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Santé

À propos de Big Pharma, labos tout-puissants

Mis en ligne le 4 octobre 2020 Convergences

Big Pharma, labos tout-puissants

Documentaire de Claire Lasko et Luc Hermann, diffusé le mardi 15 septembre sur Arte et disponible sur arte.tv jusqu’au 14 février 2021.


L’industrie pharmaceutique peut gravement nuire à votre santé

Les réalisateurs brossent le sombre portrait des laboratoires : scandales sanitaires, rémunération des médecins pour soutenir les ventes, ententes pour faire grimper les prix et, finalement, tarification exorbitante. Comme pour le Kymriah, un anticancéreux utilisé dans la lutte contre la leucémie, vendu 300 000 € alors qu’il pourrait coûter dix fois moins.

Très instructif, le documentaire revient sur ceux qui résistent aux labos. Il s’ouvre par le combat des victimes de la Dépakine, un antiépileptique commercialisé par Sanofi, qui augmente les risques de malformation chez l’enfant quand il est pris par les femmes enceintes – risques que connaissait Sanofi depuis au moins 2003 sans avoir modifié les précautions d’usage. Et il se termine par le mouvement Mezis (pour « Je paie ma nourriture »), un groupe de médecins en Allemagne qui refuse que les labos financent les congrès médicaux. Car c’est un des plus sûrs moyens des laboratoires de vendre leurs produits en s’assurant que les docteurs les prescrivent.

De ce point de vue, le documentaire souligne ce que l’industrie pharmaceutique a de dangereux pour la santé. Et en revenant dans le détail sur chaque affaire, il évite toute dérive complotiste.

Quelques limites

Si l’on voit poindre, à plusieurs reprises, l’appui complice des États qui délivrent des blancs-seings et mettent leur budget à la disposition des vautours du médicament, les réalisateurs préfèrent placer l’administration dans la position de victime des multinationales. Et laisser à Marisol Touraine, ancienne ministre de la Santé, le beau rôle d’avoir obtenu que le Sovaldi contre l’hépatite C soit vendu à « seulement » 80 euros dans les pays pauvres.

En réalité, les liens entre l’État et les labos sont plutôt symbiotiques. L’État verse ainsi plus de 100 millions d’euros par an à Sanofi au titre du crédit d’impôt recherche. Pourquoi pas, si, dans le même temps, le groupe ne licenciait pas, notamment dans la recherche et développement – encore 1 700 postes passés à la trappe en juin dernier. C’est que depuis quelques années, les labos préfèrent piller directement les résultats des centres publics de recherche – sans que cela n’émeuve les hauts cadres de la santé publique. Ne pas faire de la recherche, cela réduit les risques de ne rien trouver ! Ce qui n’empêche pas d’imposer, finalement, des prix prohibitifs. On aurait aimé en savoir plus sur ces négociations tarifaires entre autorités de santé et représentants des labos. Pour les médicaments que l’on ne peut comparer à d’autres, le Comité économique des produits de santé qui fixe les prix dispose de quinze jours pour instruire le dossier et rendre un avis. Sous la pression de ladite « valeur thérapeutique » invoquée par les labos – le médicament vaut bien un prix élevé, puis qu’on vous dit qu’il traite une maladie jusque-là pas soignable ! – l’État se retrouve bien souvent à accepter le prix de l’industriel.

Le documentaire soulève une autre question : où réside la cause de ces scandales ? Plusieurs intervenants évoquent les dérives récentes d’un système financiarisé. Une réponse incomplète puisque la recherche pharmaceutique d’il y a cinquante ans délaissait tout autant les maladies qui n’étaient pas « rentables » – comprenez, les maladies des gens pauvres – comme la malaria, la tuberculose… Pour cette dernière, les Nations unies estiment pourtant qu’il faudrait 2,2 milliards d’euros par an pendant cinq ans pour finaliser le développement en cours de nouveaux diagnostics, de nouveaux médicaments et d’au moins un nouveau vaccin – deux fois moins que les 4 milliards de dividendes versés par Sanofi cette année !

Un État à leur service, un système de brevets qui garantit le monopole sur des remèdes – et qui laissent la possibilité de choisir qui on soigne… ou pas –, les pressions clientélistes sur les médecins… voilà la recette des labos pour garantir leurs profits au détriment de notre santé. Le contrôle des patients sur les effets secondaires et celle des travailleurs du secteur sur les recherches en cours, la réalisation des essais cliniques par des chercheurs indépendants, des moyens pour instruire les dossiers et suivre les médicaments, la suppression des brevets, ce serait un bon début pour sortir le médicament de l’ornière dans laquelle les intérêts privés subventionnés par l’État l’ont placé.

27 septembre 2020, Bastien Thomas

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Numéro 132, septembre-octobre 2020