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DOSSIER : Déclaration de guerre aux cheminots, guerre à tous les travailleurs

Veillée d’armes... Émoussées par certains ? Aiguisées par d’autres !

Mis en ligne le 23 mars 2018 Convergences Entreprises

Quand Édouard Philippe a annoncé les grandes lignes de son chamboulement de la SNCF, et qui plus est son intention de le faire passer par ordonnances, non seulement les cheminots ont rapidement mis la nécessité de réagir par la grève au centre des discussions dans tous les services, y compris dans le personnel d’encadrement, mais les fédérations syndicales CGT, SUD, Unsa, FO et même CFDT ont aussitôt agité la menace d’une « mobilisation d’ampleur ». Le soir même des annonces du premier ministre, Philippe Martinez et Laurent Brun, respectivement secrétaire de la confédération CGT et secrétaire de la fédération CGT des cheminots, se disaient prêts pour un conflit dur et parlaient d’un mois de grève ; la CFDT de son côté – vrai tremblement de terre ! – évoquait une grève reconductible dès le 14 mars... Trois semaines viennent de s’écouler depuis les déclarations du gouvernement sans pourtant qu’aucune perspective de grève au-delà de la journée du 22 mars ne soit annoncée. Depuis le 1er mars, les leaders de tous les syndicats se succèdent au ministère des transports et du travail pour des concertations, les uns après les autres et à la queue leu-leu. Que leur dit-on et que disent-ils ? Les cheminots n’en savent rien, sauf que des conciliabules pourraient courir sur deux mois. C’est donc l’attente d’un appel à la grève, qui semble incontournable par rapport à l’attaque, dont un bon nombre de cheminots se consolent pour l’instant avec la perspective de la journée de manifestation du 22 mars.

La date du 22 mars dans le paysage, mais...

Cette manifestation du 22 mars est donc une date dans le paysage, un peu biaisée il faut le dire, parce qu’elle est le report d’une manifestation nationale cheminote à Paris programmée par la seule CGT le 8 février dernier et annulée à cause de la neige. Mais c’est une opportunité qui va prendre à coup sûr un tout nouveau relief face à l’offensive lancée par le gouvernement contre les cheminots. Il s’agit à ce jour d’une journée de manifestation et pas d’appel national à la grève (l’argument des leaders de la CGT étant que pour venir à Paris, il faut que les trains roulent !). Des préavis locaux seront néanmoins posés, notamment dans les métiers qui n’impactent pas fortement les circulations, et peut-être la fédération Sud Rail déposera-t-elle un préavis national... Interrogations. Tergiversations si ce n’est tangentes ! Il faut rappeler qu’en mai 2014, face à un premier projet de réforme, vingt mille cheminots avaient défilé à Paris dans le cadre d’une telle manifestation, avant de se lancer en grève reconductible deux semaines après. Partout en France, le vaste milieu cheminot (150 000 salariés auxquels il faut ajouter les entreprises filiales et sous-traitantes), malgré son éparpillement extrême, attend mais aussi et surtout prépare cette journée du 22 mars. Dont personne n’ignore qu’elle dépasse les cheminots puisque vont se retrouver avec eux des salariés de la fonction publique et des jeunes, dans des cortèges qui, à défaut d’être communs (calculs syndicaux obligent !), vont ou devraient converger. Pour les cheminots, cette journée est un début...

Et quelle suite ? À quand la vraie grève ?

Du côté des directions syndicales, de toutes et selon les modalités et le style qui leur sont coutumiers, on souffle le chaud et froid. Les dirigeants de la CGT, fédération qui pèse encore un poids certain à la SNCF, en jouent en experts : pas une déclaration ou un communiqué de Montreuil dans lequel il n’y ait à la fois l’allusion à un « conflit dur » mais aussi le rappel que le calendrier gouvernemental laisserait du temps (promulgation des ordonnances pour la fin mai). À la CGT en interne, c’est un semblant de démocratie (comme toujours). La fédération CGT a lancé le 5 mars une sorte de consultation interne informelle en demandant à toutes ses structures de lui faire parvenir au plus tard le 14 mars des motions se positionnant sur les modalités de la future grève : quand et comment ? À l’heure où nous écrivons, nous ne connaissons pas les résultats de cette consultation. Grève mais quelle grève ? Carrée ? Reconductible ?... et sur combien de jours ? Pour le moment, on entend surtout l’habituel « temps nécessaire à la construction du rapport de force », on distille dans certaines instances qu’il ne faudrait pas partir « trop vite » en reconductible, qu’il y aurait encore du travail militant à faire, que la question financière serait à prendre en considération, que les grèves reconductibles perdues de 2014 et 2016 auraient laissé des traces, qu’il faudrait donc préférer à la grève reconductible classique une modalité de deux à trois jours de grève par semaine, reconductible semaine après semaine. Quant à Sud Rail, on s’y dit plus vite partisan de la grève reconductible, mais... des responsables tiennent d’ores et déjà le discours selon lequel il serait compliqué si ce n’est impossible d’agir différemment de la CGT et que même si les modalités retenues n’étaient pas celles qui ont la préférence de Sud, il faudrait bien s’aligner... Unité, unité !

Il faut encore noter que les fédérations cheminotes, à commencer par la CGT, dans leurs communiqués ou leurs tracts, ne fixent aux cheminots, que des objectifs qui leur sont propres, ou des objectifs de défense du service public. Comme si, dans le contexte des attaques de Macron, ne s’imposerait pas un front commun contre patrons et gouvernement, de tous les travailleurs du public et du privé, pour leurs salaires et pour des embauches massives qui seules mettraient fin à la dureté des conditions de travail.

Conclave du 15 mars

Le 15 mars, les directions des différents syndicats vont donc se rencontrer pour fixer des dates et une stratégie. Ces dernières années, au nom de l’unité syndicale qu’il faudrait préserver à tout prix et serait la condition absolue de la victoire, les fédérations se sont alignées sur la position de la direction de la CGT. C’est cette même stratégie qui a valu qu’en 2016, entre le mois de février où le gouvernement avait annoncé ses attaques contre les cheminots et le moment où ceux-ci ont finalement été appelés à la grève reconductible, en juin, il s’est écoulé plus de deux mois au terme desquels les effectifs de grévistes s’étaient réduits de moitié.

Mais il n’est pas dit que cette année, les responsables de la fédération CGT arrivent à convaincre qu’il faille tergiverser.

La patience a des limites

La colère est largement partagée et la grève, ainsi que ses difficultés, se discutent partout. Quand la fédération CFDT, au soir des annonces de Édouard Philippe, a rendu public qu’elle proposait aux autres organisations syndicales de lancer la grève reconductible le 14 mars, bien des collègues ont vu là le signal d’un coup d’envoi de la riposte et s’imaginaient être appelés à la grève le 14. Cela donne une idée du climat. Tout le monde le constate : il y a davantage de discussions et d’ambiance que dans les semaines qui ont précédé les mouvements de grève de 2014 et de 2016, et ce malgré le peu de tracts syndicaux et de tournées militantes dans les chantiers. Des cheminots en très grand nombre sont prêts à en découdre et attendent le feu vert des syndicats. Ils n’attendront probablement pas encore des semaines. Déjà des réunions ont lieu, syndiqués et non syndiqués, des assemblées générales sont prévues. Comme toujours rien n’est simple, mais une génération se prépare, de cheminots combatifs – et politiques – qui aspirent à une grève massive et démocratique, qui sera la condition d’une victoire face au gouvernement et aux patrons de la SNCF. 

Pierre CARDON et Stella MONNOT

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Numéro 118, mars-avril 2018