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Archives > Convergences révolutionnaires > Numéro 132, septembre-octobre 2020 > Éducation nationale

Éducation nationale

Une enseignante d’un lycée professionnel de l’est de la France nous parle de sa rentrée…

Mis en ligne le 1er octobre 2020 Convergences Politique

Comment s’est passée cette rentrée ?

Sans doute une des pires que j’ai vécue, et bien des collègues autour de moi font le même constat. C’est vrai qu’entre un protocole sanitaire inepte et la mise en application des réformes Blanquer de l’enseignement professionnel, qui le sont tout autant, on ne sait plus trop où donner de la tête !

Justement, que dire de ce protocole sanitaire ? Et de ses conséquences dans ton lycée ?

On a vraiment l’impression que tout est fait pour que ça tourne et surtout… pas de vagues !

Alors que, dans mon lycée, le taux de décrochage à partir du mois de mars dernier était bien plus proche des 80 % que des 8 % invoqués par le gouvernement, on se retrouve dans des classes bondées à 30 élèves, sans une chaise de libre, avec des fenêtres qui s’ouvrent à peine ! Aucun aménagement des emplois du temps, aucune pause supplémentaire permettant de respirer, alors que le masque est obligatoire partout. Alors pas étonnant que, dans ces conditions, auxquelles s’ajoutent la suppression d’un poste de CPE et la réduction du nombre d’assistants d’éducation, ça craque !

Dans les classes, c’est soit les regards tristes, fermés des jeunes, l’atonie, le mutisme, soit l’agressivité qui explose…

Dès la deuxième semaine de rentrée, il y a eu un cas positif avéré dans une de mes classes. Consignes du rectorat à l’administration : vous relevez les cas contacts, c’est-à-dire uniquement les personnes ayant été en contact avec l’élève malade au moins 15 minutes sans masque… S’il y a un problème, ce sera donc finalement de notre faute, ou de celle des élèves, car le port du masque ou les gestes barrières n’auront pas été respectés ! Quand on sait le coût que les masques représentent pour les familles, pas étonnant que l’on voie, quand on circule en classe, des masques parfois sales, parfois cassés, qui servent dans certains cas plusieurs jours d’affilée… Et, du côté des profs, on nous a distribué un masque lavable en tissu par demi-journée, (présenté comme un grand luxe car, dans la plupart des lycées, c’était 4, pas plus !) avec lequel il est impossible de parler sans s’étouffer ! Résultat une majorité de collègues financent eux-mêmes l’achat de masques chirurgicaux pour arriver à bosser.

Et du côté de la mise en application des réformes Blanquer ?

La réforme de l’enseignement professionnel avait déjà commencé à être appliquée à la rentrée précédente, et cela continue malgré les conditions de cette rentrée en pleine crise sanitaire. On commence à en voir clairement les conséquences. Que ce soit en CAP ou en Bac Pro, c’est partout des suppressions d’heures d’enseignement général (en français, histoire-géographie, mathématiques, etc.) remplacées par des nouveaux dispositifs qui subordonnent les connaissances disciplinaires à l’enseignement professionnel. Une de ces nouveautés est la mal nommée « co-intervention » où deux professeurs, l’un d’enseignement professionnel, l’autre d’enseignement général, sont censés faire cours ensemble en élaborant des projets qui croisent leurs programmes : une vraie usine à gaz ! Non seulement aucune heure de réunion n’est attribué aux profs pour préparer ces fameux projets, mais on se retrouve à 32 dans une salle sans aucune possibilité matérielle de dédoubler la classe ou faire des groupes, pour tenter d’enseigner un peu quelque chose de notre discipline. Mais, finalement, peu importe aux responsables du ministère si les élèves des lycées professionnels perdent encore un peu plus d’heures de français et d’histoire-géographie. Travaille et tais-toi : voilà le mot d’ordre des nouveaux programmes à la Blanquer ! D’ailleurs, les modifications des programmes d’histoire et de géographie en disent long : exit le peu de chapitres sur l’histoire du mouvement ouvrier, sur les luttes des femmes, sur le régime de Vichy… On passe à des têtes de chapitres aux dénominations proches de celles d’une préparation à un concours de l’Éducation nationale ! En CAP, avec une heure de cours par semaine, vous traiterez, par exemple : « La France, de la Révolution française à la Ve République : l’affirmation démocratique ».

Si des élèves ont des difficultés, ils pourront bénéficier du nouveau dispositif d’accompagnement « personnalisé »... à 30 dans une classe ! La bonne blague ! Sans parler des élèves migrants qui avaient quelques heures dédiées à l’apprentissage du français, une misère déjà dont la dotation a été divisée par deux. Alors qu’ils sont, pour la plupart d’entre eux, arrivés en France il y a à peine deux ans, ils sont complètement perdus dans la masse désormais.

Alors, c’est sûr que, dans ces conditions, quand on nous demande de faire toujours plus avec toujours moins de moyens, une petite goutte d’eau peut faire déborder le vase. Et la goutte d’eau, eh bien, ça a été la photocopieuse et l’imprimante de la salle des profs, qui, une fois de plus, sont tombées en panne… En fait, plus qu’une goutte d’eau, c’est le fleuve de la dégradation des conditions de travail, de l’incohérence généralisée, qui a poussé plus de la moitié des collègues à se réunir. Alors que, d’habitude, les heures syndicales peinent à regrouper, là, tout le monde a pris la parole, un cahier de revendications a été rédigé et déposé à la direction. Et il est certain que non seulement les collègues suivront de près les réponses de la direction, mais que cela pose certainement des bases pour continuer à se battre dans les semaines à venir.

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Numéro 132, septembre-octobre 2020

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