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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 100, juin-juillet-août 2015

Ras-le-bol, débrayages, rassemblements : un spectre hante les usines PSA

Mis en ligne le 27 juin 2015 Convergences

PSA vide ses usines. Certains sites sont plus visés que d’autres, mais les conséquences sont les mêmes partout : des cadences et des accidents de travail qui augmentent. À Saint-Ouen aussi, l’usine se vide et l’inquiétude monte. Mais les réactions sont toujours là. Même minoritaire, la colère contre les attaques des patrons se fait entendre.

« Les sites PSA Saint-Ouen, Poissy et Rennes menacés ».Voilà ce qu’on peut lire et entendre dans les médias. L’idée de la fermeture prochaine des usines résonne dans toutes les têtes depuis des années maintenant, et ce n’est pas la progressive désertion des allées sillonnant les sites qui peut rassurer.

Sur les trois usines, même scénario, même plan de suppressions de postes. L’usine du centre ville de Saint-Ouen a perdu 145 salariés en trois ans [1]. Des plans de départs volontaires au plan de retraites anticipées, Saint-Ouen prend régulièrement des airs de Pôle Emploi jusque dans les réunions de secteur, le patron n’hésitant pas à faire venir de potentiels employeurs. PSA joue de l’avenir incertain de ses usines et du matraquage promotionnel pour encourager ses salariés à accepter des conditions de départs minimes. On peut s’attendre à une nouvelle vague de départ d’une centaine de travailleurs cette année, ce qui ramènerait les effectifs du site en dessous de la barre des 500.

Une de ces « usines de la peur » propres à Citroën

Construite en 1847, alors que les usines quittent Paris pour la proche banlieue, le site de Saint-Ouen est racheté en 1924 par André Citroën qui se lance dans l’industrie phare de la période : l’automobile. Travaillent là, à l’époque, 3 200 personnes. Dédiée depuis à l’emboutissage, l’usine reste aujourd’hui la seule du groupe PSA à exercer cette activité. Les principales machines sont des presses qui donnent la forme à la tôle, dans un vacarme du tonnerre. Acouphènes et pertes d’audition sont les premiers risques professionnels.

Les pièces mécaniques fabriquées intègrent les organes des véhicules montés dans les usines terminales de PSA, d’Europe et d’ailleurs. Autant dire que l’activité est directement liée à celle de l’ensemble du groupe, bien que depuis plusieurs années déjà, une partie croissante soit externalisée.

L’outillage (où sont fabriqués et réparés les outils destinés aux presses) était une activité importante il y a quelques années encore. Aujourd’hui, elle se réduit comme peau de chagrin. Du côté ferrage (où sont soudées certaines pièces) pèse la menace de fermeture. La direction compte utiliser une partie de la surface pour stocker des bacs de pièces actuellement entreposés dans un magasin de Gefco à Survilliers (95). But de l’opération : économiser la location du magasin. Au courant, les ouvriers s’interrogent sur leur avenir. Une partie d’entre eux est déjà en train de quitter le secteur, par mutation vers un autre service de l’usine ou en abandonnant la boîte. La direction nie pourtant vouloir fermer une partie du ferrage, renforçant la colère des ouvriers concernés. Même l’activité principale de l’usine – l’emboutissage – est sous le coup d’arrêts de presses et de suppressions de postes.

Un air de déjà vu

Ceux des sites d’Aulnay (fermé en 2013), de Melun (fermé en 2010) ou d’Asnières (usine qui n’existe plus depuis plusieurs années mais qui n’a jamais été fermée officiellement), qui se retrouvent aujourd’hui à Saint-Ouen, reconnaissent les méthodes employées par la direction dans leurs anciennes usines : vider par petits bouts le site pour mieux le fermer. Pour eux, et c’est légitime, cela ne présage rien de bon.

Mais fermeture ou pas, dans l’immédiat le problème est ailleurs. L’usine peut tourner encore plusieurs années avec toujours moins d’effectifs et pourtant une activité quasi identique. Avec l’objectif pour PSA d’augmenter ainsi les profits. Le problème est donc aujourd’hui de savoir dans quelles conditions le travail peut continuer à se faire : avec quelles conséquences pour ceux qui partent (chômage, précarité, pensions de retraite au rabais) comme pour ceux qui restent.

Vider les usines et pressurer les salariés

Si PSA pousse à partir, si l’usine se vide, la machine à bénéfices continue de tourner pour PSA. Les collègues qui partent avec les différents congés seniors ou de reclassement ne sont pas remplacés. Le travail est alors redistribué à ceux qui restent.

Chaque année à cette période, une avalanche d’heures supplémentaires est déclenchée dans toutes les usines. Grâce à un accord signé par la majorité des syndicats, les ouvriers sont désormais obligés de travailler certains samedis quasiment gratuitement ! Belle aubaine pour le patron que ces semaines de six jours. La pilule des heures supplémentaires non payées est pourtant difficile à avaler et les ouvriers le font savoir. Les réactions sont peu ou pas médiatisées, mais toujours significatives – des discussions entre collègues aux actions collectives.

Des débrayages ont eu lieu, et pas qu’à Saint-Ouen en début d’année, pour protester contre ces samedis gratuits. Plusieurs dizaines ou centaines d’ouvriers selon les sites ont exprimé leur refus de trimer gratuitement. À Saint-Ouen, la direction a dû reculer et réduire le nombre d’heures supplémentaires obligatoires au profit d’heures au volontariat, payées.

Mais la cupidité de la direction n’a pas de limite. Le lundi de Pentecôte, qui n’est d’ordinaire pas travaillé, la direction a demandé aux ouvriers de venir 10 heures d’affilée (au lieu de 7 d’habitude) en ne payant que 3 heures majorées comme un jour férié. « 10 heures d’affilée. Et même pas un mars pour qu’on tienne la journée, tu parles de radins ! »

L’usine de l’insécurité

La course à la productivité engendre des situations désastreuses de fatigue, stress, lassitude, et surtout une augmentation des accidents de travail et des maladies professionnelles.

En 2014, la direction avait essayé de cacher un accident, encourageant la victime à signer une feuille qui niait l’accident. Il a refusé de signer et toute l’équipe a débrayé pendant près d’une journée pour demander des explications à la direction. Après quoi l’accident a été reconnu. Dès que PSA le peut, ce sont des pressions sur les accidentés pour qu’ils ne déclarent pas d’accident à la Sécurité sociale.

Et en cas d’accident, c’est toujours le même type de communication : la direction affiche des consignes de sécurité qui se résument souvent à imposer le port d’encore plus d’EPI (Équipements de protection individuelle) – encore faudrait-il qu’il y en ait suffisamment – et à sous-entendre que la victime serait l’unique responsable de son sort.

Le ton paternaliste est monnaie courante à l’usine. Cela va du « tiens la rampe quand tu montes l’escalier » au « il faut nous signaler tout problème de sécurité » (celui qui le dit est généralement absent lorsqu’il y a un problème) en passant par le charmant « il faut nous avertir des collègues qui n’ont pas respecté une consigne de sécurité » (message fort heureusement très peu respecté, sauf par certains chefs). Mais quand on dénonce le fait que des étagères de plusieurs tonnes menacent de s’effondrer sur nos têtes, la direction fait la sourde oreille.

De la colère à revendre

À Mulhouse, Sochaux, Poissy, Rennes ou Saint-Ouen, des répliques collectives ont fréquemment lieu. La dernière grève majoritaire à Saint-Ouen est encore dans les esprits. En avril 2009, après plusieurs semaines de 6 jours de travail, 80 % des ouvriers ont débrayé toute une journée et imposé à la direction un seul samedi obligatoire par mois et le paiement d’un supplément de prime.

À Aulnay, la grève a été payante même si elle n’a pas été victorieuse. Les grévistes se sont fait entendre sur le plan national et c’est ce qui a contribué à améliorer les conditions de départ et les reclassements de la majorité des travailleurs de l’usine.

9 juin 2015, Élise VIDA


Une épidémie qui touche tous les sites de PSA

La colère s’exprime dans de nombreux sites. Il s’agit souvent de débrayages ou de grèves sur des points précis, avec des explosions bien réelles mais isolées les unes des autres :

À Rennes, au mois de mai, après la décision de la direction de supprimer la prime d’équipe et les lignes de car qui transportent les salariés entre leur domicile et l’usine, 800 ouvriers se mettaient en grève toute une journée. Au moment où l’on écrit, ils ont débrayé de nouveau contre l’overtime [2] et la suppression de la prime d’équipe, avec l’idée de remettre ça les jours suivants.

À Poissy, deux salariées ont été licenciées pour une altercation verbale entre elles, et un salarié est menacé de licenciement pour avoir conservé une paire de gants usagés dans son sac. Chose qui se fait couramment pour ne pas avoir à chercher des gants, le lendemain, quand on reprend le travail. Mais PSA n’est plus à une provocation près. Lors du samedi obligatoire qui a suivi ces menaces, une quinzaine d’ouvriers a débrayé contre les samedis obligatoires et contre le licenciement de leurs collègues. Mardi 9 juin, ce ne sont pas moins de 110 collègues qui se sont mis en grève pour dire ce qu’ils pensaient des intimidations de PSA, forçant la direction à s’expliquer devant les journalistes.

É. V.


Un PSE au cas par cas : bienvenue au licenciement à la chaîne

Les départs de PSA se font au cas par cas et chacun voit ses conditions de départ changées par rapport aux collègues. Les primes de licenciement (car il s’agit bien de cela, même si PSA parle de « départs volontaires »), comme l’argent versé pendant les congés senior ou de reclassement, sont calculés en fonction de l’ancienneté et du salaire. Aucune garantie n’est donnée sur les conditions financières. Tout n’est que promesse. Ce n’est qu’une fois les primes reçues que l’ouvrier peut les vérifier. C’est-à-dire une fois le contrat rompu, trop tard en cas de problème. Un véritable PSE individualisé tout bénef’ pour PSA ! Les salariés sont seuls face au staff bien rodé des RH et Cie.

Et autant dire que PSA ne se soucie guère de savoir ce qui se passe pour les collègues partis. Il y a des « quotas de départs » à remplir pour chaque usine, la direction n’a que ça en tête.

Il faut aider les langues à se délier pour que les candidats au départ échangent leurs informations, et détectent où sont les pièges. Car il y en a ! Par exemple, le congé senior c’est 70 % du salaire qui tombe jusqu’à la retraite. Et pour beaucoup, c’est très peu. Surtout s’il faut tenir 5 ans comme ça.

É. V.


[1De 716 en décembre 2011, il n’y avait plus que 571 personnes sur le site fin 2014.

[2Rallongement de séance de travail annoncé au dernier moment.

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