Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 76, juin-juillet 2011 > DOSSIER : Spéculation immobilière et crise du logement : la grande arnaque du (...)

DOSSIER : Spéculation immobilière et crise du logement : la grande arnaque du « tous propriétaires »

Le logement : un gouffre financier pour les plus pauvres

Mis en ligne le 15 juin 2011 Convergences Société

Avec 600 m2 à Manhattan pour quelque 35 000 euros par mois, il fait bon être un prisonnier qui a les moyens. Pour une bonne partie des classes populaires, c’est plutôt le logement de tous les jours qui ressemble à une cellule. En France, 7,7 millions de personnes vivent en surpeuplement, dans le bruit et la promiscuité, un million vivent dans un logement « indigne » – c’est-à-dire qui présente des risques pour la sécurité ou la santé des occupants (saturnisme, incendie, etc.) – et 354 000 logements ne disposent toujours pas de l’eau courante, de WC intérieur ou d’installation sanitaire.

De l’idylle statistique…

Quand on regarde les moyennes statistiques, les conditions de logement s’améliorent : il y a de plus en plus de propriétaires ; la surface par personne a presque doublé en 35 ans ; le confort progresse ; les loyers augmentent certes plus vite que l’inflation, mais restent proportionnels aux revenus… Le seul point noir viendrait des prix d’achat des logements qui, en quinze ans, ont doublé en valeur réelle (après déduction de l’inflation). Finalement, les reportages sur ces pauvres vivant entassés dans des caves, des garages ou des appartements humides, exagéreraient-ils un malheureux microcosme en voie de disparition ? En y regardant de plus près, la réalité est moins rose et montre au contraire une explosion des inégalités sociales.

… à la réalité sociale

Il est vrai que le « confort » s’est amélioré globalement car, heureusement, on ne construit plus de logement sans WC ni salle de bain. En revanche, si les surfaces moyennes par personne ont augmenté, cela traduit surtout le changement de composition des familles, avec plus de personnes âgées seules dans leur logement ou de parents séparés qui ont chacun le leur. Et, comme les revenus, eux, ne se multiplient pas en cas de décès ou de séparation, il devient deux fois plus difficile de se loger dans ces conditions.

Mais ce qui frappe le plus, ce sont les inégalités face aux loyers, inégalités qui jouent sur deux tableaux : d’une part, les plus pauvres ont de plus en plus de difficultés à devenir propriétaires ; d’autre part, si les loyers ont effectivement augmenté proportionnellement aux revenus, les revenus n’ont pas augmenté à la même vitesse pour tout le monde.

Le gouvernement s’enorgueillit de la progression de la part des ménages propriétaires, passée de 53 % à 58 % en 25 ans. Mais les prêts à taux zéro et autres « aides à la pierre » ont-ils vraiment favorisé la propriété pour tous ? Pas du tout ! Entre 1988 et aujourd’hui, les 20 % des ménages les plus riches sont bien passés de 65 % à 76 % de propriétaires, mais les 20 % des ménages les plus pauvres sont passés de 47 % de propriétaires à… 37 %. Ainsi, pendant que les plus riches profitaient des subventions de l’État, les plus pauvres étaient exclus de la propriété par la flambée des prix.

Cela pèse d’autant plus que ce sont les locataires qui doivent consacrer la plus grande part de leurs revenus pour le logement. Entre les loyers des locataires, les remboursements des prêts pour les propriétaires, les charges, l’eau, l’énergie, l’entretien courant du logement, les assurances, la taxe d’habitation et la taxe foncière, les foyers consacrent en moyenne 18 % de leurs revenus au logement. Or, cette part monte à 25 % pour les locataires. Mais, même entre locataires, les inégalités sont criantes : parmi les locataires non étudiants, les 20 % les plus pauvres consacrent 40 % de leur budget au logement, contre 15 % pour les 20 % les plus riches. Alors que cet effort reste stable pour les plus riches, il s’est aggravé pour les plus pauvres au cours des dernières années. Pour reprendre les exemples de la Fondation Abbé Pierre [1], une personne au Smic dans un studio de 36 m2 doit consacrer à son loyer, charges comprises et après déduction de l’aide au logement, 48 % de ses revenus dans le parc privé et 28 % en HLM ; un couple avec deux enfants, qui gagne 1 600 € et vit dans un 3 pièces de 65 m2, y consacre la moitié de ses revenus dans le privé et 23 % en HLM.

Quand les salaires n’augmentent pas, la conséquence de l’élévation des loyers est immédiate. Rien qu’entre 2002 et 2006, les impayés de loyers ont augmenté de 57 % en HLM et 81 % dans le privé. D’après le Crédoc [2], une personne sur deux considère que ses dépenses de logement constituent une « lourde charge », une « très lourde charge » ou une « charge à laquelle elle ne peut faire face ». En 1980, la proportion était d’une personne sur trois.

Ces difficultés ne s’arrêtent pas aux locataires. Avec des emprunts de plus en plus longs pour diluer l’augmentation des prix de l’immobilier, les accédants à la propriété connaissent aussi des difficultés de paiement, notamment quand ils perdent leur emploi ou que leur salaire stagne. Ainsi, entre propriétaires et locataires, 2,4 millions de ménages ont des difficultés pour s’acquitter des dépenses de logement, dont 550 000 sont en impayés.

Après les loyers, les factures de gaz, d’électricité…

Quand le loyer est payé, il reste encore bien d’autres factures à régler. Les augmentations spectaculaires que les prix de l’énergie ont connues ces dernières années sont là pour le rappeler. Pour beaucoup, en général pour les plus pauvres, l’énergie est devenue un véritable gouffre financier. 3,8 millions de familles sont dans une situation dite de « précarité énergétique », c’est-à-dire qu’elles consacrent plus de 10 % de leur revenu au paiement des factures d’énergie. La précarité énergétique vient souvent de logements mal isolés, véritables passoires thermiques, mais aussi des moyens de chauffage souvent coûteux et insuffisants, les propriétaires étant peu enclins à investir dans des systèmes de chauffage et d’isolation modernes. Notamment, le chauffage électrique est le plus courant, car, à l’achat, il est nettement moins cher. Au final, selon l’Insee, la lourdeur de la facture pousse de plus en plus de familles à couper le chauffage [3]. Et, quand le froid s’installe, les conséquences peuvent être lourdes sur la santé (maladies respiratoires, surmortalité, etc.), sur la sécurité (calfeutrage des aérations, chauffage au poêle, etc.), mais aussi sur la vie sociale, quand il devient difficile de recevoir chez soi.

Face au développement du phénomène, le gouvernement a annoncé en mars 2011 la création d’un « observatoire de la précarité énergétique ». Loin de lui l’idée de bloquer les augmentations de tarif ! La seule mesure proposée est un éco-PTZ (comprendre « prêt à taux zéro ») destiné à subventionner les rénovations qui permettront un gain d’au moins 25 % sur la consommation d’énergie. En imaginant que certains propriétaires se lancent dans les travaux (sachant qu’il faudra quand même rembourser ces emprunts), une limite est d’ores et déjà prévue à 300 000 familles, soit 10 % de celles concernées par le problème, et… d’ici 2017 ! Si les tarifs continuent d’augmenter au rythme de 20 % par an, comme pour le gaz, ces rénovations auront bien du mal à réduire la facture…

M.S.


[1Fondation Abbé Pierre, « L’état du mal-logement en France », 16e rapport annuel, 2011.

[2R. Bigot et S. Hoibian, « La crise du logement entretient le sentiment de déclassement social », Consommation et mode de vie, n° 226, Crédoc, février 2010.

[3I. Devalière et P. Briant, « La précarité énergétique : avoir froid ou dépenser trop pour se chauffer », Insee Première, n°1351, INSEE, mai 2011.

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 76, juin-juillet 2011

Mots-clés