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DOSSIER : Déclaration de guerre aux cheminots, guerre à tous les travailleurs

Privilégiés ?

Mis en ligne le 23 mars 2018 Convergences Entreprises

Il faut d’abord reconnaître qu’il y a des privilégiés à la SNCF : les cadres dirigeants. Le gouvernement le sait bien. Il y a eu notamment Mme Parly, ministre de la Défense, qui a passé quelques mois dans un grand bureau pour le modique salaire de 50 000 euros par mois. Pepy, lui, touche 450 000 euros par an, la rémunération maximale dans une entreprise publique. Inutile de dire qu’une belle brochette de patrons ne sont pas au « statut », même s’ils font monter en flèche la moyenne des salaires à la SNCF.

Mais les cheminots qui font rouler les trains, eux, ont des petits salaires. C’est même une sorte de donnant-donnant à l’embauche : le fameux statut contre des rémunérations bien inférieures aux autres branches, à qualification égale. Et si beaucoup de mensonges ont circulé à propos des primes sur les réseaux sociaux, il en est pourtant une qui n’a pas été commentée : la prime que touche un jeune embauché en début de carrière à l’exécution… obligatoire pour que son traitement atteigne le smic. Car les premiers échelons de la grille de salaire sont en dessous du smic !

Que contient le statut ?

Une grille de salaire, comme en connaissent tous les salariés des grandes entreprises ou ceux des secteurs soumis à convention collective. Elle commence très bas et monte très haut – mais la majorité des cheminots ne verra que le bas de l’échelle jusqu’à la fin de carrière. La progression lente et arbitraire sur la grille constitue la seule possibilité d’améliorer le salaire car depuis des années, les augmentations générales sont faibles ou inexistantes, comme partout.

Des droits syndicaux, quasiment les mêmes que dans le privé.

Le régime spécial de maladie. Les cotisations maladie sont les mêmes que dans le privé, mais la SNCF a développé un réseau d’offre de soins accessible gratuitement aux cheminots. Cela est lié au nécessaire suivi de la santé de tous ceux qui ont des postes de sécurité (conducteurs, aiguilleurs, etc.).

Le régime spécial de retraite. La retraite suscite tous les fantasmes. Elle est pourtant quasiment alignée sur celle des fonctionnaires depuis 2007 – même si l’ajustement est progressif. Un jeune cheminot devra cotiser 43 ans pour obtenir une retraite à taux plein dont la pension sera égale à 75 % de son dernier traitement, sans compter la plupart des primes qui constituent une grande partie de la rémunération. La seule « spécialité » tient à l’âge de départ : 57 ans pour les sédentaires et 52 ans pour les roulants. Mais pour avoir 43 annuités à 52 ans, il faudrait avoir commencé à… 9 ans ! Comme Macron ne compte par rétablir le travail des enfants (pour l’instant), plus aucun cheminot ne pourra partir à 52 ans avec une pension décente. D’autant que la décote s’applique comme à tous les autres salariés.

Enfin, une forme de garantie de l’emploi, semblable à la fonction publique, acquise après un an de période d’essai. Passé cette période, les licenciements sont toujours possibles à la SNCF mais uniquement sous des prétextes disciplinaires. Ils sont même nombreux, relativement aux grandes entreprises privées : plus de 400 par an. L’échelle des sanctions occupe une place centrale dans le fameux « statut » qui est essentiellement un code disciplinaire contre les cheminots. Cette garantie de l’emploi, toute relative, permet quand même aux conducteurs ou aux aiguilleurs de se soustraire partiellement aux pressions de la hiérarchie et de refuser les ordres contraires à la sécurité ferroviaire. Le statut empêche aussi les licenciements collectifs ou les licenciements économiques, mais ne protège pas des suppressions de postes, loin de là !

Pourquoi le gouvernement veut-il la fin du statut ?

La fin du statut permettra de procéder à des licenciements économiques et facilitera le transfert des cheminots aux compagnies privées qui pourraient prendre des marchés à la SNCF. En cessant dès cette année les embauches au statut, la caisse de prévoyance des cheminots (retraite et maladie) sera condamnée à court terme faute de cotisants.

Concrètement, les acquis liés au statut se sont rétrécis comme peau de chagrin ces dernières années. Tout ce qui concerne le temps de travail (amplitude, planning) n’est pas dans le statut mais relève d’un décret-socle au rabais, d’une convention collective et d’un accord d’entreprise qui permet toute la souplesse possible à la direction de la SNCF [1]. Déjà, entre 25 et 30 % des embauches se font hors statut. Le recours à la sous-traitance, aux contrats courts, aux emplois aidés et à l’intérim s’intensifie dans tous les services.

C’est pour montrer les muscles qu’Édouard Philippe et Macron ont tenu à mettre en avant la fin du statut. Ils en ont fait un défi politique lancé à l’un des secteurs les plus organisés et combatifs de la classe ouvrière. L’avenir proche de l’ensemble des travailleurs, de tous les secteurs, dépend de l’issue de ce pari gouvernemental.

Il faut donc mettre Macron en échec. Il faut certes défendre le statut, en pointant toutes ses limites, mais pas le statu quo. Il faut étendre les quelques protections du statut d’abord à tous les salariés SNCF mais aussi à tous les travailleurs du rail – sous-traitants, filiales, etc. Et même, à tous les secteurs qui ploient sous la menace des licenciements collectifs ! Et revendiquer, non pas le maintien d’un bout de papier, mais un contenu concret (salaires, conditions de travail, l’interdiction des licenciements collectifs, embauches) dans lesquels les salariés d’autres secteurs pourraient se reconnaître.

Raphaël PRESTON


[1Depuis la réforme de 2016, voir le dossier de Convergences révolutionnaires no 106.

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Numéro 118, mars-avril 2018

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