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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 73, janvier-février 2011 > Tunisie, Algérie

Tunisie, Algérie

La grève de Gafsa en 2008… une expérience encore fraîche dans les mémoires

Mis en ligne le 29 janvier 2011 Convergences Monde

Le samedi 22 janvier, 300 manifestants partaient de la ville de Menzel Bouziane, à 280 km au sud de Tunis, pour une marche vers la capitale, demandant la démission du gouvernement. Via Regueb où plusieurs centaines d’autres manifestants les attendaient, alors que d’autres marches partaient le même jour de Thala et Kasserine, trois villes où les 8 et 9 janvier la police a tiré sur la foule faisant au mois 14 morts. Une autre marche est partie de Gafsa, un peu plus au sud, le centre du bassin minier où a eu lieu, il y a un peu plus de deux ans, l’une des plus grandes grèves qu’ait connues le pays.

Cette grève des mines de potasse de Gafsa avait débuté le 5 janvier 2008. Après plusieurs restructurations les effectifs de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG), principale activité de toute la région, avaient été réduits de 14 000 à 5 000. Il fallait réussir un concours d’embauche pour faire partie des heureux qui y trouvaient un emploi. Et c’est la publication ce jour-là des résultats visiblement frauduleux de ce concours qui a fait exploser la colère. La grève allait durer près de six mois, touchant tout le bassin minier.

La direction centrale de l’UGTT n’était pas là pour soutenir les grévistes : elle commençait la nouvelle campagne électorale de Ben Ali. Mais pas plus la direction régionale, devenue (selon les termes d’un reportage du Monde Diplomatique) « le centre d’une oligarchie qui ne fait plus bénéficier que ses amis et parents des miettes de la rente phosphatière ». Ces miettes consistent en la distribution des emplois, des fonds de reconversion et primes de bénéfices cogérés par la direction de la CPG et la petite coterie qui dirige l’UGTT.

Qu’à cela ne tienne, les grévistes allaient s’en passer. À Redeyef, l’autre grande ville du bassin minier, près de la frontière algérienne, les grévistes occupèrent de force le local de l’UGTT de la ville et, malgré des tentatives d’expulsion, en firent le QG de la grève. Ils étaient épaulés par nombre de militants syndicaux de base, non seulement des mines, mais des autres secteurs, certains aussitôt exclus ou « suspendus » par la direction de leurs syndicats, comme l’enseignant Adnane Hajji, l’un des leaders du mouvement.

Plagiant les affiches de la campagne électorale présidentielle « Ben Ali 2009 », des affichettes « Ben Ali 2080 » ou « Ben Ali 2500 » fleurirent sur les murs du bassin minier. Finalement, Ben Ali n’aura dépassé 2010 que de quelques jours !

C’est dans cette même ville de Redeyef, encerclée par la police, que le 7 mai 2008 des femmes décidaient de faire leurs bagages et partir toutes ensemble avec leurs familles : « Ils veulent cette ville, on la leur laisse ».

Menacées par les autorités d’être considérées comme « traî­tres » si elles s’approchaient de la frontière algérienne, elles finirent par revenir après leur coup d’éclat reprendre le cours de la lutte. Une résistance de près de six mois qui s’est terminée, outre deux morts, par l’arrestation en juin 2008 d’une quarantaine de militants syndicaux animateurs du mouvement, condamnés en décembre à des peines allant de un à dix ans de prison – mais libérés plus tôt grâce aux campagnes de protestation. [1]

La classe ouvrière tunisienne ne manque ni de détermination ni d’expérience.

O.B.


[1On peut trouver un dossier sur cette grève rassemblé par le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) et la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) à l’adresse internet : http://berthoalain.files.wordpress....

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