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DOSSIER : Déclaration de guerre aux cheminots, guerre à tous les travailleurs

RER C-olère

Mis en ligne le 23 mars 2018 Convergences Entreprises

La direction de « Transilien » a réorganisé en profondeur les Établissements gares transilien (EGT) dont dépendent les milliers d’agents commerciaux, d’escale et équipes mobiles des lignes de banlieue parisienne. La mise en place des « petits collectifs [1] » a été la goutte qui a fait déborder le vase de la colère.

Lundi 5 mars, deux rassemblements simultanés de plus de 150 agents de la ligne C du RER ont eu lieu pour interpeller la direction. À la gare d’Austerlitz, une brochette de CRS a empêché les cheminots de rentrer dans les bureaux. La direction est descendue dans les locaux de la CGT, face à 80 cheminots en colère. À Juvisy, en banlieue parisienne, le directeur d’établissement (DET) a reçu les 70 agents dans le parking, sous un soleil glacial et surtout, sous un feu roulant d’interventions contre les conséquences de la politique de la direction.

Insécurité au quotidien, manque d’effectifs, absence totale de communication envers les agents, changement de roulements, suppression des bulles d’accueil, suppression du temps de vestiaire avant la prise de service, suppression de postes, affectations loin du domicile qui engendrent des frais supplémentaires d’essence et de nounou, glissement (c’est-à-dire ajout) de tâches, absence d’augmentations et de requalifications, rapports faits sur des chefs abusifs ou racistes qui disparaissent par magie… une trentaine d’agents ont pris la parole pour dénoncer leurs conditions de travail de plus en plus insupportables.

Face au flot d’invectives et de revendications, le directeur d’établissement, constamment interrompu, a peiné à aller au bout de sa langue de bois. De toute façon, il n’avait pas grand-chose à dire. Reconnaissant le manque d’effectifs, le cœur du problème, il a annoncé un recrutement de 10 à 20 CDD et intérimaires sur l’ensemble des gares dont il a la responsabilité. La réponse a fusé : il faut plus d’embauches en CDI et au statut ! Et quand il a blâmé « une société devenue trop violente » pour justifier le mécontentement et la violence des usagers, une cheminote lui a rétorqué que « si la SNCF et le gouvernement ne cassaient pas le service public et y mettaient plus de moyens, les usagers n’auraient pas de raisons de s’attaquer aux agents ! ».

La nécessité d’une grève a été soulevée, seul moyen d’établir un vrai rapport de force et d’imposer les revendications à ces enfumeurs professionnels de la direction. La journée du 22 mars est une perspective de mobilisation.

La région SNCF de Paris rive gauche, qui va de Chartres à Dourdan en passant par Montparnasse et Austerlitz, a connu bien des mobilisations en deux mois : grève des conducteurs banlieue et grandes lignes en décembre, des aiguilleurs et de l’équipement (les cheminots des voies) en janvier et février, et maintenant des agents commerciaux et d’escale. Mis bout à bout, les petits wagons de la colère pourraient faire démarrer le train d’un mouvement de tous les cheminots ! 

Myriam RANA


[1Une réorganisation en petites équipes d’une dizaine de cheminots, dont le périmètre d’intervention et les tâches sont élargis, et qui doivent se remplacer les uns les autres en cas de maladie ou de congés, etc. Une machine à supprimer des postes !

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Numéro 118, mars-avril 2018

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