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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 100, juin-juillet-août 2015 > Espagne

Espagne

Podemos, un an après

Mis en ligne le 27 juin 2015 Convergences

Il y a un an, Podemos créait la surprise en obtenant près de 8 % aux élections européennes, et obtenait cinq députés européens [1]. La formation, jeune de quelques mois seulement, dirigée par le médiatique et populaire Pablo Iglesias, cristallisait dans les urnes le mécontentement qui s’était exprimé dans le pays par de multiples mobilisations sociales : le mouvement des « indignés » dit du 15-M (pour le 15 mai 2011), les différentes « marées », comme la marée blanche pour la défense de la santé publique, la marée verte pour la défense de l’éducation publique, ou le mouvement anti-expulsions, la PAH (Plateforme des personnes affectées par les hypothèques). Sans oublier les deux journées de grève générale en 2012 qui avaient été appelées par les principales centrales syndicales.

Un parti neuf à la conquête du gouvernement ?

Dès le soir des européennes, la direction de Podemos avait clairement marqué le cap : il fallait faire de Podemos un parti susceptible de remporter les élections, de se retrouver à la tête du gouvernement. Toute l’énergie de Podemos, qui a suscité les espoirs des milliers de personnes qui l’ont rallié, a été dirigée en ce sens.

Au congrès fondateur d’octobre 2014, la direction autour de Pablo Iglesias s’était imposée largement face à d’autres secteurs plus ou moins critiques provenant de l’extrême gauche ou de la mobilisation des indignés. Le parti devait être « efficace », « centralisé » pour gagner les élections, tel était l’axe politique de Pablo Iglesias. Le but était de créer une « machine de guerre électorale », comme le résumait Íñigo Errejón, considéré comme le numéro 2 du parti.

Fin 2014, Podemos atteignait jusqu’à 30 % dans les sondages et se retrouvait parfois devant les autres partis. Le 30 janvier 2015, une manifestation à l’appel de Podemos regroupait des dizaines de milliers de personnes à Madrid, venues de tout le pays. Cette manifestation « pour le changement » n’avait pas réellement de revendications, mais était une sorte de démonstration de force du parti pour débuter une année riche en élections. « Tic-tac, tic-tac, tic-tac… », y disait Pablo Iglesias en s’adressant à Mariano Rajoy, pour évoquer les rares mois qui resteraient au chef de gouvernement et qui suffiraient à Podemos pour s’imposer à la Moncloa (le Matignon espagnol).

En même temps, les dirigeants de Podemos n’ont cessé de multiplier les gestes de modération : le calcul était de séduire un électorat large et de s’éloigner un peu de l’image de parti d’extrême gauche qui colle à Podemos. Des revendications comme l’interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits ont été retirées du programme. Pablo Iglesias a présenté son programme comme inspiré de la social-démocratie du Nord de l’Europe. Il s’est rendu à New York pour rencontrer des personnalités du monde économique et rassurer les investisseurs étrangers. Une délégation de Podemos a rencontré le FMI. Pablo Iglesias a applaudi le pape François au Parlement européen, et salué le nouveau roi Felipe VI à Bruxelles. Podemos veut se placer au centre de l’échiquier politique, et parfois joue sur l’ambiguïté d’un certain « ni de droite ni de gauche », évoquant dans ses discours la « patrie » et la souveraineté.

Mais Podemos est toujours resté une cible de la droite, que ce soit le PP ou les médias réactionnaires (presse écrite ou certaines chaînes de la TNT). Elle ne se lasse pas de les présenter comme un parti de la gauche radicale, anti-système, financé par le Venezuela, complice des séparatistes et qui supprimerait la Constitution et la démocratie une fois arrivé au pouvoir.

Le changement devait commencer en Andalousie

Les élections régionales de mars 2015 en Andalousie ont pu être présentées comme un revers pour Podemos. Et pourtant ! Podemos y a obtenu plus de 14 % des voix, avec 15 élus au parlement andalou. Mais c’était en deçà des scores les plus optimistes donnés par certains sondages, et loin des discours triomphalistes de Podemos dans la campagne qui annonçait que « le changement va commencer en Andalousie » et scandait dans ses meetings « Teresa presidenta » (« Teresa présidente [du gouvernement andalou] », du nom de Teresa Rodríguez, la représentante de Podemos en Andalousie [2]). Mais le PSOE s’est maintenu dans cette région où il gouverne sans interruption depuis plus de 30 ans.

Fin avril, Juan Carlos Monedero démissionnait des organes dirigeants de Podemos. Considéré alors comme le numéro 3 et l’idéologue du parti, il est l’un des dirigeants le plus mis en cause par ses proximités avec certains régimes latino-américains, comme le Venezuela. Plus ou moins explicitement, il a mis en cause une ligne trop modérée qui serait promue par Errejón. Pour Monedero, il aurait fallu conserver « les deux âmes » de Podemos, celle issue des mouvements sociaux et de la contestation dans les luttes, et celle qui vise les élections et le pouvoir, et il lui semblait que la première était trop oubliée par rapport à la deuxième. Il expliquait ne plus se sentir à l’aise dans une organisation où une minute de passage dans un débat télévisé compterait plus qu’une discussion approfondie en interne. À « Game of Thrones » (Pablo Iglesias avait offert au roi Felipe VI les DVD de cette série qu’il affectionne), il préférerait Eduardo Galeano (l’auteur des « Veines ouvertes de l’Amérique latine » qui venait de décéder), avait expliqué Monedero. [3]

Ce retrait de Monedero est-il significatif d’un malaise plus général dans Podemos ? Bien difficile à dire. En tout cas, il est certain qu’une partie du milieu militant, syndicalistes, de gauche et d’extrême gauche, qui a pu regarder Podemos avec enthousiasme, peut avoir ses doutes devant des perspectives très étroitement électorales et des positionnements explicitement réformistes de la direction de cette formation.

Et maintenant ?

Après les élections du 24 mai, certaines voix, à commencer par IU, suggèrent à Pablo Iglesias de constituer pour les prochaines législatives des listes plus unitaires, à l’image de celles qu’ont dirigées Manuela Carmena à Madrid ou Ada Colau à Barcelone, qui ne sont pas membres de Podemos.

Le problème n’est certainement pas là pour les classes populaires. Ce n’est pas telle ou telle formule électorale susceptible de faire un meilleur score qui pourra changer les choses. Ce qui pourrait vraiment compter, c’est que le mécontentement qui s’est exprimé à plusieurs reprises, dans la rue et dans des mobilisations, débouche sur des luttes qui se fixent comme perspective d’établir un rapport de forces favorable à la classe ouvrière, en Espagne comme dans toute l’Europe. Il y aurait bien besoin d’une force politique qui donne clairement cette perspective. Bien au-delà des simples calculs électoralistes auxquels on assiste.

9 juin 2015, M.C.


Podemos et les « marches de la dignité »

En mars, Madrid connaissait les deuxièmes « marches de la dignité ». En mars 2014, ces marches regroupaient sur des revendications sociales (du pain, du travail et un toit) des syndicats minoritaires, des associations, des mouvements sociaux, des organisations politiques de gauche et d’extrême gauche. Ils étaient parvenus à réunir une énorme manifestation à Madrid, regroupant un milieu populaire, ouvrier, avec une tonalité combative de lutte de classes. Les discours s’étaient achevés sur la perspective d’une grève générale.

Celles de mars 2015 ont rassemblé quelques dizaines de milliers de personnes. La preuve qu’il y a toujours une fraction de la population prête à entrer en lutte. Mais aussi que les perspectives électorales ont probablement, pour l’heure, pris le dessus sur les perspectives de lutte sociale dans tout un milieu. Podemos s’est certes montré solidaire de la Marche. Mais Podemos n’en a pas fait un objectif du parti, n’a pas utilisé les tribunes dont il dispose pour la populariser. Bien plus importantes étaient, pour lui, les élections andalouses qui se sont tenues le lendemain.


[1Voir nos articles dans Convergences révolutionnaires n° 96.

[2Membre de Anticapitalistas, l’association qui a succédé à Izquierda anticapitalista, rattachée à la IV° Internationale.

[3En référence à Hugo Chávez, qui avait offert à Obama le livre de Eduardo Galeano !

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