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Archives > Convergences révolutionnaires > Numéro 132, septembre-octobre 2020

Éditorial

Bridgestone, Cargill, Auchan, Renault, Airbus et tous les autres… Coordonnons nos forces et engageons le bras de fer

Mis en ligne le 4 octobre 2020 Convergences Politique

Mercredi 16 septembre, à 9 h 30, la direction du groupe Bridgestone a annoncé la fermeture de l’usine de Béthune, laissant ses 863 ouvriers sur le carreau, sans compter les emplois indirects. Les travailleurs ne l’ont appris qu’une demi-heure avant, comme un coup de massue.

Depuis cette date, la fermeture de l’usine fait la Une de l’actualité. Bridgestone résonne comme l’exemple emblématique de toute la situation sociale alors que le patronat multiplie les plans de licenciements et les fermetures de sites.

Un scénario trop connu

Le prétexte à la fermeture est le manque de compétitivité de l’usine. Comprenez bien, les pneus produits à Béthune ne sont plus adaptés au marché et les investissements nécessaires sont trop coûteux… Voilà pour la com’ patronale, car il faut bien trouver quelques prétextes moins choquants que la simple soif de profit des actionnaires.

Ce n’est pas la première fois que les patrons de Bridgestone tentent de s’en prendre aux ouvriers de Béthune. Il y a quelques mois, un APC (accord de performance collective) [1] avait été soumis par referendum aux salariés. Ces derniers l’avaient refusé à une majorité des deux tiers. L’annonce de la fermeture de l’usine, après ce désaveu pour la direction, a donc un sale goût d’offensive politique contre ceux qui avaient refusé de voir leurs conditions de travail dégradées au nom du chantage à l’emploi.

D’autant que, sur le plan économique, le groupe Bridgestone aurait du mal à nous arracher une larme avec un résultat opérationnel international de trois milliards de dollars en 2019, le plaçant devant Michelin et Goodyear, ses principaux concurrents.

Le bal des hypocrites…

Les déclarations tonitruantes des responsables politiques de droite, de gauche ou du gouvernement ne se sont pas fait attendre. Spectacle affligeant où Xavier Bertrand, président LR de la région Hauts-de-France, ou la ministre Élisabeth Borne et même Jean Castex ont chacun cru bon de donner dans la surenchère verbale pour envoyer un peu de poudre aux yeux des salariés. Personne ne sera dupe. Toute la politique du gouvernement consiste à soutenir le grand patronat à coup de centaines de milliards d’euros de subventions, contenues dans le plan de relance ou non. Si les ministres se permettent de donner de la voix, c’est uniquement par démagogie politicienne, car ils ont face à eux un groupe japonais. Entretemps, les patrons d’Air France, de Renault ou la famille Mulliez peuvent faire exactement la même chose que ceux de Bridgestone – empocher des milliards de subventions au nom de la relance économique et licencier à tour de bras – mais loin de l’œil des caméras.

Le piège du dialogue social

Personne ne peut être dupe de ce manège qui se répète à chaque fermeture d’usine depuis des années. Pourtant, cela n’a pas empêché l’intersyndicale des quatre syndicats de l’usine (CGT-CFDT-Sud-Unsa) de signer un protocole avec le gouvernement pour… entamer des discussions durant cinq mois ! La valse des « contre-expertises », des « solutions industrielles alternatives », des « plans de reclassement qui ne laisseront personne sur le carreau » peut commencer. Tous les travailleurs qui ont vu leur usine fermer ces dernières années, les PSA, les Continental, les Goodyear, les GM&S parmi tant d’autres, peuvent en témoigner : les mêmes promesses leur ont été faites et aucune n’a jamais été tenue. Aucune illusion ne devrait être entretenue à ce sujet. Pourtant, l’intersyndicale semble vouloir jouer cette partition largement connue au nom du « pragmatisme ». Et, pour les salariés, elle met en place une cellule d’écoute tout en les appelant au calme pour ne pas effrayer un éventuel repreneur ! Mais faire l’agneau n’a encore jamais calmé l’appétit des loups !

La faute aux Polonais ?

Les responsables de la France insoumise et du PCF sont venus apporter leur soutien aux salariés devant l’usine dès le lendemain de l’annonce de fermeture. Les seules perspectives qu’ils proposent consistent à ingérer une bonne dose de nationalisme et de protectionnisme économique. Les responsables de la fermeture de l’usine ? Les subventions européennes accordées aux usines d’Europe de l’Est, comme en Pologne, qui finissent par devenir plus compétitives que les usines françaises, disent-ils. Mais se situer sur le terrain du nationalisme économique et de la « relance industrielle », c’est se situer sur le terrain du patronat. D’une part en l’exonérant complètement de ses responsabilités pour pointer du doigt la concurrence de « l’étranger ». D’autre part en acceptant le chantage à l’emploi au nom de la compétitivité économique nationale.

C’est oublier que la compétitivité d’une usine n’a jamais sauvé personne. Les salariés de Renault-Maubeuge l’ont appris à leurs dépens avant l’été. MCA (Maubeuge construction automobile) était l’usine compétitive par excellence, où les ouvriers fournissaient tous les efforts qu’on leur demandait pour produire en fonction des cadences décidées par la direction. Pourtant, quand Renault a lancé son offensive pour restructurer sa production, ceux de MCA ont été dans le viseur comme les autres. Et s’ils ont obtenu un très relatif répit, c’est grâce à deux jours de grève et à une grande manifestation de plusieurs milliers de personnes.

Ce n’est pas aux travailleurs de faire les frais des choix économiques du patronat. S’il y a moins de travail, alors il faut le partager entre tous. Aux patrons d’en assumer les frais en prenant sur leur profit.

Et si ça se retournait contre les patrons ?

Le rebond de la crise sanitaire au mois de septembre a pu avoir comme effet de camoufler la crise économique et sociale et le plan de relance du gouvernement tourné vers les profits capitalistes. Mais la fermeture de Bridgestone pourrait bien être l’événement qui vient briser le plafond de verre de la situation. Déjà, bien au-delà des ouvriers de l’usine elle-même, les travailleurs en discutent dans les ateliers ou les services. Des cheminots de la région y ont de la famille et se sentent solidaires. Des postiers pointent du doigt les millions d’euros de subventions publiques que le groupe a perçus. Des travailleurs de nombreuses entreprises, partout en France, expriment leur dégoût et l’injustice de cette situation. En s’adressant à tous ces travailleurs, les ouvriers de Bridgestone pourraient avoir une force considérable. Car la fermeture de l’usine intervient dans le contexte social que nous connaissons.

Ceux de Bridgestone ne sont pas seuls, loin de là

Des milliers de travailleurs font face au même moment exactement au même problème : résister pour ne pas perdre leur emploi.

Les travailleurs de Cargill à Haubourdin, à peine à 80 kilomètres de Béthune, sont en lutte depuis plusieurs mois contre le plan de licenciement de 186 d’entre eux. Ils tentent depuis le début de tisser des liens avec d’autres. Avec les cheminots, durant la grève de l’hiver dernier, un cortège commun, bras dessus bras dessous, contre la retraite à points et les licenciements, avait vu le jour dans l’une des manifestations. Et, plus récemment, ils participent à des rassemblements avec les salariés d’Agfa, de Auchan, de Top Office, tous menacés de licenciements. Le 17 septembre au matin, ils étaient aussi devant l’usine de Bridgestone pour exprimer leur solidarité.

Les liens de ce type peuvent se multiplier dans les jours et semaines à venir. C’est la première étape pour que les travailleurs de tout le pays reprennent l’offensive contre les attaques brutales du patronat. Le combat chacun de son côté, usine par usine, est voué à l’échec. C’est en coordonnant les forces de tous qu’il sera possible de sauvegarder l’emploi de chacun.

24 septembre 2020


[1Voir notre article du 18 septembre dernier sur le site de Convergences révolutionnaires : Accords de performance collective (APC) : quand le patronat fait sa loi 

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Numéro 132, septembre-octobre 2020

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