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DOSSIER : Spéculation immobilière et crise du logement : la grande arnaque du « tous propriétaires »

L’usine à gaz de la « politique de la ville » : entre faux progrès et vrais dégâts

Mis en ligne le 15 juin 2011 Convergences Société

Créée en 2003, l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU), dispose de vrais moyens financiers : 12 milliards d’euros d’ici 2013, auxquels s’ajoutent 30 autres milliards levés dans des partenariats complexes avec les mairies, conseils généraux et régionaux et, bien sûr, les bétonneurs privés. C’est elle qui valide les projets des municipalités et décide de leur financement. Par son entremise, l’État coordonne le remodelage des villes françaises, en fait surtout des banlieues. Les « centres-ville dégradés » – entendez les poches de misère au cœur de certaines villes moyennes – doivent se contenter de 380 millions d’euros ; une quinzaine d’entre eux seulement recevront une part de cette manne. Et pour cause : l’origine de cette rupture avec les coupes budgétaires de la période 2001-2005 est en partie les émeutes de l’automne 2005 dans les banlieues françaises. L’ANRU a progressivement capté, outre une partie du 0,45 % prélevé sur les salaires appelé « 1 % logement », la majeure partie des crédits de la « Politique de la ville ».

Je participe, tu participes... ils tirent les ficelles

L’agence prend à sa charge la majeure partie des démolitions pour réserver à ses partenaires les reconstructions. Ce qui en fait une bonne affaire pour les capitalistes du ciment et du parpaing. Mais elle affecte aussi des moyens à l’accompagnement social, au travers des « Contrats urbains de cohésion sociale ». Car les opérations de démolition/reconstruction sont menées en coopération avec les « acteurs ». Par exemple, la police met son grain de sel afin que les réaménagements facilitent le maintien de l’ordre, en améliorant l’éclairage public, ou en supprimant les auvents sous lesquels se rassemblent les bandes de jeunes.

Dans ce registre, on sollicite également l’avis des habitants, à coup de « conseils de quartiers » et autres avatars de la démocratie participative. Mais, comme l’explique un rapport de 2009 du Comité d’évaluation et de suivi de l’ANRU : certes, les municipalités ont « communiqué, mais la population, hormis quelques exceptions, a montré un faible intérêt (…) pour les opérations réalisées (…) voire une totale non-adhésion et un rejet de celles-ci (vandalisme, insécurité) ». Sans doute les habitants sont-ils conscients qu’ils pèsent bien peu dans la balance...

Il faut dire que les populations relogées hors du site rénové se retrouvent dans 25 % des cas dans d’autres Zones Urbaines Sensibles (ZUS). Dans bien des cas, le relogement relègue les habitants dans les périphéries, parfois à la campagne, dans des zones moins pourvues en emplois, moins desservies par les transports publics et les administrations, où il est encore plus difficile de sortir de la pauvreté. En déplaçant les populations, on... déplace le problème. C’est que le ravalement de façade n’a aucun effet sur un taux de chômage – les entreprises n’ont recruté qu’à la marge dans les quartiers où elles intervenaient, alors même que l’ANRU y incitait – culminant à 42 % des jeunes hommes vivant dans les ZUS en 2008.

La loi et la réalité

De plus, le renouvellement ne résout pas le manque de logement. Il peine déjà à respecter la règle du « 1 logement détruit = 1 logement construit ». Si, dans certaines régions, la surabondance de logements sociaux justifie qu’on ne respecte pas cette règle, il reste que 1,2 million de ménages en attendent un, dont 400 000 pour la seule Île-de-France.

La loi Solidarité Renouvellement Urbain est censée pénaliser les communes qui ne respectent pas l’obligation de construire un certain nombre de logements sociaux, à concurrence de 20 % du parc immobilier. Mais les amendes sont dérisoires : 75 millions d’euros pour toute la France, dont seulement 31 millions ont été réellement perçus ! Respecter les objectifs fixés par la loi n’est d’ailleurs pas le gage d’un vrai traitement du manque de logements abordables. Paris fait, par exemple, de vrais efforts pour construire des logements sociaux. Mais, dans le même temps, la municipalité envisage de doter la capitale de 2 millions de m2 de bureaux supplémentaires, alors qu’une bonne partie est inoccupée...

M.P. et F.C.

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Numéro 76, juin-juillet 2011

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