annoncé que si le gouvernement ne cédait pas, la grève monterait d’un ton chaque semaine, jusqu’à la grève générale.

Paroles, certes. Mais le climat social était suffisamment chaud pour que la centrale syndicale appelle à une manifestation centrale, le 13 mai, certes sans grève puisqu’à 17 heures après le travail, mais à laquelle ont participé 100 000 à 200 000 travailleurs à Vienne. Une marée de cirés rouges, sous la pluie et la grêle.

Au soir du 13 mai les dirigeants syndicaux n’ont pourtant nullement fixé les étapes ultérieures du mouvement, selon un plan et un crescendo capables de faire céder le gouvernement, mais ils ont appelé à la « négociation », à la « concertation ». Et pleuré pour « un autre type de relations sociales » !

Une nouvelle grève aurait pu avoir lieu le 26 ou le 27 mai, si elle n’avait pas été annulée par le syndicat, de même que des blocages de routes d’accès à Vienne, interdits par la police. Ce qui n’a pas empêché la réussite d’une nouvelle journée de grève le 3 juin, à laquelle un million de travailleurs ont participé, dans 18 000 entreprises.

Mais le 7 juin, la centrale syndicale décrétait les grèves terminées pour pouvoir passer « au travail de persuasion des députés de la coalition ». Propos clairs du dirigeant Fritz Verzetnitsch : « Désormais, le parlement est à l’œuvre et personne d’autre ». Ce qui lui a valu l’hommage du ministre du Travail Martin Bartenstein, pour « renonciation à la grève » et « attitude profondément démocratique ». Même hommage que de Fillon à Thibault en France !

Il n’en reste pas moins que les travailleurs d’Autriche ont renoué spectaculairement avec la contestation de classe, qu’un sentiment de puissance et de solidarité est né dans l’action, même si ces grèves et manifestations de mai-juin 2003 sont restées sous contrôle syndical. Des jeunes et une partie du milieu militant de base ont mesuré les ressources de mobilisation et de… démobilisation de la bureaucratie syndicale. Et le chemin encore à parcourir pour que les travailleurs se donnent les moyens de défendre jusqu’au bout leurs propres intérêts.

Michelle VERDIER


Le prix à payer par les salariés dans les années 2020

La réforme prévoit, progressivement :

  • la suppression des préretraites ;
  • le calcul de la retraite non plus sur les 15 meilleures, mais sur les 40 meilleures années ;
  • la retraite pleine (environ 80 % du salaire) après respectivement 45 ans de cotisation pour les hommes (au lieu de 40) et 40 pour les femmes, pourtant particulièrement lésées à cause des années qu’elles consacrent à élever les gosses ;
  • des décotes sévères pour années manquantes ;
  • des aménagements ont été vaguement promis, mais nullement confirmés, pour les travaux dits pénibles ;
  • les régimes plus avantageux des fonctionnaires alignés sous peu sur ceux des ouvriers et des employés.

Les retraites devraient être baissées d’au moins 20 %, d’où l’incitation à placer de l’argent dans des fonds de pension. Si l’on en croit une radio contestataire (Gegenargumente Sendung), un des plus gros gagnants à ce jeu serait le troisième plus grand groupe bancaire du pays, BAWAG/PSK, qui appartient à l’ÖGB, et dont le président du conseil de surveillance, Fritz Verzetnitsch, a comme boulot auxiliaire d’être bonze syndical national…

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Numéro 28, juillet-août 2003