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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 76, juin-juillet 2011 > Des livres

Des livres

Romans

Mis en ligne le 15 juin 2011 Convergences Culture


Attentat à la mangue

Mohammed Hanif

10/18, 440 pages, 9 €.


Être pilote dans l’armée de l’air pakistanaise mène à tout, même à écrire des romans. C’est ce que démontre Mohammed Hanif avec ce livre alerte et pince-sans-rire.

Ali Shigri, fils d’un officier de l’armée de l’Air décédé dans des circonstances douteuses et lui-même élève officier, est pris dans une affaire d’État. Entre les espions de la CIA, ceux de l’ISI – le tout-puissant service de renseignements de l’armée pakistanaise – et toutes les victimes du régime, le général Mohammed Zia, dictateur aussi bigot qu’anticommuniste, ne manque pas d’ennemis putatifs. Nous sommes à la fin des années 1980, quelques jours avant que le tyran ne meure dans un accident d’avion.

Délaissant délibérément le pamphlet ou le documentaire, Mohammed Hanif n’en décrit que mieux l’atmosphère de son pays, ou plutôt de l’appareil d’État de celui-ci. La discipline militaire est abrutissante, l’instructeur américain un parfait cow-boy, les hommes de l’ISI des comploteurs sadiques et la CIA tire les ficelles, ou du moins le croit. On croise aussi quelques figures, comme un syndicaliste des balayeurs, une aveugle condamnée à mort pour avoir été violée ou un patron de BTP nommé B. Laden. Entre roman d’espionnage et farce, un livre réjouissant.

M.P.



Rosa Candida

Audur Ava Ólafsdóttir

Éditions ZULMA (août 2010), 332 pages, 20 €


Un jeune de 22 ans, Arnljótur, quitte sa famille et l’Islande pour aller restaurer dans une contrée indéfinie le jardin d’un monastère jadis réputé pour sa roseraie. Il emporte avec lui des boutures du spécimen « Rosa candida ». Des roses, des tomates, des arbres, sa mère, décédée depuis peu savait en faire pousser dans la serre et le jardin de la maison familiale. Lui aimait la suivre en ces lieux. Le père, électricien, aurait préféré que son rejeton fasse des études universitaires plutôt que devenir jardinier. « Quand il me pose des questions sur l’électricité, j’ai l’impression qu’il est en train de prendre le pouls de ma virilité », constate Arnljótur.

Celui-ci s’éloigne aussi de sa petite fille, âgée de sept mois. Conçue dit-il «  sans préméditation » avec « la petite amie d’un ami à moi », étudiante en génétique. Leur relation a duré un quart de nuit, dans la serre, le jour de ses vingt et un ans.

Il est accueilli au monastère par le frère Thomas, abbé cinéphile en possession d’une riche vidéothèque, amateur de vodka au citron, de liqueurs de poire williams, de cerise, d’abricot, de bons vins… et néanmoins grand connaisseur de la Bible. La mère de la fille d’Arnljótur, Anna, lui demande la possibilité de lui confier leur fille pour quelques semaines. Le séjour de la mère se prolonge. Les parents nouent de nouveaux liens.

Un certain décalage psychologique, des situations non-conformistes prennent le lecteur à contrepied. La chute de l’histoire n’était pas non plus écrite. « Ceux qui arrivent à entrer un court instant dans la vie des autres peuvent avoir plus d’importance que ceux qui y sont installés depuis des années ; j’ai déjà fait l’expérience de ce que le hasard peut être sournois et lourd de conséquence » dit notre antihéros.

Pourquoi une succession de petits faits parvient ainsi d’un bout à l’autre à captiver notre attention ? Mystère de l’écriture, talent de la conteuse...

Louis GUILBERT



Rouge dans la brume

Gérard Mordillat

Calmann-Lévy, janvier 2011, 20 €.


Dans son dernier roman, Gérard Mordillat met en scène un groupe de grévistes d’une usine métallurgique du Nord qui va fermer ses portes. L’usine dépend d’un groupe basé aux États-Unis qui veut transférer la production en Europe de l’Est. Les salariés occupent les locaux puis finissent par tout incendier. Une partie d’entre eux décide ensuite d’aller prêter main forte à une seconde usine occupée de la région. Le même scénario se reproduit. Les grévistes les plus motivés se rendent enfin en Normandie pour cette fois épauler d’autres grévistes d’une entreprise de produits chimiques.

Le héros du roman est Carvin, un représentant syndical SUD, qui ne se laisse pas berner par les arbitrages, les négociations sans fin ou les tables rondes à la sous-préfecture. Face à lui, et souvent à ses côtés, se trouve Weber, syndicaliste de la CGT, plutôt partisan des méthodes de lutte traditionnelles, mais qui marque Carvin à la culotte pour lui éviter « de faire des conneries ».

Comme dans ses autres romans (notamment « Notre part des ténèbres »), Mordillat décrit une classe ouvrière combative face à des groupes capitalistes internationaux qui ferment leurs usines au gré des fluctuations du marché et des intérêts des actionnaires. Si la politique préconisée par Weber mène à une impasse celle incarnée par Carvin débouche elle aussi sur un cul-de-sac. Les grévistes sont partout battus et la plupart se retrouvent chômeurs. Carvin ressemble un peu à Étienne Lantier, le héros de Germinal d’Émile Zola. Il veut « réveiller » la con­science ouvrière, et pense y parvenir à coups d’incendie d’usine, de séquestrations de patrons ou de destruction de machines, persuadé que ces actions auront valeur d’exemples et que la révolte se finira par se propager d’usine en usine. C’est évidemment là une conception romantique, mais surtout élitiste, du combat prolétarien. Il y a d’autres façons de mener des luttes radicales, autrement efficaces, en misant sur la conscience et l’organisation des travailleurs. Reste qu’en se tenant résolument aux côtés des opprimés, dont il sait décrire la galère quotidienne, Mordillat choisit son camp. Qui est aussi le nôtre.

J.L.



Le rêve du village Des Ding

Yan Lianke

Poche, Ed. Philippe Piquier - 387 pages, 9,50 €


Ce roman retrace le scandale du sang contaminé à partir de l’histoire d’un village de la province du Henan, « le village des Ding » : une collecte de sang, organisée par les autorités dans cette région infecta et tua des centaines de milliers de paysans pauvres désireux de gagner quelque argent en vendant leur sang. Le narrateur est un enfant mort et son grand-père, personnage principal du roman, a des rêves prémonitoires. Par ce procédé littéraire, l’auteur décrit les protagonistes d’une tragédie bien réelle : d’un côté les paysans pauvres, de l’autre ceux qui profitent de la catastrophe, les affairistes et les suceurs de sang au sens propre et figuré. À travers cette histoire magistrale transparaît la mise en accusation d’une bureaucratie toute-puissante et prédatrice qui détruit la nature, exploite les hommes et pille le bien public. Ding Hui, le fils aîné du professeur Ding Shuiyang, incarne parfaitement cette nouvelle bureaucratie assoiffée : arriviste cynique et cupide, il fait feu de tout bois. En cheville avec les autorités, il fait fortune en revendant le sang collecté, puis en revendant aux familles endeuillées les cercueils reçus gratuitement du gouvernement, enfin en arrangeant des mariages posthumes. Le cercueil qu’il réserve à son fils est décoré d’édifices portant le nom de grandes banques : Banque de Chine, Banque de l’Agriculture, Banque du Commerce, Banque des Communications, etc. On comprend pourquoi le livre fut censuré en Chine et son auteur interdit de parole.

Charles BOSCO

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Numéro 76, juin-juillet 2011

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