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DOSSIER : Avril, mai, juin 2003. Renouveau des luttes, début de la contre-offensive des salariés

Centre de tri de Nanterre (Hauts-de-Seine) : Les premières armes de jeunes postiers

Mis en ligne le 11 juillet 2003 Convergences Entreprises

14 mai, centre de tri de Nanterre, assemblée des grévistes (40 présents) à 22 heures 30. 4 heures de discussion. Faut-il reprendre ? Une jeune collègue se montre la plus acharnée : « nous sommes partis pour la grève générale, il faut tenir même si nous sommes seuls. » Reprendre pour mieux préparer les prochaines journées d’action ? Cela semble « foireux  » à la grande majorité. Seuls deux collègues votent la reprise.

Les grévistes militent pour l’extension

Le premier tract du comité de grève s’adressant aux autres travailleurs, tiré à 2000 exemplaires, est diffusé en moins de deux jours. Une collègue de 22 ans en prend une centaine pour les diffuser aux parents d’élèves de l’école où elle va chercher une petite fille. Trois jeunes postiers, accompagnés par des étudiants, font le tour des bureaux des iatoss de la fac de Nanterre. Accueil chaleureux. Le comité de grève délègue des camarades dans les AG de profs, de communaux, d’étudiants, de la SNCF et de la RATP. Un gréviste de quarante ans devient notre délégué quasi permanent en charge de l’Education nationale : « non seulement, ils se battent mais en plus on y rencontre de charmantes profs »... Pour ceux qui, pour la première fois de leur vie, mettent leurs fesses sur les bancs de la fac, la participation aux AG iatoss, profs et étudiants est à la fois un plaisir (nos interventions sont ponctuées d’applaudissements) et un sujet d’étonnement et d’amusement vu l’ambiance un peu délirante de l’université (« faut-il voter pour savoir si l’on doit voter ? »). Nous avons des résumés quasi réguliers de l’état du mouvement, au moins sur le plan départemental, et pouvons en mesurer l’extension effective jusqu’au 3 juin. Malgré tout, les moments de découragement sont nombreux, surtout pendant les « ponts ». Un mouvement « cyclothymique » résume un syndicaliste de Sud-Rail.

Les profs, quasi-absents des préoccupations avant le 13 mai, deviennent la référence essentielle. Leur capacité à s’organiser, à proposer des actions interpro et la façon dont ils parviennent à profiter de chaque journée d’action pour donner un nouveau souffle inspirent ceux qui viennent au contact avec eux.

Le choix de la reconduction permet aux grévistes, des jeunes pour la plupart, de se rôder à la façon de mener une lutte, de réfléchir aux perspectives, y compris politiques. Au fil de la durée, un noyau actif se dégage : écrire un tract, tenir une caisse de grève, organiser un défilé, prendre des tours de parole en AG, s’adresser aux autres travailleurs… cela ne s’apprend pas en quelques journées d’action dispersées.

Les centrales syndicales sont vite apparues comme les principaux obstacles à l’extension des luttes. Dès le 14, on entend systématiquement les propos suivants : « les syndicats, on s’en fout, c’est nous la base, c’est nous qui devons décider pas ces enfoirés de la confédération CGT ». En fait, il faut combattre l’illusion que nous pouvons snober les appareils et faire comme s’ils n’existaient pas. Discussions collectives sur la tactique que nous pourrions avoir pour les déborder et sur la façon de s’appuyer sur eux quand nous en avons l’occasion. Certains envisagent comme solution la construction de syndicats alternatifs type Sud. L’idée qui prévaut reste la nécessité du contrôle de la base, de l’auto-organisation.

Une structuration embryonnaire

Les structures telles que comités de grève, AG départementale des postiers (qui a commencé à avoir une existence sur les Hauts-de-Seine) et les AG interprofessionnelles n’ont souvent été qu’embryonnaires.

Cela dit il était nécessaire qu’elles existent. L’AG des postiers des Hauts-de-Seine (92), constituée sur proposition du comité de grève du centre de tri de Nanterre, a regroupé des représentants de 11 bureaux de poste (sur une trentaine), de la direction départementale et de deux centres de tri (Nanterre et Issy-Les-Moulineaux). En fait, en dehors des centres de tri et du bureau de poste de Levallois, il fut difficile de dégager une véritable direction de la grève. Cette assemblée départementale a néanmoins permis de regrouper les grévistes isolés sur leurs bureaux et, de ce point de vue, ce fut une réussite. Quant aux AG interpro, elles restèrent essentiellement des structures regroupant des enseignants où intervinrent des délégués d’autres secteurs. Si elles centralisaient une partie des informations et lançaient de nombreuses initiatives, elles ne furent pas des directions effectives en dehors du secteur de l’éducation nationale.

Erwan PIAM


Thibault vu d’en bas

Beaucoup d’ « anciens » disaient ne pas comprendre la CGT et sa tactique et attendaient une offensive de la confédération. Thibault, qui a participé à deux émissions télé entre le 13 et le 19 mai, fut critiqué pour ne pas avoir été assez clair, trop mou. Pour certains il semblait ménager sa place d’interlocuteur responsable. Pour ces militants ou anciens militants syndicaux, habitués au vernis radical de la CGT, ses dirigeants ne voulaient visiblement pas d’une grève générale. La conscience d’avoir à mener une bagarre contre les appareils a été une véritable entrave au développement du mouvement. Un bémol toutefois, les syndicats à La Poste n’ont pas été nettement les courroies de transmission de leur direction. Dans les Hauts de Seine, le département CGT a lancé plusieurs préavis de 24 heures pour couvrir ceux qui partiraient en grève en dehors des journées d’action. Lors d’une AG au centre de tri de Nanterre, un permanent de la région citait le comité de grève en soulignant la nécessité de s’adresser à lui pour entrer dans l’action. La CGT n’est plus le bloc qu’elle était autrefois et la politique confédérale n’explique donc pas tout. Beaucoup ne désiraient pas s’engager. Les manifestations d’hostilité envers la grève ont été très rares, les moues dubitatives fréquentes.

E.P.

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Numéro 28, juillet-août 2003