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Où en est la révolution tunisienne ?

Thala : les « martyrs » du chômage et de la misère

Mis en ligne le 15 juin 2011 Convergences Monde

Petite ville de 14 000 habitants, dans le gouvernorat de Kasserine, à 25 kilomètres de la frontière algérienne, elle est connue comme l’un des endroits où tout a commencé et qui a donné beaucoup de « martyrs », les morts de la révolution, avec Sidi Bouzid, Kasserine, Maknassi ou Regueb.

Dans la région, la misère est frappante. À part une petite usine à bois à la sortie de la ville, les paysages désertiques, des oliviers, des figuiers de barbarie, des moutons… et l’essence de contrebande. Sur la route, les camionnettes Isuzu sont nombreuses : elles rapportent toutes sortes de produits d’Algérie, qui garnissent les échoppes des vendeurs de rue. Aziz [1], 30 ans, vivait de cette contrebande mais est maintenant au chômage : cette mafia était contrôlée par le clan Ben Ali. « Les cafés sont pleins, c’est à cause du chômage. 90 % n’ont pas de travail. Ils vont travailler à Sousse, Sfax, Monastir, Gabès, Tunis… ».

La rancœur contre le régime est profonde : « La république de Bourguiba et Ben Ali n’a rien fait pour Thala. De l’indépendance de la Tunisie en 1956 à maintenant, rien n’a changé. Les administrations laissées par la France sont restées les mêmes ». Peu de traces de la révolution, et pour cause : « À Kasserine et Gafsa, ils ont brûlé toutes les administrations, les postes de police, les postes de garde nationale mais, à Thala, il n’y a rien à brûler. On a seulement brûlé le poste de police. »

La mobilisation a commencé le 3 janvier et, dès le 5, 1 600 policiers étaient postés sur place, comme une véritable armée d’occupation. Ils tueront cinq jeunes dans la journée, entraînant la révolte de toute la ville. Dès le 12 janvier, face à la contestation, la police disparaît et ce sont les jeunes qui assurent la sécurité dans les cités : « Nous sommes le peuple et en même temps les policiers ». En avril, la police n’était toujours pas revenue, mais la garde nationale avait installé un poste à l’entrée de la ville. « Elle ne fait rien » disent les jeunes…

Le Comité local pour la sauvegarde de la révolution gère les relations entre les habitants et la garde nationale. Il a aussi accueilli le ministre du Développement régional et local, qui n’a laissé que des promesses auxquelles les jeunes ne croient pas. Le comité joue en quelque sorte le rôle de l’administration locale et fait le lien avec l’État. « Pour rien » précisent les jeunes avec humour… car il n’y a rien à gérer sur place.

Le manque de perspective est flagrant. Pour le moment, c’est l’attente. « On attend ce que l’État va faire avec nous, sinon on va refaire la révolution […] il faut que les ministres nous donnent du travail ». Un militant de l’UGTT précise : « Nous sommes écrasés par la pauvreté. Vous avez lu Jean Valjean, nous sommes les Misérables de Thala. Le RCD a eu la volonté de ne pas développer cette région. Ben Ali ne s’intéressait qu’au tourisme. Il donnait des prêts, mais ici rien. Il a marginalisé les provinces. Ben Ali, c’est la continuité de Bourguiba. Il faut une zone industrielle pour les jeunes chômeurs, les familles des martyrs. On cherche un moyen, on ne sait pas comment. On a demandé au gouvernement provisoire d’aider l’autofinancement pour les projets des jeunes, de trouver des investisseurs. »


[1Les prénoms ont été changés.

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Numéro 76, juin-juillet 2011

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