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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 76, juin-juillet 2011 > Où en est la révolution tunisienne ?

Où en est la révolution tunisienne ?

Mines de phosphates : les anciens prisonniers toujours au chômage

Mis en ligne le 15 juin 2011 Convergences Monde

Redeyef (30 000 habitants) est la ville du bassin minier de la province de Gafsa qui a été le centre de la révolte de 2008 [1]. Il y avait jadis 4 000 mineurs dans la ville et 15 000 dans l’ensemble du bassin. Il y en a aujourd’hui 400 à Redeyef et à peine 5 000 dans la région. Même si les mines de phosphates (gérées par la Compagnie de Phosphates de Gafsa) sont presque la seule activité de la région, et… l’une des principales richesses de la Tunisie.

Ceux qui dirigent aujourd’hui l’UGTT de la ville sont ces syndicalistes (pour la plupart enseignants) qui, alors oppositionnels, avaient animé le mouvement de 2008 et été condamnés à de lourdes peines de prison (entre six et dix ans, mais ils ont pu sortir au bout d’un an grâce aux campagnes de protestations). Ils apparaissent aujourd’hui plus ou moins comme les dirigeants de la ville.

Ce qui ne suffit pas à faire pression sur la Compagnie de phosphates : « Contrairement à 2008, depuis le 14 janvier, rien n’a changé, aucune embauche », constate un instituteur de l’UGTT. Lui-même ancien prisonnier, il a été récemment réintégré dans l’Éducation suite à un décret du gouvernement provisoire concernant les fonctionnaires. Mais les surveillants des mines ou les salariés des sous-traitants qui ont été jetés en prison en 2008 sont toujours au chômage. « Le gouvernement avait promis que ceux qui avaient été limogés suite à leur participation aux mouvements de 2008 seraient réintégrés et qu’il y aurait une compensation financière pour la période qu’ils ont passé sans travail mais ça n’a pas été le cas pour eux. » Pour protester, ils campent devant la direction de la Compagnie de phosphates et plusieurs ateliers. Un sit-in efficace puisqu’il paralyse l’activité des mines et fait perdre 1,5 million d’euros par jour à la société. Malheureusement, « il n’y a pas de soutien visible des mineurs car eux-mêmes veulent travailler. »

« Parmi eux [les occupants du sit-in], des gens ont été embauchés en 1995, des pères de famille qui ont été limogés suite à leur participation au mouvement de 2008. Ils étaient employés par un sous-traitant pour un salaire de 90 dinars [45 euros] par mois pour 12 heures de travail par jour et 30 jours de travail successifs. […] En principe, les sociétés de sous-traitance devraient être intégrées à la Compagnie de phosphates, c’est pour cela qu’ils réclament le droit d’être réembauchés. » C’est la promesse faite par le gouvernement provisoire à la suite de négociations avec l’UGTT, mais qui n’a toujours pas été appliquée. Il faut dire que d’anciens dirigeants de l’UGTT, liés au régime de Ben Ali, possédaient quelques unes de ces sociétés de sous-traitance ! Miracle de ces promesses non tenues, certains mineurs « sont titulaires et pourtant au chômage. Rien ne s’est passé alors que la Compagnie de phosphates a continué à verser l’argent pour les sous-traitants. » Quelques salariés en poste sont présents tous les soirs au campement, en soutien à leurs camarades licenciés.

« En principe, la Compagnie de phosphates doit prendre en charge les sociétés de sous-traitance, c’est écrit dans un décret de mars. Alors que la sous-traitance continue. Il y a encore du vol, de la corruption de la part du patron. […] Rien n’a changé depuis le 14 janvier, c’est le même État. »

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Numéro 76, juin-juillet 2011